LES ALIMENTS INCONNUS SONT SUSPECTS
du Nord, a été d'abord universellement expliquée par leurs mères de la façon suivante : «Moitrop mangéfànine>« «de l'homme blanc ».Ladifïérence essentielle, à leurs yeux,.! entre leur vie avant qu'elles fussent entrées en contact • avec les blancs, et après^ n'était pas les relations sexuelles, qu'elles avaient eues avec eux, mais le fait qu'elles avaient mangé derla £arine blanche, ce qui naturellement avait» afl'Clé laco'uleur de leur progéniture1. » Les noirs iï'ont> pas tardé là -trouver insuffisante cette explication. Mais ils avaient commencé par l'accepter, ainsi que leurs femmes, et c'était la première qui devait se présentera leur esprit.
De même, si la cuisine des blancs inspire aux primitifs une répugnance insurmontable, c'est aussi à cause des influences malignes qui peuvent émaner de leurs ustensiles. Aux yeux des Maoris de la Nouvelle-Zélande, il n'y avait pas de souillure pire que celle qui provenait des instruments de cuisine. Chez les Tarahumares du Mexique, « quelques-uns d'entre eux, après avoir mangé dans mes assiettes et dans mes tasses, allaient à la rivière se rincer la bouche et se laveries mains avec soin, pour se délivrer de tout mauvais principe qui aurait pu rôder dans les ustensiles de l'homme blanc2. »
Pour les mêmes raisons, des soupçons analogues s'étendent à tous les objets en qui l'on peut craindre une influence maligne du même genre, parce qu'ils viennent d'une origine dont on n'est pas sûr. Ainsi, on a vu que des insulaires des Nouvelles-Hébrides refusent de recevoir des objets rapportés par un des leurs qui a vécu chez des blancs ; ils les mettent en observation, ou pour mieux dire, en quarantaine. En Afrique du Sud, une fois familiarisés avec les missionnaires, les Béchuanas leur avouent que
4. B. Spencer. The native tribes of the Northern terri tory of Australia p. 2-26.
. Lumholtz. Unknown Mexico, I, p. 224.
4a2 LE MISONEISME DES PRIMITIFS
les présents envoyés par eux au roi du pays, lors de leur première apparition dans la contrée, ne lui ont pas été remis : on avait peur qu'il ne s'ensuivît quelque malheur pour le roi. Les faits de ce genre sont innombrables. Sans y insister davantage, je remarquerai seulement qu'ils seraient mal définis par le mot de « misonéisme ». Ce n'est pas uniquement, ni proprement, en tant que nouveaux que les aliments et les objets inconnus sont repoussés ; c'est aussi, et surtout, en tant que véhicules possibles d'influences funestes.
S'agit-il d'abandonner une coutume traditionnelle, ou d'adopter délibérément une pratique jusque-là inconnue, la résistance est aussi vive qu'opiniâtre. Les observateurs, et surtout les missionnaires, en ont bien vu la raison. « Le naturel de la Nouvelle-Guinée, dit M. Newton, est intensément conservateur : il fait ce que son père, son grandpère et son aïeul ont fait. Ce qui était assez bon pour eux est assez bon pour lui, comme le dit l'homme de Wadau qui fabriquait une embarcation, et qui rejeta avec mépris le conseil d'y mettre une large et confortable plateforme au centre, comme font les gens de Boianai, au lieu des deux misérables petits sièges aux extrémités que construisent ceux de Wadau . « Non, ce n'est pas notre coutume » , répondit-il. Peut-être aussi les gens de Boianai auraientils pu voir là un empiétement sur leur droit d'invention1. »
Le môme missionnaire raconte que les indigènes, à une certaine grande fête, immolaient des porcs de la façon la plus lente et la plus cruelle, et qu'on leur avait imposé de tuer désormais les victimes plus vite et plus humaine-