‹ La mentalité primitiveChapitre 74 sur 333 · Ibd., U (1666-68), p. 124. (P. BruyasK · texte numérisé non relu

Ibd., U (1666-68), p. 124. (P. BruyasK

autres, et elle doit avoir une raison fondée dans la mentalité même de ces sociétés. Les Barotse de l'Afrique du Sud « croient aux rêves; on voit souvent une femme venir demander une poignée de millet, parce qu'elle a rêvé qu'elle va être malade si une certaine personne ne lui donne pas une poignée de grains1. »

Au Kamtchatka, « si quelqu'un veut obtenir les faveurs d'une jeune fille, il lui suffit de raconter qu'il a rêvé qu'il les a eues; elle considère alors comme un grand péché de les lui refuser, car cela pourrait lui coûter la vie (à elle). Quelqu'un a-t-il besoin d'une kuklanda ou d'une barka, ou de quelque autre objet que sa pauvreté l'empêche d'acquérir; il n'a qu'à dire : j'ai eu un rêve aujourd'hui; je dormais dans la kuklanda de tel ou tel, aussitôt l'autre lui en fait don, en disant. « Prends la, elle ne m'appartient plus », parce qu'il croit fermement que, s'il ne la lui donnait pas, cela lui coûterait la vie2. »

Ici, celui qui mourra si le rêve n'est pas « accompli », n'est pas le songeur lui-même comme chez les Indiens de l'Amérique du Nord, c'est celui qui a été vu par le songeur : mais cette différence, tout importante qu'elle puisse être à d'autres points de vue, n'empêche pas que, dans un cas comme dans l'autre, la nécessité « d'accomplir le rêve » n'apparaisse avec le même caractère impératif. Quelque chose d'analogue se retrouve aujourd'hui chez les Kurdes d'Asie Mineure. « Ils se persuadent que si leur âme est bonne (ce qui a lieu quand ils se sont couchés après la prière du soir et l'ablution recommandées par le Coran), elle contracte avec les anges du Paradis une liaison si intime, qu'elle est dans une espèce de béatitude céleste, et qu'alors elle connaît tout ce qui lui est nécessaire parles

Page 1