‹ La mentalité primitiveChapitre 268 sur 333 · INVIOLABILITÉ DE LA COUTUME · texte numérisé non relu

INVIOLABILITÉ DE LA COUTUME

proposition les fit rire aux larmes. Ils lui demandèrent si jamais leurs ancêtres avaient élevé des animaux domestiques, et ils lui firent comprendre qu'ils étaient bien rô-o!us, sinon à en élever, du moins à en manger tout de môme, comme leurs aïeux avaient toujours fait1 ». Une suggestion analogue, faite par un missionnaire allemand, fut accueillie exactementde môme. « Je les exhortai, dit-il, à demeurer ici, à défricher des jardins, et à planter du blé ; je m'offris à leur donner des semences. Mais ils partirent d'un éclat de rire, et ils répondirent que, s'ils le faisaient, ils en mourraient2. »

Chez les Bantous, dont les sociétés présentent une organisation déjà assez complexe, l'esprit conservateur n'est pas moins fort. Il était vain, par exemple, d'essayer de détourner les Gafres de leurs horribles procédures contre les sorciers. C'est la coutume. Contre ce mot magique, tous les arguments sont sans force. « Que diraient les esprits do nos ancêtres, si nous rompions avec nos coutumes? Leur colère, pour nous punir, rendrait stériles nos femmes et nos champs, et l'homme blanc achèverait de « manger » notre terre3. » — « Autrefois, dit le Rev. Philip, il était contre l'usage, chez les Béchuanas, de déroger aux coutumes de leurs ancêtres. Quand on les pressait de planter du blé, ou autre chose, ils répondaient toujours que leurs ancêtresétaient plus sages qu'eux, et s'étaient pourtantcontentés de faire comme ils avaient fait. Ils regardaient toute innovation comme une insulte à la mémoire de leurs ancêtres*. » Les premiers missionnaires français dans cette région ont rendu le même témoignage. «D'après les notions

' 1. fi. Moffat. Missionary labours and scènes th South Africa. p. 63.

2. Berichle der rheinischen Missionsgesellschaft, 1897, p. 4(J.

3. Fr. /Egidius Mûller. Wahrsagerei bei den Kaffern. Anthropor. II, p. 48-9.

4. Rev. J. Philip. Researches in South Africa (1828), II, p. 118.

des naturels, dit Gasalis, on ne saurait provoquer plus directement la colère des générations divinisées, qu'en se départissant des préceptes et des exemples qu'elles ont laissés après elles *. » — « Demandez aux Bassoutos le pourquoi de ces coutumes : ils seront incapables de vous répondre. Ils ne réfléchissent pas. Ils n'ont ni théories ni doctrines. Pour eux, la seule chose qui importe, c'est l'accomplissement de certains actes traditionnels, le contact gardé avec le passé et les trépassés2. »

La règle suprême est donc de faire ce que les ancêtres ont fait, et de ne faire que ce qu'ils ont fait. Les plus anciens observateurs en ont cité de nombreux exemples. « LesMatchappees, dit Campbell, sont très friands de pommes de terre, mais on n'a jamais pu obtenir qu'ils en plantent, parce qu'elles ne ressemblent à rien de ce que leurs ancêtres leur ont transmis3. » Un contemporain de Campbell écrit, au sujet de la même tribu. « Leur horticulture ne comprend pas le tabac, et c'est une circonstance bien surprenante si L'on réfléchit à quel point ils ont la passion de fumer, et que les nations situées au delà de la leur, comme aussi les Hottentots à Klaarwater, cultivent cette plante avec succès : ils l'ont donc vue, et elle leur est bien connue. Mais c'est là une nouvelle preuve de la force de la coutume, et delà lenteur avec laquelle les hommes non civilisés acceptent le progrès, quand il contredit leurs habitudes traditionnelles ou leurs préjugés. Car, lorsqu'on leur demanda pourquoi ils ne cultivaient pas eux-mêmes du tabac, au lieu d'en mendier de chaque étranger qui' passe par chez eux, ils répondirent qu'ils n'en savaient pas la raison, mais que ce devait être parce qu'ils n'avaient jamais eu coutume de le faire. Toutefois, ils reconnurent

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