‹ La mentalité primitiveChapitre 65 sur 333 · H. Ling Roth. Natives of Sarawak, I, p · texte numérisé non relu

H. Ling Roth. Natives of Sarawak, I, p

de son rêve, il avait menacé le plaignant de se venger, si le malade mourait. C'est pourquoi le plaignant demandait protection, affirmant qu'il n'avait pas frappé le malade, et que si son âme l'avait fait pendant son sommeil, il n'en avait rien su, et n'en était pas responsable. Par aventure, c'était justement moi qui soignais le malade1 ».

Il ressort de ce récit que l'homme accusé ne nie pas absolument l'acte qui lui est imputé; il ne semble même pas mettre en doute la réalité de ce que son accusateur a vu en rêve. Il accorde qu'il a pu faire pendant son sommeil ce qu'on lui reproche ; il en rejette seulement la responsabilité sur son « âme ». Accusateur et accusé peuvent être tous deux de bonne foi. Ils admettent comme une chose qui va de soi que ce qui apparaît en rêve est réel, si difficile qu'il nous paraisse de l'accorder avec le reste de leur expérience.

Rien n'est plus instructif, sur ce point, que les faits recueillis par le missionnaire Grubb chez les Lenguas du grand Ghaco. « Un Indien, dit-il, rêva qu'il mangeait un zala (oiseau d'eau), et dit qu'en s'éveillant il avait entendu le cri de ces oiseaux dans le marais voisin. Dans la matinée, il informa ses camarades que son jeune enfant, qui était avec sa mère dans un autre village, n'avait presque pas dormi de la nuit. (On croit qu'un homme qui a un petit enfant ne doit pas manger de cet oiseau, parce que, s'il le fait, l'enfant ne dormira pas la nuit suivante.) Dans le cas présent, il est évident que le cri de ces oiseaux pendant la nuit avait occasionné le rêve de cet Indien, et comme il en avait mangé dans son rêve, il concluait que son enfant avait subi les conséquences de son imprudence2. » L'Indien ne faisait donc pas de différence entre l'acte commis en rêve et l'acte commis en plein jour à l'état

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