Th. Williams. Fiji and the Fijians, I, p
idée lui paraît si naturelle, qu'il la suppose aussi présente chez l'indigène. En fait, celui-ci en a une très différente. Si le médecin blanc prenait la peine d'examiner de près de quelle façon l'indigène interprète les soins dont il est l'objet, il s'étonnerait moins de les voir si mal compris, si peu appréciés, et même de s'entendre réclamer une indemnité.
En premier lieu, aux yeux de la mentalité primitive, guérir une maladie, comme on sait, c'est vaincre le charme qui Ta causée par le moyen d'un charme plus fort. « Même dans les cas les plus simples, les lingaka (docteurs indigènes) impriment dans les esprits la croyance que, tout en donnant des médicaments, c'est eux, et non pas ces médicaments, qui sont cause de la guérison. Ils agissent magiquement sur la maladie par le pouvoir qu'ils possèdent, et ils ne la guérissent pas par le simple effet des drogues1. » C'est essentiellement, selon l'expression de miss Kingsley, l'action d'un esprit sur un esprit. Si les indigènes attribuent quelque vertu aux remèdes eux-mêmes, elle tient uniquement à ce qu'ils sont les véhicules du pouvoir magique.
Gomment, dès lors, auraient-ils une idée différente des remèdes que les Européens leur prescrivent? La maladie provient de la présence d'une puissance nocive dans le corps : la guérison a lieu lorsque le « docteur » a su l'en faire déguerpir. Quand le médecin blanc soigne un ulcère, par exemple, il va de soi, à ses yeux, que son malade saisit le rapport, plus qu'évident, qui existe entre les pansements, les remèdes, etc., d'une part, et, de l'autre, la plaie à assainir, à circonscrire, et à cicatriser. Or, en fait, ce rapport échappe à la mentalité primitive, du moins avant qu'elle se soit modifiée au contact prolongé des blancs.