‹ La mentalité primitiveChapitre 37 sur 333 · Missions évangéliques, XLV, 1870, p · texte numérisé non relu

Missions évangéliques, XLV, 1870, p

jamais un homme ne meurt sans qu'on le demande \ » C'est-à-dire, vous êtes des nôtres, vous faites partie de notre groupe social qui a besoin de vous, et naturellement, vou s en ferez partie après votre mort aussi bien qu'à présent.

Il est d'autant plus nécessaire de rendre aux nouveaux morts les devoirs d'usage, qu'ils sont en général mal disposés, et prêts à faire du mal à ceux qui leur survivent. Peu importe qu'ils aient été bons et aimables de leur vivant. Dans leur nouvelle condition, leur caractère est tout autre, irritable et vindicatif, peut-être parce qu'ils sont malheureux, faibles et souffrants, pendant que leur corps se décompose. Ainsi, « Ouasinparéo était un de ces hommes dont le caractère est si heureux, qu'ils vivent en paix avec tout le monde. A entendre les naturels, jamais il n'avait tué personne, et, s'il avait mangé de la chair humaine, ses lances n'avaient pas donné la mort à la victime. Quelle conclusion tiraient de là les sauvages? Celle qui est la plus éloignée de notre esprit : que Ouasinparéo, ayant été bon pendant sa vie, devait nécessairement être méchant après sa mort. L'événement confirma cette superstition ; deux ou trois naturels, accablés d'années ou de maladies, moururent peu de jours après Ouasinparéo. « Voyez-vous, nous disaient les indigènes, comme ce Oua- « sinparéo est devenu méchant! » Et aussitôt, les deux prêtres du pays se mettaient en devoir de chasser vers la pleine mer ïataro, le fantôme, l'âme, l'esprit d'Ouasinparéo qui rôdait, disaient-ils, le long de la côte2. »

Les Pia (dans la même île) ne voulurent jamais consentir à ce que Ton inhumât chez eux un missionnaire mort de maladie ; la raison qu'ils en donnèrent est que son ataro

1. Lutter from the Rev. Gladwin Butlerworth, Kaffraria. Wesleyan missionary notices, IX (1851), p. 192.

2. L. Verguet. Histoire de la première mission catholique au vicariat de Mélanésie (San Christobal), p. 154.

n'ayant tué personne durant sa vie, tuerait infailliblement beaucoup de monde après sa mort l. — En Nouvelle-Guinée anglaise, « les intentions du nouveau mort à l'égard des vivants sont toujours mauvaises, et les gens ont peur de ses visites2 ».

Mêmes croyances en Afrique occidentale. « Si. bonnes qu'aient été les dispositions d'une personne de son vivant, et même s'il a été en excellents termes avec sa famille, et si on le regarde comme un esprit favorable, néanmoins, dans le cas où on ne lui rendrait pas les devoirs accoutumés, ou s'il était mal satisfait de la conduite et de l'attitude des siens, on le croit très capable de négliger et même de léser leurs intérêts 3. » Et chez les Banadu Cameroun, « Si bon que le mort ait été de son vivant, dès qu'il a expiré, son amené pense plus qu'à faire le mal4. »

L'action malfaisante du nouveau mort peut s'exercer sous mille formes. On redoute en particulier qu'il ne cherche à entraîner avec lui un ou plusieurs des survivants : il se sent seul, abandonné, il regrette la société des siens et, par suite, il voudrait les rapprocher de lui. Si, précisément à ce moment, quelqu'un d'eux tombe malade ou meurt, on sait d'où vient le coup. D'autre part, les nouveaux morts ont une influence mystique sur les phénomènes naturels, et spécialement sur ceux qui sont d'un intérêt capital pour le groupe social. « Des phénomènes physiques, par exemple, de violents orages, quand ils se produisent au moment de la mort ou des funérailles d'une personne, sont attribués à son influence. Par suite, quand un orage menace d'éclater pendant la fête des funérailles, les gens

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