Ibd., 1902, p
Lévy-Bruhl. — Mentalité. 31
Mais il répondit qu'il préférait que je vinsse chez lui. c Tu « as pourtant plus de temps que moi. » — Naïvement, il répliqua : « Mais, réfléchis, Tuan (seigneur) que je n'ai « pas le cheval pour rien ! » La course lui coûtait cinq cents (quelques centimes). « Et pour que toi, qui n'es pas « pauvre, tu fasses l'économie de cinq cents, il faut que je « continue à me rendre chez toi !... » Je fus très mortifié de voir que mes services étaient prisés si has, et que ce jeune homme n'avait pour eux aucune considération1. »
A Bornéo, « en passant par ce village (sur la rivière Limbang), j'avais donné un peu de sulfate de zinc à un homme qui avait mal aux yeux. Le remède avait sans doute agi, et, en signe de reconnaissance, l'homme m'apporta un pot d'arack, et insista pour m'en faire boire... Je cite ce trait, attendu que, quelle que soit la gratitude de leur cœur pour un service rendu, les indigènes ne la montrent guère. Je n'en ai pas vu six exemples pendant tout mon séjour en Orient2. »
M. Williams écrit, de son côté : « Une expérience de quatre ans chez les indigènes de Somosomo (îles Fidji) m'a appris que si l'un d'eux, malade, recevait de moi un médicament, il me considérait comme obligé de lui donner de la nourriture. Le fait de recevoir cette nourriture constituait pour lui le droit de me réclamer des vêtements. Ceux-ci obtenus, il se croyait dès lors autorisé à me demander tout ce qu'il voulait, et à m'injurier si je n'accédais pas à ses requêtes déraisonnables. J'ai traité le vieux roi de Somosomo, Tuitkatau II, pour un dangereux accès de maladie que les docteurs indigènes ne pouvaient soulager. Pendant les deux ou troisjours où il reçut mes soins, il fit venir de chez moi du thé et de l'arrowroot, et