J. H. P. Murray. Papua, p
gène qui m'accompagnait s'il n'avait pas peur. « Non, me répondit-il. Un crocodile ne vous touchera jamais, à moins que quelqu'un n'ait fait puri-puri contre vous (ne vous ait ensorcelé). Et si quelqu'un l'a fait, vous êtes perdu de toute façon ; il « vous aura » d'une manière ou d'une autre : si ce n'est pas par l'intermédiaire du crocodile, ce sera autrement. En sorte que les crocodiles n'ont réellement pas d'importance1. » Le danger est ailleurs. De l'animal lui-même, il n'y a rien à craindre. S'il attaque, c'est que l'homme lui a été « livré ».
Si l'on cherche à préciser comment les indigènes se représentent les rapports du sorcier et de l'animal, on se heurte à une difficulté à peu près insurmontable. Leur pensée n'a pas les mêmes exigences logiques que la nôtre. Elle est régie, en ce cas comme en beaucoup d'autres, par la loi de participation. Il s'établit entre le sorcier et le crocodile une relation telle que le sorcier devient le crocodile, sans cependant se confondre avec lui. Du point de vue du principe de contradiction, il faut de deux choses l'une : ou que le sorcier et l'animal ne fassent qu'un, ou qu'ils soient deux êtres distincts. Mais la mentalité prélogique s'accommode des deux affirmations à la fois. Les observateurs sentent bien ce caractère de la participation, mais ils n'ont pas le moyen de l'exprimer* Ils insistent tantôt sur l'identité, tantôt sur la distinction des deux êtres : la confusion même de leur langage est significative. Ainsi, « on attribue aux balogi (sorciers) le pouvoir de métempsychoser les morts dans un serpent, un crocodile, etc. Cette métempsychose s'effectue le plus ordinairement dans le crocodile ; aussi ce monstre, sans être un dieu, ni même un esprit, est-il respecté et craint. Il ne