F. S. Arnot, Bihé and Garenganze, p
un homme ainsi accusé répondre : « Je veux bien payer, parce que, en somme, j'ai bien pu tuer un tel en dormant : mais, en conscience, je n'en sais rien1. »
De même que les choses vues en rêve sont réelles, les actes commis en rêve entraînent la responsabilité de leurs auteurs, et on peut leur en demander compte. Par exemple, en Nouvelle-Guinée, « l'homme qui voit en rêve une femme qui lui fait une déclaration d'amour, croit qu'il en est en effet ainsi, et que cette femme a réellement un penchant pour lui... Chez les Kai, si un homme rêve qu'il commet une faute avec la femme de son ami, il est punissable. Au cas où son rêve est connu, il faut qu'il paye une amende, ou du moins qu'il souffre qu'on l'invective violemment2 ».
Un homme est même responsable de ce qu'un autre l'a vu faire dans un rêve. On imagine quelles complications peuvent naître de là. En voici quelques-unes des plus curieuses. « A Muka (Bornéo) je rencontrai Janela... Il me dit que la raison de sa venue était que sa fille allait être frappée d'une amende à Luai, parce que son mari avait rêvé qu'elle lui était infidèle. Janela avait emmené safille3. » A Bornéo encore, « un homme, raconte M. Grant, vint officiellement me demander protection. Voici de quoi il s'agissait. Un autre homme du même village avait rêvé que le plaignant avait frappé d'un coup de lance son beau-père, qui était malade dans sa maison. Persuadé de la réalité
1. G. Le Testu. Notes sur les coutumes Bapounou, dans la circonscription de la Nyanga, p. 201.