‹ La mentalité primitiveChapitre 50 sur 333 · A. Le Hérissé. L'ancien royaume du Dahomey, p · texte numérisé non relu

A. Le Hérissé. L'ancien royaume du Dahomey, p

tribu bantoue, qui montre à quel point les intérêts des vivants sont entremêlés avec ceux des morts, et le contrecoup des uns sur les autres. « Si un jeune homme, encore célibataire, est tué loin de son village, son muimu, ou esprit, y reviendra et parlera en se servant d'une vieille femme comme médium, pendant une danse. Il dira : « Je suis un tel, et je veux une femme. » Le père de ce jeune homme prendra alors ses mesures pour acheter une jeune fille dans un autre village, l'amènera au sien, et elle sera considérée comme l'épouse du défunt... Peu après, on la mariera à un frère du mort, mais il faut qu'elle continue à vivre dans le village où celui-ci avait sa maison. S'il arrive que le mari effectif batte ou maltraite cette femme, et qu'alors elle se sauve chez son père, le muimu du mort viendra tourmenter les gens du village, et ils seront dans le malheur. L'esprit demandera probablement, en usant du même médium que la première fois, pourquoi sa femme a été maltraitée et forcée de s'éloigner. Alors le chef de famille fera des démarches pour décider la jeune femme à revenir; il craindra la colère de l'esprit de son fils qui est mort1. » Celui-ci assiste donc, invisible et présent, à tout ce qui se passe chez les vivants. Quand sa femme est maltraitée par le mari effectif qui lui a été donné, ce n'est pas uniquement à lui qu'il s'en prend. Les conséquences de la faute commise , menacent de rejaillir sur tout le groupe social, et le chef du groupe se hâte de les prévenir en s'efforçant de donner satisfaction au mort. La solidarité du groupe est telle que son bienêtre, à chaque instant, peut dépendre de la conduite de tel ou tel de ses membres à l'égard de ses morts.

II arrive que les désirs d'un mort soient déraisonnables.

\ . G. W. Hobley. Further researches into Kikuyu and Kamba ?%eligious beliefs and customs, J. A. I. XLI (1911), p. 422.

En ce cas, on ne se croit pas tenu d'y déférer. « Si un esprit venait dire : « Je veux du calicot », les siens diraient : « Il n'est pas fou ? » et ne le donneraient pas. « Pourquoi « du calicot ? Qu'est-ce qu'il en ferait ? On en a enterré avec « lui quand il est mort, et il n'a pas besoin d'en avoir davan- « tage. » Mais si la demande est, le moins du monde, raisonnable (par exemple, si un vieux chasseur demande de la viande), on y accédera aussitôt, et on tiendra soigneusement compte des goûts personnels de chacun... Si un esprit demande une maison, on lui en construira une1. »

Outre les nouveaux morts et les morts dont on a le souvenir encore vif, dont on se rappelle les traits, le caractère, les habitudes, avec qui l'on cause en rêve, et même si l'on en croit miss Kingsley, tout éveillé, il faut encore compter avec les morts plus lointains, ceux que l'on a peu ou pas connus, qui ont disparu depuis longtemps d'entre les vivants, mais qui n'en ont pas moins une influence redoutable sur leur sort.. M. Meinhof a insisté avec raison sur la transformation progressive des morts en ancêtres. « Au bout d'un certain temps l'âme perd de plus en plus les caractères de l'homme et devient un esprit. Ces esprits deviennent alors l'objet d'une réelle adoration, et sont représentés comme favorables ou ennemis suivant leurs dispositions. Cette agglomération d'esprits fondus ensemble devient aux yeux de l'indigène, en Afrique orientale, une puissance terrible qui lui inspire une crainte extraordinaire. Les Schambala l'appellent miizimu. Ce muzimu ne possède pas la personnalité comme un homme, ce n'est

Page 1