‹ La mentalité primitiveChapitre 274 sur 333 · H. P. H. Trilles. Le totémisme des Fan, p · texte numérisé non relu

H. P. H. Trilles. Le totémisme des Fan, p

conversions individuelles. « Personne ne veut prendre de résolution pour son propre compte ; le conseil des anciens doit décider en cas de changement de religion, car chez nos indigènes de Nias la religion aussi est affaire d'État. Ou tout le monde, ou personne... L'étroit lien social dispense l'individu de toute responsabilité, mais lui enlève en môme temps la liberté de sa décision personnelle. De cette solidarité sociale si étroite, et du peu de valeur de la personnalité individuelle qui en est la conséquence, naissent des situations telles, qu'il faut beaucoup de temps et d'expérience pour les apprécier comme il convient '. »

Aux raisons déjà exposées, positives et mystiques, qui attachent les sociétés inférieures à leurs coutumes, et les rendent hostiles aux innovations, s'enjoint une dernière, qui n'est pas la moins importante. La mentalité primitive, intensément mystique, est peu conceptuelle. Elle sent très vivement, mais elle n'analyse guère, et elle n'abstrait pas davantage. Par suite, quand elle forme des jugements de valeur, où s'expriment ses préférences, ses haines, ses sentiments en général et ses passions, il faut qu'elle se représente en mime temps, d'une façon concrète, ce qui en est l'objet. En d'autres termes, pas plus qu'elle ne construit de concepts généraux abstraits, elle ne formule de jugements de valeur généraux fondés sur la comparaison positive d'objets en apparence très dissemblables. Des jugements de ce genre impliqueraient des opérations intellectuelles, pour nous toutes simples et familières, mais dont la mentalité primitive n'a ni le goût ni l'habitude. Elle les évite, pour ainsi dire, instinctivement.

1. Berichte der rkeinischen Missionsgesellschaft, 1907, p. 274.

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