‹ La mentalité primitiveChapitre 52 sur 333 · C. Meinhof. Afrikanische Religionen, p · texte numérisé non relu

C. Meinhof. Afrikanische Religionen, p

2. P. E. Meyer, C. S. Sp. Le Kirengo des Wachaga, peuplade bantoue du Kilimandjaro. Anthropos, X1I-XI1I, p. 190-1.

3. P. Jeanneret. Les Ma-Khaça. Bulletin de la Société de géographie de Neuchâtel, VIII (1895), p. 138.

Lévy-Bruhl. — Mentalité. 6

leur adresse soient exaucées, on les appuie par de larges offrandes. Tout se passe comme si leur bienveillance était à acheter. « Les Marimo, nous dit un autre missionnaire, sont assez fréquemment irrités contre les vivants, et ils envoient des maladies aux gens et au bétail, la sécheresse, la famine et la mort. Il faut alors les apaiser et se concilier leur faveur par des offrandes... Voici la prière qu'adressent les Ba-Nkouma à leurs suikwembo (esprits d'ancêtres) quand ils leur présentent une offrande : « 0 « vous, nos vieux pères et mères, pourquoi dites-vous que « nous vous privons de nourriture ? Voici le bœuf que vous « désirez, mangez-le avec nosancêtres qui sont morts avant « et après vous, avecceuxquenous connaissonset ceux que « nous ne connaissons pas (c'est bien la collection d'ancêtres, « agglomération anonyme et impersonnelle, dont parle « M. Meinhof). Donnez-nous la vie, donnez-nous des biens « à nous et à nos enfants ; car vous nous avez laissés sur la « terre, et il est évident que nous y laisserons aussi nos « enfants. Pourquoi êtes-vous irrités contre nous ? Pourquoi « méprisez-vous ce village qui est le vôtre? C'est vous qui « nous l'avez donné. Chassez, nous vous en supplions, tous « les mauvais esprits qui font souffrir, tous les mauvais « rhumes, et toutes les maladies. Voilà l'offrande que nous « vous apportons, et parle moyen de laquelle nous présence tons notre prière *. »

M. Junod a bien expliqué le caractère des relations constantes qui existent entre la tribu et ses ancêtres. Elles reposent sur le principe do ut des, joint au sentiment d'une puissance supérieure chez les ancêtres. Ils peuvent être sollicités, suppliés, gagnés, mais ils ne peuvent jamais être efficacement contraints.

« Rendus bienveillants par cette offrande, les dieux (les

1. E. Thomas. Le Bokaha. (N. E. Transvaal). Bulletin de la Société de Géographie de Neuchâtel, VIII (1895), p. 161-62.

ancêtres) accorderont à leurs descendants une récolte abondante (car c'est eux qui font croître et mûrir les produits de la nature) ; ils leur donneront l'autorisation de couper les arbres ; et alors, en tombant, les grands troncs n'écraseront personne... (Autrement, si on allait les abattre sans la permission des dieux, des accidents se produiraient certainement). Ces sacrifices-là sont donc essentiellement préventifs. En donnant à manger aux mânes, en les recouvrant de présents, on obtient d'eux que les choses suivent leur cours naturellement heureux, et qu'aucun malheur ne trouble la prospérité actuelle1... Il y a aussi des sacrifices à' expiation pour apaiser la colère des mânes... des sacrifices en vue de terminer des querelles par réconciliation, etc.. »

Les prières adressées aux ancêtres sont souvent mêlées de reproches. On leur donne ce qu'ils semblent exiger, tout en leur faisant sentir qu'ils abusent, et que, selon l'expression familière, on n'en a pas pour son argent. Voici, par exemple, une prière pour un enfant malade. « Vous, nos dieux (ancêtres en général), et vous, un tel (un mort particulier) voici notre inhamba (offrande). Bénissez cet enfant, faites-le vivre et grandir, rendez-le riche afin que, lorsque nous irons le voir, il puisse tuer un bœuf pour vous... Vous ne servez à rien, dieux, vous ne nous donnez que des ennuis ! Nous avons beau vous apporter des offrandes, vous ne nous écoutez pas. Nous manquons de tout ! Vous, un tel (nommant le mort à qui l'offrande doit être faite, d'après ce qu'ont décidé les osselets, c'est-à-dire le mort qui est irrité, et qui a incité les autres ancêtres à faire du mal au village et à rendre l'enfant malade) vous êtes plein de haine î Vous ne nous enrichissez pas. Tous ceux qui réussissent le doivent pourtant

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