II AVANT-PROPOS
acquiert, quel usage elle en fait : en un mot, quels sont les cadres et le contenu de son expérience. Ce faisant, j'ai été amené à essayer de dégager et de décrire certaines habitudes mentales caractéristiques des primitifs, et de montrer pourquoi et comment elles différent des nôtres.
Afin de saisir, pour ainsi dire sur le fait, les démarches essentielles de la mentalité primitive, j'ai choisi à dessein, pour les analyser, les faits les plus simples et les moins ambigus. Je pouvais espérer, par ce moyen, voir diminuer les chances d'erreur, si nombreuses en une matière si complexe, et faire apparaître plus clairement, dans leur jeu même, les principes constitutifs de cette mentalité. Je me suis ainsi attaché à étudier ce que sont, pour les primitifs, les puissances invisibles dont ils se sentent entourés de toutes parts, les songes, les présages qu'ils observent ou provoquent, les ordalies, la « mauvaise mort », les objets extraordinaires apportés par les blancs, leur médecine, etc.
On ne s'attendra donc pas à trouver ici une étude de la mentalité primitive dans ses rapports avec les techniques des sociétés inférieures (invention et perfectionnement des outils et des armes, domestication des animaux, construction d'édifices, culture du sol, etc.), ou avec leurs institutions parfois si complexes telles que l'organisation de la famille ou le totémisme.
Si l'introduction générale que constitue le présent volume, joint au précédent, a atteint son but, elle permettra précisément de mieux définir quelques-uns des grands problèmes soulevés par les institutions, les