‹ La mentalité primitiveChapitre 75 sur 333 · L. Decle. Three years in savage Africa, p · texte numérisé non relu

L. Decle. Three years in savage Africa, p

2. G. W. Steller. Beschreibung vondem Lande Kamtschatka, p. 279 (1774).

songes qu'Allah leur envoie en signe d'amitié, ou de vengeance quand leur âme est en état de péché. A leur réveil, ils ne doutent pas que leur âme n'ait vu réellement ce qui s'est présenté à elle en songe. Ils agissent conséquemment à cette ferme et aveugle persuasion avec une espèce de fatalité qui fait d'eux de véritables scélérats et de terribles fléaux pour le pays : ont-ils vu en songe quelque chose qu'ils convoitent et recherchent, ils n'ont aucune tranquillité qu'ils ne se soient rendus, bon gré mal gré, possesseurs de cet objet; ont-ils rêvé à quelqu'être animé, à un objet ou à un bien appartenant à autrui (à un chrétien surtout), ils n'ont aucun repos qu'ils n'en soient devenus maîtres, dussent-ils, pour satisfaire leur fatale ambition, employer la (force des armes, l'assassinat ou le pillage ; ont-ils rêvé à un ennemi ou à un chrétien (regardé toujours comme hostile à leur religion), ils doivent à la première occasion le mettre à mort ou saccager ses biens. Les songes deviennent donc pour ces forcenés, presque toujours, le motif déterminant de leurs crimes et de leurs impostures * . » La différence des conditions sociales entre les Kurdes et les Indiens explique assez comment ce qui se fait chez ceux-ci de bonne amitié devient chez les Kurdes une occasion fréquente de crimes et de meurtres. Mais, sous cette différence, l'analogie des obligations apparaît, et elle devient encore moins douteuse, quand on remarque la cause que les jésuites attribuent à cette nécessité. Pourquoi faut-il à tout prix que les rêves soient « mis en exécution ? » Parce que, comme le dit Charlevoix, « selon les Iroquois, toute maladie est un désir de l'âme, et on ne meurt que parce que leur désir n'est pas accompli2. »

1. Abbé Jos. Tfinkdji. Essai sur les songes et l'art de les interpréter en Mésopotamie. Anthropos, VIII (1913), p. 506-7.

2. P. F. X. de Charlevoix. Journal d'un voyage dans l'Amérique septentrionale, III, p. 369-70 (1744).

H8 LES RÊVES v

Les jésuites du xvn° siècle se sont exprimés sur ce point avec beaucoup de précision. « Or, ils croient que notre âme donne à connaître ces désirs naturels par les songes comme par la parole ; en sorte que ces désirs étant effectués, elle est contente, mais, au contraire, si on ne lui accorde pas ce qu'elle désire, elle s'indigne; non seulement ne procurant pas à son corps le bien et le bonheur qu'elle voulait lui procurer, mais souvent même se révoltant contre lui, lui causant diverses maladies, et la mort même... En suite de ces opinions erronées, la plupart des Hurons sont fort attentifs à remarquer leurs songes et à fournir à leur âme ce qu'elle leur a représenté durant le temps de leur sommeil1. » De même, « ils croient avec une expérience sûre et infaillible, que quand ils ont rêvé quelque chose et qu'ils ont manqué de l'exécuter, il leur arrive toujours un malheur qui était mystérieusement exprimé dans le songe. J'ai remarqué même que la plupart de ces barbares se mettaient fort peu en peine d'obéir à leurs songes lorsqu'ils étaient en santé; mais aussi, du moment qu'ils avaient le moindre mal, ils sont convaincus qu'il n'y a pas de remède plus souverain pour le guérir et pour leur sauver la vie que de faire tout ce qu'ils ont rêvé 2. » A moins, cependant, que la maladie ne soit du fait d'un sorcier3.

Cette dernière remarque du père jésuite nous permet de penser que les rêves qui doivent être absolument « accomplis » étaient, en général, ceux des malades ou ceux qui faisaient craindre une maladie. Les exemples qui nous sont rapportés sont le plus souvent de cet ordre. « Une femme fort malade dans Onnontaghé avait rêvé qu'il lui fallait une robe noire pour la guérir; mais le massacre cruel de nos pères, que ces barbares avaient

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