‹ La mentalité primitiveChapitre 26 sur 333 · V. infra, chap. VIII, p · texte numérisé non relu

V. infra, chap. VIII, p

2. G. Hawker. The life of George Grenfell, p. 58. Même réaction à Nias, où l'on tient pour responsables d'un accident les missionnaires dont le bateau l'a occasionné. Aux yeux des indigènes, les victimes ont été « livrées », et une satisfaction est nécessaire. Deux d'entre eux s'étaient noyés la nuit, en retournant à terre après avoir fait une visite au Denninger (le bateau des missionnaires). « Il sembla d'abord que les gens avaient pris la chose tranquillement, mais ils revinrent ensuite avec des exigences inacceptables. Ils demandent qu'on leur livre le commandant et le cuisinier du bateau, pour venger sur eux la mort des deux noyés, et ils ont déjà menacé d'exercer des représailles sur les sœurs à Telok Dalam, au cas où les deux marins ne leur seraient pas remis. » Berichte der rheinischen Missionsgesellschaft, 1885, p. 153.

gènes, tandis que l'idée de maléfice leur est au contraire toujours présente. Ewangi a donc été « livré ». Il n'yapas non plus à chercher par qui : ceux qui l'accompagnaient et qui ont été épargnés par la bête féroce, ou celui dans le voisinage de qui elle vivait sont sûrement les coupables.

Pour entrer ici tout à fait dans la pensée de ces indigènes, il faut savoir que d'après eux crocodiles et alligators sont naturellement inoffensifs. L'homme n'a rien à craindre d'eux. Sans doute, à certains endroits où ils pullulent et où les accidents se renouvellent trop fréquemment, cette persuasion finit par céder, et des précautions sont prises. Ainsi, en Afrique orientale allemande, « comme les crocodiles sont en nombre incroyable, souvent on n'ose pas puiser de jl'eau directement dans le fleuve Ruhudge, mais on établit une sorte de palissade, et l'on puise de l'eau du haut du rivage, qui est escarpé, au moyen de vases suspendus à de longues tiges de bambou1 ». De même sur le haut Shiré, sur le fleuve Quanza2. Mais ce cas est exceptionnel. En général, les indigènes ne craignent pas d'approcher du bord des fleuves ni même de s'y baigner dans le voisinage des crocodiles. Leur sentiment est d'ailleurs partagé par un certain nombre d'Européens. Déjà Bosman écrivait : « Depuis tout le temps que j'ai été ici, je n'ai jamais ouï dire qu'il eût dévoré quelqu'un, soit homme, soit bête... Il y a une horrible quantité de ces bêtes dans toutes les rivières du pays... Dans l'eau, je ne voudrais point m'y fier, quoique je n'aie

1. Fr. Fûlleborn. Dos deutsche Njassa und Ruwumagebiet, in Deutsch Ost Africa, IX, p. 185, p. 541.

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