‹ La mentalité primitiveChapitre 276 sur 333 · JUGEMENTS DE VALEUR · texte numérisé non relu

JUGEMENTS DE VALEUR

si l«esurs ancêtres respectifs se mêlaient, si leurs puissances protectrices fraternisaient, alors, mais alors seulement, les FLdjiens pourraient sans danger, et avec avantage, accepter et adopter les engins et la façon de vivre des blancs» Jusque-là, ils ne peuvent que rester attachés à leurs propres pratiques, les seules qui leur garantissent la sécurité. Quand ils concèdent aux Européens que les manières, de faire des blancs sont meilleures, ils sousentendent : « meilleures pour vous ! » — « Meilleures en soi » n'a pas de sens dans leur langage.

Ces mêmes Fidjiens, «s'ils prennent des remèdes anglais quand ils. sont malades, abjurent souvent le paganisme, persuadés que leur conversion est nécessaire pour assurer l'effet des médicaments;» '. On voit comment ils raisonnent L'idée d'un effet physiologique des remèdes leur est tout à fait inconnue. Ils n'en conçoivent que l'action mystique. I>e ce point de vue, les médicaments des chrétiens ne sauraient être bons en soi, ou universellement : ils sont bons pour les chrétiens. Soyons donc chrétiens, et alors, ces puissants remèdes pourront nous guérir comme si nous étions Anglais. « Une des femmes du roi ïanoo, dit encore le Kcv. Waterhouse, avait embrassé le christianisme « pour assurer l'effet de la médecine anglaise». Aussitôt qu'elle fut guérie, Thakombau la força de revenir an paganisme. « Vous n'êtes chrétienne que pour sau- « ver votre tète quand mon père mourra », remarqua le chef en la contraignant à devenir renégate2. »

Dans les autres sociétés primitives, qu'elles soient inférieures ou supérieures à ce qu'étaient les Fidjiens il V a wn siècle, on trouverait la même spécialisation des jugements de valeur, la .même difficulté, pour ne pas dire

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