‹ La mentalité primitiveChapitre 286 sur 333 · Mackenzie. Ten years north of the Orange river, p · texte numérisé non relu

Mackenzie. Ten years north of the Orange river, p

Indifférente à la liaison des causes secondes et de leurs effets, même lorsqu'il suffirait du plus petit effort pour la découvrir, elle ne la voit pas, ou du moins elle ne s'y arrête pas : son attention est. tout entière ailleurs. Pour elle, les causes secondes ne sont pas vraiment des causes, à peine des instruments, qui pourraient être différents.

Par suite, les indigènes voudront bien se soumettre à un traitement long et compliqué, mais ils ne se demanderont pas pourquoi on exige qu'ils le suivent. Ils n'y comprendront rien, et souvent, par leur négligence à se conformer aux prescriptions les plus indispensables, ils feront le désespoir de leurs médecins. A leurs yeux, elles sont sans importance, et la guéiïson devrait se produire, même sans elles, instantanément. En général, ils prennent volontiers les médicaments européens, quand ils ont confiance en ceux qui les leur offrent, parce que cela les amuse, et qu'ils les supposentchargés de propriétés mystiques bienfaisantes. Mais cela ne veut pas dire qu'ils en saisissent la nécessité, ni même l'utilité. « Ce qui est un peu décourageant, écrit un missionnaire chez les Barotse, c'est l'impossibilité d'obtenir des malades de suivre un traitement régulier et de longue durée, soit médical, soit chirurgical. Plusieurs opérés ont ainsi disparu le lendemain même de leur opération, pour ne revenir que quatre ou six jours plus tard, leur pansement enlevé, la plaie à nu. Heureusement que leur robuste constitution permetdes guérisons qu'on n'obtiendrait jamais en Europe1. » — « J'arrêtai Thémorragie (blessure de la carotide), et j'insistai pour qu'on apportât le patient à la station, mais ses parents n'y consentirent pas. Je le soignai plusieurs jours de suite. L'inflammation et l'enflure diminuèrent au point qu'il pouvait causer et manger sans trop de peine. Mais un

\. Missions évanr/éliques, LXX1X, I (1904), p. 40! (Reutter).

jour ne s'avisèrent-ils pas d'enlever le pansement? (Les Zambésiens croient que nos remèdes doivent agir comme des charmes, instantanément). Quand j'arrivai, l'homme exsangue allait expirer1. » — « Les indigènes avaleront tout ce qu'on voudra, dit M. Germond, mais l'effet d'un remède doit être immédiat. Parlez-leur de régime, de traitement, de mesures hygiéniques : ils ne vous écoutent pas2. »

« Les Béchuanas, écrivait Moffat, aiment passionnément les médicaments... Peu leur importe qu'une potion soit nauséabonde au dernier point : même après avoir pris de l'assa-fœtida, ils se pourlécheront les lèvres. Un jour, j'avais fait dire à un malade qui demeurait à quelque distance d'envoyer chercher son médicament. Sa femme vint. Après avoir préparé une potion amère, je la lui remis, en lui recommandant de la faire prendre à son mari en deux fois : au coucher du soleil, et à minuit. Sa figure s'allongea, et elle me demanda instamment de permettre qu'il la prît en une fois, parce qu'elle craignait qu'à minuit ils ne fussent tous deux endormis. J'y consentis... et la voilà qui avalela potion ! « Mais elle n'est pas pour vous, m'écriai-je ! » Elle se léchait les lèvres, avec le plus grand calme, et elle me demanda si le fait qu'elle l'avait bue ne guérirait pas son mari3. » — Les histoires de ce genre, pour incroyables qu'elles paraissent, sont loin d'être rares. « Le docteur... eut beaucoup de peine à les faire rester tranquilles jusqu'à ce que les ulcères fussent guéris. Un médecin qui aime son métier n'est guère encouragé par la clientèle noire. Ils avaleront tant qu'on voudra de « petites balles » (c'est le nom qu'ils donnent aux pilules) ; mais ils ne prêteront aucune attention aureste de ce qu'il prescrit. Une

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