‹ La mentalité primitiveChapitre 261 sur 333 · J. J. Monteiro. Angola and tke river Congo, I, p · texte numérisé non relu

J. J. Monteiro. Angola and tke river Congo, I, p

~2. Kev. G. Tapliu. The Narrinyeri tribe, p. 68.

3. Narrative ofM. Oxley's expédition to survey Port Curlis and Morelon Bay in Fïeld geographical rnemoirs on New South Wales (1825), p. 59-GO. Cf. G. Taplin. The Narrinyeri tribe, p. 42.

La première expérience du fer, dont les primitifs deviennent ensuite si avides, paraît ressembler beaucoup à celle de l'eau bouillante. « Je recueillais des mots, dit M.Macgillivray, d'un indigène très intelligent dont je m'étais assuré l'attention en lui offrant de temps en temps quelques petits présents, lorsque j'eus l'occasion de lui montrer du doigt une sorte d'écope en bambou qui était dans le canot, pour lui en demander le nom. A ma grande surprise, cet homme... prenant un morceau de bois, me fit voir que cette écope servait en réalité de couleau. Pour ne pas demeurer en reste avec lui, je pris un couleau ordinaire, et je me mis à tailler vigoureusement, afin de lui montrer la supériorité de nos couteaux surie sien. Aussitôt, il se mit à donner des signes de terreur, parla à ses compagnons avec émoi ion, attira leur attention sur moi, en imitant les mouvements que j'avais faits pour couper le bois; après quoi son canot quitta notre navire. 11 refusa d'accepter le couteau, — comme je sus ensuite que les indigènes avaient fait pour les outils en fer qu'on leur avait proposés, — et tous mes efforts pour le ramener furent vains '. »

A Ualan, aux îles Carolines, un canif est pour les indigènes, pourtant déjà accoutumés aux blancs, l'objet d'une admiration sans bornes. Plusieurs veulent l'essayer, a Je ne voulus pas paraître manquer de complaisance, bien qu'il fût à craindre qu'ils ne pussent pas s'en servir tout seuls convenablement. L'un d'eux, en effet, se coupa le doigt. La blessure était insignifiante ; néanmoins, toute la compagnie manifesta une terreur extrême. Le blessé tomba dans un abattement si profond, qu'il demeurait assis, immobile, les yeux ' fermés, comme un homme qui s'attend à une mort imme-

1. J. Macgillivray. Narrative of the voyage of ff. M. S. Rattlesnake, \, p. 297 (îles I'ariwara).

CHARMES EMPLOYÉS PAR LES ftL&nCS 443

diate '. » Von Kitllitz eut grand peine à le rassurer, en lui montrant sur lui-même des cicatrices de coupures. Cet incident prouve assez que les indigènes ne regardaient pas ie canif avec ies mêmes yeux que les Européens. Pour eux, ce morceau de fer si fin était doué d'un pouvoir occulte extraordinaire, et, par suite, la moindre blessure faite par lui risquait d'être mortelle.

Pareillement, «ce que les indigènes admiraient le plus, c'était la petite boite où se trouvaient, d'après ce que leur avaient dit les indigènes de Port Moresby, des objets qui montraient les chemins, qui indiquaient le vent, les altitudes, le temps. J'ouvris la boîte, et en leur montrant le baromètre, le thermomètre, la boussole, j'essayai de leur en expliquer l'usage. « Ferme, ferme vite! Ote tout ça, « vite, vite ! Ou bien nous allons tous tomber malades ~ ! »

Bref, quelle que soit la forme de l'activité des blancs qui s'impose à l'attention des indigènes, quand l'habitude ne les a pas encore trop familiarisés avec elle, ils l'interprètent aussitôt, sans hésiter, ni réfléchir, d'une façon toujours semblable. Le docteur qui les soigne, l'explorateur ou le traitant qui traverse leur pays, le missionnaire qui s'y établit et leur explique l'Evangile, s'il réussissent dans leurs entreprises, ne le doivent jamais qu'à leur pouvoir magique, dont les « médecines » sont le véhicule. Aussi bien, c'est d'après le succès même que la valeur de ces « médecines » est estimée, et c'est de cette valeur que dépend, à son tour, le prestige des blancs.

Il semble donc peu exact de dire, comme on l'a fait souvent, que les primitifs ne craignent et ne respectent que la force. Au contraire, ce que les Européens appellent de

1. Von Kittlitz. Denkwiirdigkeilen einer Reise naeti dem russkc un. Amerika, Mïkronesien, und durch Kamtsctialka, 11, p. 27-28.

2. J. Chalmers und W. W. Gill. Work and advenlure in New-Guir i, p. 132 (Kabadi district.)

ce nom, ils ne le conçoivent même pas, et, par suite, ils y paraissent indifférents. S'ils cèdent à la force brutale, c'est sans l'avoir comprise. Ce qui leur inspire crainte et respect, c'est la force mystique, c'est-à-dire les puissances invisibles dont les blancs savent s'assurer le concours, et qui seules rendent efficaces et irrésistibles leurs instruments et leurs armes.

Page 1