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fait qu'un avec la personne qui a opéré le changement ; il y a pour ainsi dire, entre eux deux, un pacte secret, et une entente intelligente. Elle lui ordonnera d'aller saisir un tel, et il ira et ne se trompera pas... Ce que nous venons de dire explique pourquoi, après que quelqu'un a été enlevé par un crocodile, on recherche toujours, en premier lieu, le mulogi qui a dépêché le monstre, et l'on trouve toujours un coupable. Son sort est vite réglé1. » Chez les Bangala, « jamais un crocodile ne ferait cela (renverser un canot pour enlever l'homme), s'il n'en avait reçu Tordre d'un moloki (sorcier), ou si le moloki n'était entré dans l'animal pour commettre le crime2. » Le missionnaire envisage donc les deux hypothèses séparément, tandis qu'aux yeux des indigènes, d'une façon d'ailleurs incompréhensible pour nous, elles n'en font qu'une.
Au Gabon, « la superstition de l'homme-tigre, dit un excellent observateur, M. Le Testu, n'est pas moins obscure que celle de l'envoûtement. Elle se présente sous deux formes. Dans un cas, le tigre (entendez : léopard ou panthère), le tigre auteur du crime est un animal véritable appartenant à un individu, lui obéissant, exécutant ses ordres ; ce tigre passe à ses héritiers comme un autre bien mobilier. Un tel, dit-on, a un tigre. Dans l'autre cas, l'animal n'est qu'une incarnation, en quelque sorte ; on ne sait même pas bien si c'est un homme qui a pris figure de bête, la bête n'étant alors qu'une apparence, ou bien s'il y a eu une incarnation proprement dite d'un homme dans un animal véritable. . . L'idée que les indigènes se forment de l'homme-tigre est extrêmement obscure 3. »
1. P. EugènelHurel. Religion et vie domestique des Bakerewe. Anthropos, VI (19H), p. 88.
i. Rev. J. H. Weeks. Anthropological not»s on the Bangala of the upper Congo river, J. A. !., XXXIX, p. 449-50.
3. G. Le Testu. Notes sur les coutumes Bapounou dans la circonscription de la Nyanga, p. 196-7.
Le major Léonard présente les choses un peu autrement. « La vieille femme de Utshi fut accusée d'avoir fait mourir Oru, en envoyant son esprit dans le crocodile qui le dévora, et non pas, comme on pourrait le supposer, en se métamorphosant elle-même, corps et âme, en cet animal. Car l'impossibilité de ceci, en ce cas tout au moins, ressort évidemment du fait que cinq autres femmes furent pareillement accusées. Aux yeux des indigènes, un grand nombre d'esprits peuvent être attachés à un seul objet, ou entrer dans le corps d'un seul animal, bien qu'ils ne le fassent pas d'ordinaire \ »
Mais voici le récit d'un indigène, de sa propre bouche : « Peut-être, pendant que le soleil est au-dessus de l'horizon, êtes- vous en train de boire du vin de palme avec un homme, sans savoir qu'un esprit malin est en lui (luimême peut l'ignorer). Le soir vous entendez le cri de Nkole, Nk'ole! (crocodile), et vous savez qu'un de ces monstres, à l'affût dans l'eau boueuse près de la rive, a happé une pauvre victime qui venait puiser de l'eau. La nuit, vous êtes réveillé par des gloussements de terreur dans votre poulailler, et vous vous apercevrez au matin que votre provision de volailles a sérieusement diminué à la suite de la visite d'un muntula (chat sauvage). Eh bien ! l'homme avec qui vous buviez du vin de palme, le crocodile qui a enlevé un villageois imprudent, le petit voleur de vos poules ne sont qu'un seul individu, possédé par un esprit malin2. » La participation est ici très clairement suggérée. Il suffit à l'indigène qu'il la sente réelle, sans qu'il se pose la question de savoir comment elle se réalise.
i. Major A. G. Léonard. The lower Niger and its tribes, p. 194. 2. E. J. Glave. Six years of adventure in Congo land, p. 92.