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3. Letter from the Rev. Cameron. Wesleyan missionary notices, VI (1848). p. 9.
A tout prix, il faut donc satisfaire le nouveau mort. Ses exigences varient avec les sociétés, et aussi avec la place qu'il occupait dans le groupe. Si c'est un enfant en basâge, un esclave, une femme du commun, un pauvre diable sans conséquence, un jeune homme non encore initié, il reste tel après sa mort qu'il était de son vivant, et l'on ne s'en préoccupe guère. Ceux qui l'aimaient, le pleurent; on ne le redoute pas. Mais les hommes-médecine, les chefs, les pères de famille, les vieillards encore actifs et respectés, bref, les personnages considérables, sont loin de perdre leur importance en mourant. A l'influence que le défunt exerçait en vertu de sa force propre, de son mana personnel, s'ajoute la puissance mystérieuse et formidable que lui procure sa condition de nouveau mort. Il peut beaucoup contre les vivants; ils ne peuvent rien ou presque rien contre lui. Sans doute, dans certaines sociétés, on essaie parfois de le mettre hors d'état de nuire en mutilant son corps, en le réduisant en bouillie, en pourchassant l'esprit ou en l'égarant. Mais, en général, on juge plus sûr de se le rendre favorable, c'est-à-dire de satisfaire ses désirs. « La raison principale pour laquelle l'indigène cherche à s'acquitter pleinement de ses devoirs de deuil est en maintes circonstances la crainte de provoquer la malveillance du mort, dont la vengeance lui paraît plus redoutable qu'un ennemi vivant1. »
En Australie, par exemple, et dans un grand nombre d'autres sociétés inférieures, pour se rendre favorable le nouveau mort, ou simplement pour éviter sa colère, les siens doivent trouver celui qui l'a condamné (doomea) et
1. E. Eylmann. Die Eingeborenen der Kolonie Sud Australien, p. 227.
le mettre à mort à son tour. Prise à la rigueur, cette obligation ferait assez vite disparaître les sociétés dont il s'agit. Etant données leur faible natalité et la grande mortalité des enfants, si chaque mort d'adulte avait pour conséquence nécessaire une ou plusieurs autres morts d'adultes, les groupes sociaux se réduiraient bientôt à rien. En réalité, on ne cherche à venger ainsi que la mort des personnes particulièrement considérables : encore cette vengeance se borne-t-elle en certains cas à une sorte de simulacre. MM. Spencer et Gillen ont décrit en grand détail les expéditions de vengeance appelées Kurdaitcha chez les Arunta *. Elles se retrouvent ailleurs à peu près semblables. Mais souvent les hommes qui y ont pris part rentrent au camp sans avoir tué personne. Aucune explication formelle n'est demandée ni donnée sur ce point. Les femmes et le reste du groupe demeurent persuadés que la satisfaction nécessaire a été obtenue, et peut-être ceux-mêmes qui étaient de l'expédition finissent-ils par le croire.
« Latraditionexige,ditM.Eylmann,que chaque meurtre soit vengé. Je suis convaincu que cette vengeance n'a lieu que dans des cas extrêmement rares : on craint trop, en général, de s'attirer l'hostilité du prétendu meurtrier. Pourtant, il faut sauver les apparences... Quand les guerriers reviennent sans avoir touché à un cheveu de la tête de personne, le mort doit se tenir pour satisfait, puisque, en apparence du moins, les siens ont fait tout le possible pour venger sa mort2, »
Est-il sûr, demanderions-nous, que le nouveau mort se laisse ainsi duper, et cette supercherie ne pourrait-elle pas avoir les conséquences les plus désastreuses pour ceux qui s'en rendent coupables? — A vrai dire, la mentalité pri-
1. Spencer and Gillen. The native tribes of Central Australia, p. 476, sqq.