‹ La mentalité primitiveChapitre 71 sur 333 · Ibd., p · texte numérisé non relu

Ibd., p

2. A. Hutereau. Notes sur la vie familiale et juridique de quelques populations du Congo belge. Annales du Musée du Congo belge. Série III. Documents ethnographiques. I, p. 23.

que dans les Relations des jésuites de la Nouvelle-France. Non qu'ils se soient donné pour tâche de la décrire ou de l'étudier. S'ils en parlent, c'est qu'elle s'impose à leur attention, c'est qu'ils la rencontrent partout, c'est que les rêves des Indiens sont pour le succès des missionnaires l'obstacle le plus invincible ou le secours le plus précieux; c'est enfin que les jésuites ne peuvent assez admirer tout ce que les rêves font faire aux Indiens. « Le songe est l'oracle que tous ces peuples consultent et écoutent, le prophète qui leur prédit les choses futures, la Cassandre qui les avertit des malheurs qui les menacent, le médecin ordinaire dans leurs maladies, l'Esculape et le Galien de tout le pays : c'est le maître le plus absolu qu'ils aient. Si un capitaine parle d'un côté et un songe de l'autre, le capitaine a beau se rompre la tète à crier, le songe est le premier obéi. C'est leur Mercure dans les voyages, leur économe dans les familles ; le songe préside souvent à leurs conseils ; la traite, la pêche et la chasse s'entreprennent ordinairement sous son aveu, et ne sont quasi que pour lui satisfaire : ils ne traitent de rien de si précieux dont ils ne se privent volontiers en vertu de quelque songe... C'est, à vrai dire, le principal Dieu des Hurons S. » « Les Iroquois, dit un autre père, n'ont à proprement parler, qu'une seule divinité, qui est le songe; ils lui rendent leur soumission et suivent tous ses ordres avec la dernière exactitude. Les Tsonnontouens y sont beaucoup plus attachés que les autres; leur religion sur ce sujet va jusqu'au scrupule : quoi que ce soit qu'ils aient cru faire en rêvant, ils se croient absolument obligés de l'exécuter au plus tôt. Les autres nations se contentent d'observer ceux de leurs songes qui sont les plus considérables ; mais celle-ci, qui passe pour vivre plus religieusement que ses

Page 1