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LES ALIMENTS INCONNUS SONT SUSPECTS

Dans les légendes recueillies chez les Papous de Kiwai (Nouvelle-Guinée) par M. Landtman, on voit s'exprimer, sous diverses formes, la crainte inspirée aux indigènes par les aliments qu'ils ne connaissent pas. « Sépuse laissa une banane mûre tout près de Sido. Celui-ci, après l'avoir mangée, tomba « mort » (c'est-à-dire évanoui), n'étant pas habitué à cette sorte d'aliment1. » — « Bidja fut le premier à prendre du poisson ; jusque-là les gens deMawatase contentaient de ramasser des coquillages. Ils désignaient les poissons par le nom d'ebihare (êtres mystérieux), et s'en écartaient. Bidja, quia été instruit en rêve par un esprit, pêche une raie, la fait cuire, et la mange, à la grande frayeur de ses compagnons. Contrairement à leur attente, ils virent le lendemain que Bidja ne se portait pas plus mal pour avoir mangé de Yebihare... Depuis ce jour, les gens quittèrent leur travail dans les jardins et allèrent à la pèche 2. » Ailleurs, un personnage mythique voit pour la première fois des noix de coco. « lien éplucha une, l'ouvrit, et, par manière d'essai, donna un morceau du noyau à un chien auquel il ne tenait pas beaucoup, — qui n'était pas un des meilleurs. Mais les chiens se jetèrent tous d'un bond sur celui qui avait reçu le morceau de noix de coco, le lui arrachèrent et le dévorèrent. Ils s'en léchèrent les lèvres, et firent entendre par leurs aboiements qu'ils en redemandaient. L'homme attendit quelque temps, et comme rien ne se produisait, « Oh! c'est bon à manger », se dit-il ; il en goûta lui-même, etc. 3. » Il pensait que les chiens allaient être victimes de leur imprudence.

Cette méfiance et ces précautions s'expliquent par beaucoup de raisons, et surtout par les deux suivantes. Tout

1. G. Landtman. The folk taies of Ihe Kiwai Papuans. Acta societatis scientiarum fennicœ, XLV1I, p. 95.

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