‹ La mentalité primitiveChapitre 252 sur 333 · F. S. Arnot. Garenganze, p · texte numérisé non relu

F. S. Arnot. Garenganze, p

5. D. Livingstone. Missionary travelsand researches in South Africa, p. 189.

dans la religion du blanc. « Apprendre les livres » était considéré, par conséquent, comme une initiation formelle à la pratique du culte des blancs. Cette démarche occupait, dans leur esprit, la place que tient en réalité le baptême. Il ne leur entrait pas dans la tète qu'un homme >pût apprendre à lire, et cependant vouloir rester païen l . »

Ce dernier trait jette une vive lumière sur ce que la lecture représente aux yeux de la mentalité primitive. C'est une opération magiq.ue qui doit procurer, à coup sût, aux blancs tout ce que les noirs demandent aux songes, aux visions et aux osselets. Nous disons : celui qui se convertit au christianisme apprend à lire, (afin de pouvoir suivre le culte et prendre connaissance des livres saints). L'indigène dit, au contraire : celui qui apprend à lire se convertit. En effet, en abandonnant les osselets pour les livres, il cesse de s'adresser aux puissances invisibles, aux ancêtres, qu'il consultait et qu'il priait jusqu'à présent. Mais il compte que la lecture lui fournira une révélation du même genre, provenant de puissances supérieures, et par conséquent plus sûre, avec une protection plus efficace. « M apprenait à dire, dans la conviction •que cette science merveilleuse était une panacée à tous les maux, le chemin de toutes les félicités; mais un beau jour, à la suite d'un accident, il se mit à douter de l'efficacité de la scienoe, et il jeta l'alphabet au tpanier2. » Apprendre à lire, est donc, pour lui, changer de religion .

Comment les caractères imprimés peuvent-ils dévoiler tant de choses à celui qui lit? La mentalité primitive ne cherche pas plus à se l'expliquer qu'elle ne se demande

1. J. Mackensie. Ten years north of the Orange river, p. 3o6. -2. .Missions évangéliques, XL (fe86S), p.

comment le fusil et le canon portent la mort au loin. Les livres sont un miroir. « Quand les Gafres Xosa virent pour la première fois des Européens qui lisaient, ils appelèrent le livre naJL en ajoutant ot' heeta (pour parler) : « miroir des paroles ». Depuis lors, pour désigner un miroir, ils disent : midi ok' hangeela : « miroir pour regarder1 ». De même, au Congo, « ma lecture dans un livre ies intriguait fort. Ils le considéraient comme un instrument magique avec lequel je pouvais voir loin dans air, et même ils me demandaient de regarder dans mon talia-talla (miroir), pour leur dire si un enfant malade guérirait2. » Mais, en général, les primitifs disent plutôt que le livre « parle ». « Un Béchuana demanda un jour ce que c'était que ces objets carrés qui étaient sur la table ? On lui répondit que c'était des livres, et que ces livres disaient des nouvelles; aussitôt il approcha son oreille du livre, mais n'entendant aucun son, il dit : « Ce livre ne me « dit rien »; il le prit, le secoua et puis le posa en disant : « Peut-être qu'il dort ? » Une autre fois un indigène m'apporta un paquet que m'envoyait ma femme. Je pris une lettre qui était dans ce paquet, et je la lus tout haut à un ch< ' qui était avec moi et qui savait ce qu'était l'écriture; alors le messager qui avait apporté le paquet me dit d'un air tout effrayé : « Je ne porterai plus de lettres! Si celle-ci « m'avait parlé pendant le chemin, quelle peur elle m'aurait « faite ! » Un autre messager ne voulut se charger d'une lettre qu'après l'avoir percée de sa lance, afin qu'elle ne put lui parler pendant la route3. » — « Dernièrement, nos

i. II. Lichtenstein. Reisen im sudlichen Afrika; 1, p. 16o.

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