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Lévy-Bbubl. — Mentalité. 2y
ce qui est inconnu est suspect : qui sait quelle puissance nocive se dissimule peut-être dans l'aliment en apparence inoffensif qui s'offre à l'indigène ? En présence d'un fruit qu'il ne connaît pas, en pays inexploré, le blanc s'abstiendra jusqu'à ce qu'il sache que ce fruit n'est pas vénéneux. De même, un aliment nouveau donnera à craindre au primitif qu'il ne soit le véhicule d'un malélice mortel, et rien ne pourra le persuader d'y goûter. En second lieu, manger n'est pas seulement pour lui la satisfaction d'un besoin élémentaire. C'est un acte dont la signification et les conséquences mystiques peuvent être d'une importance capitale. La substance de l'aliment s'incorpore à celle même de l'homme qui le consomme : la participation est si intime, que les deux substances ne font plus qu'une. Ce que le primitif mange, fait partie de son moi. Dans un tr.\s grand nombre de sociétés inférieures, chacun, comme on sait, recueille soigneusement les moindres restes de son repas et les emporte pour les jeter à l'eau, les brûler, ou les détruire de quelque autre façon; si ces restes tombaient au pouvoir d'un ennemi, celui-ci serait dès lors maître de la vie de l'imprudent. A plus forte raison se gardera-ton, par conséquent, d'introduire en soi et de s'assimiler une substance inconnue qui peut être mortelle. On ne mangera donc que les aliments dont l'expérience passée garantit l'innocuité, et dont l'effet bienfaisant s'explique par les relations mystiques établies entre le groupe social et certaines espèces animales et végétales. Souvent, des cérémonies spéciales, à certaines époques de l'année, expriment dramatiquement, rajeunissent, et fortifient ces relations, d'où dépend la vie même du groupe social.
Une croyance rapportée par M. Spencer montre bien quelles peuvent être, selon les indigènes, les conséquences de l'introduction d'un aliment nouveau dans leur régime. « L'existence de métis, dans plusieurs tribus de l'Australie