‹ La mentalité primitiveChapitre 66 sur 333 · H. Ling Roth. lbd · texte numérisé non relu

H. Ling Roth. lbd

2. W. B. Grubb. An unknown people in an unknown land, p. 132.

de veille : les deux formes d'expérience étaient équivalentes à ses yeux.

Il arrive que le primitif voie en rêve des faits qui doivent se produire plus tard ; ces faits sont à la fois futurs, puisqu'il les prévoit pour l'avenir, et passés, puisqu'il les a vus en rêve et que, comme tels, à ses yeux, ils ont déjà eu lieu. Il y a là une impossibilité pour des esprits régis avant tout, comme le nôtre, par le principe de contradiction, et qui ont une représentation claire du temps se déroulant en une série unilinéaire de moments successifs. Gomment un même événement pourrait-il occuper dans cette série deux positions différentes, éloignées l'une de l'autre, et ainsi appartenir à la fois au passé et à l'avenir ? Mais cette impossibilité ne choque pas la mentalité prélogique. Non pas qu'elle s'accommode des confusions les plus grossières, comme on le dit souvent ; mais le monde de son expérience, plus complexe que la nôtre, admet comme simultanées des données qui ne peuvent pas coexister dans notre temps et dans notre espace. C'est seulement ainsi qu'on peut comprendre les faits de ce genre, rapportés par M. Grubb. « L'Indien, dit-il, a une foi entière en ses rêves, et les laisse diriger ses actions. Un indigène, nommé Poit, avait été sérieusement impressionné par un rêve, qu'il avait raconté plusieurs semaines avant d'essayer de me tuer. Il m'avait rencontré, en songe, dans une clairière de la forêt : je l'avais accusé d'avoir volé des objets qui m'appartenaient et j'avais tiré sur lui un coup de fusil. Il considéra ce rêve comme un avis certain de ce qui arriverait, et du point de vue de l'Indien, s'il ne pouvait pas éviter la catastrophe autrement, il n'avait d'autre ressource que de me renvoyer la balle, et de faire son possible pour me traiter comme il avait rêvé que je le traitais1. »

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