A. K. Chignell. An outpostiti Papua, p. 20a
Telle est certainement leur idée, et d'autres observateurs l'affirment sans hésiter. « Les pauvres patients étaient forts étonnés et déçus de ce que M. Patteson ne les guérît pas par miracle *. » — A Bornéo (Kwala Kapuas), « il faut que les remèdes soulagent tout de suite les malades. S'il en est ainsi, tout va bien, et on remercie le Seigneur. Si le succès n'est pas immédiat, on commence à douter de la bonté de Dieu2. » — A Sumatra, chez les Battaks, « à peine le missionnaire Schrey avait-il ouvert sa petite boîte, que tout le monde se disait malade et voulait avoir son remède. L'un toussait, l'autre avait la fièvre, un troisième se plaignait de douleurs dans les membres, etc. Chacun recevait son médicament et s'en allait satisfait: mais ils étaient très surpris si la maladie ne disparaissait pas sur-le-champ3. »
Enfin, pour ne pas prolonger cette énumération de faits, M. Nordenskiôld a fait une observation toute semblable dans le grand Chaco, en Amérique du Sud. « J'ai moimême eu quelquefois l'occasion, pendant mon séjour chez les Indiens, d'exercer le métier de médecin. Il est impossible d'astreindre un Indien à se faire soigner pendant longtemps. Ils doivent être guéris tout de suite, sans quoi ils n'usent plus de médecines. La morphine, la cocaïne et l'opium sont les seuls remèdes qu'ils apprécient*. »
Quand Bentley s'attendait à voir ses Congolais s'émerveiller de ce qu'il avait guéri en cinq semaines des ulcères invétérés, il était loin de compte. S'il les avait guéris en cinq minutes, les indigènes n'en eussent pas été surpris davantage. La disparition de l'ulcère estdue à l'action d'un charme; pourquoi n'aurait-elle pas lieu en un clin d'oeil, si le charme est assez puissant? Le blanc est un grand
1. E. G. Armstrong. The history of the Melanesian mission, p. 44.
2. Berichte der rheinischen Missionsgesellscfiaft, 1888, p. 141. .