CHAPITRE III LES RÊVES
Le monde de l'expérience, dans son ensemble, ne se présente pas à la mentalité primitive comme à nous. Non seulement le cadre en diffère un peu, puisque le temps, l'espace, la causalité sont représentés et surtout sentis autrement : les données aussi en sont plus complexes, et en un certain sens plus riches. A celles que leur fournit comme à nous le monde visible, à l'ensemble des réalités perceptibles aux sens, s'ajoutent, ou plutôts'entremêlent, pour les primitifs, les données qui proviennent des puissances mystiques partout et toujours présentes, et qui sont, de beaucoup, les plus importantes.' Gomment les recueillir, comment les provoquer quand elles tardent à se produire, comment les interpréter, comment les classer? Autant de fonctions que l'esprit des primitifs devra remplir, et dont leurs représentations collectives nous révèlent l'extrême complexité. On voit alors que la torpeur intellectuelle, l'incuriosité, l'indifférence constatées par tant d'observateurs dans les sociétés primitives, sont presque toujours plus apparentes que réelles. Dès que l'action des puissances mystiques entre en jeu, ces esprits si endormis se réveillent. Ils ne sont plus alors ni indifférents ni apathiques ; vous les voyez attentifs, patients et même ingénieux et subtils.
Sans doute la voie où ils s'engagent ne conduit pas comme la nôtre à la formation de concepts et à la connaissance scientifique, qui a devant elle un champ illimité et peut