H. A. Junod. Les Ba-Ronga, p
à l'aide de leurs ancêtres ! — Maintenant nous vous faisons le présent que voici. Appelez vos ancêtres, appelez aussi les ancêtres du père de cet enfant malade ; car la famille de son père n'a pas volé sa mère : les gens de son clan sont venus en plein jour (ils ont loyalement payé le prix de la femme). Venez donc à l'autel! Mangez et partagez-vous notre bœuf ! » (Le plus souvent, ce bœuf est une simple poule) \ »
Le ton de cette prière est à peine poli. If. Junod fait observer jque ces prières, en général, ne révèlent pas un sentiment religieux bien profond, et qu'elles sont, en tout cas, absolument dépourvues de respect. Pendant le sacrifice, « les indigènes rient, parlent à baute voix, dansent, chantent des chansons obscènes, interrompent même la prière par des remarques, et s'injurient les uns les autres au sujet de leurs affaires de famille. L'officiant est assis sur le siège désigné par les osselets, et parle d'une voix monotone, regardant droit devant lui avec un air de parfaite indifférence. Rien dans son attitude n'exprime la crainte ni même le respect. Si les dieux étaient vraiment de vieilles gens en chair et en os, encore en vie, il ne pourrait pas leur parler avec plus de sans-gène ' » . Mais qu'un malheur arrive, que la sécheresse et la famine désolent le pays, et les supplications deviendront ardentes et humbles. La familiarité avec laquelle les ancêtres sont souvent traités provient en partie du commerce continuel que Ton a avec eux. Ils font encore partie du groupe social, dont la prospérité et la vie même dépendent de leur bon vouloir, et de qui eux-mêmes reçoivent constamment de la nourriture et des présents. En ce sens, ce sont des commensaux de l'autre monde. Mais l'autre monde, pour
1. H. A. Junod. The life of a South African tribe, II, p. 368.