‹ La mentalité primitiveChapitre 73 sur 333 · Ibd., V (1633), p. 160. (P. Le Jeune · texte numérisé non relu

Ibd., V (1633), p. 160. (P. Le Jeune

pères jésuites. Ils y répondent toujours de la même manière : c'est pour l'Indien une question de vie ou de mort. Si ce qu'il a vu en rêve n'est pas réalisé, l'Indien mourra ; non pas seulement quand le rêve lui a suggéré quelque action à lui-même, mais aussi s'il a été simple spectateur dans son rêve, et si ce sont d'autres personnes qui agissaient. II faut alors que celles-ci s'exécutent. Si bizarre ou si coûteuse que soit l'exigence du rêve, ils n'ont d'autre parti à prendre que de s'y soumettre. « Ce serait une cruauté et une espèce de meurtre de ne pas donner à un homme ce qu'il a songé. Car ce refus serait capable de le faire mourir ; de là vient qu'il y en a qui se voient dépouiller de tout ce qu'ils ont, sans espoir de rétribution, car, quoi que ce soit qu'ils donnent, on ne leur rendra jamais rien s'ils ne songenteux-mêmes, ou s'ils ne feignent d'avoir songé. Mais ils sont pour la plupart trop scrupuleux pour user de feintise, qui serait cause, à leur avis, de toutes sortes de malheurs. Il s'en trouve pourtant qui passent par-dessus le scrupule, et qui s'enrichissent par une belle fiction1... » Si les Indiens avaient bien les sentiments que les pères décrivent, cette supercherie devait être extrêmement rare. « C'est la divinité des sauvages, pour laquelle ils n'ont pas moins de respect que nous avons pour les choses les plus saintes. Tout ce qu'ils songent doit être accompli, à moins que de s'attirer la haine de tous les parents du songeur, et de s'exposer à ressentir les effets de leur colère 2. »

On pourrait penser que cette obligation si pressante d'exécuter ce qui a été vu en rêve est une singularité propre aux Indiens de la Nouvelle-France. En fait, on la retrouve dans d'autres sociétés, fort éloignées les unes des

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