‹ La mentalité primitiveChapitre 86 sur 333 · lbd., I, p. 19i-19o · texte numérisé non relu

lbd., I, p. 19i-19o

malade l'assurance qu'il guérira, fournie par le présage favorable. Il lui procure en même temps un secours puissant, précieusement recueilli, qui provient du pouvoir mystique de l'oiseau. — « Le burong malam est un insecte ainsi appelé parce qu'on l'entend en général la nuit ; il est particulièrement recherché sur le sentier de la guerre, car il conduit à la sécurité et à la victoire. De même que le nendak parmi les oiseaux, il est considéré comme un géni^ toujours favorable. Il est également précieux pour la culture. Un homme l'entendit un jour sur un arbre, dans son champ, assez tard dans la matinée, et lui consacra une offrande au pied de cet arbre, qui fut dès lors regardé comme sacré. On ne l'abattit pas avec le reste. Et cet homme fut récompensé par une récolte abondante1.»

L'insecte évidemment n'est pas traité ici comme un messager qui apporte une bonne nouvelle, mais comme une puissance, presque une divinité, dont on veut s'assurer la faveur durable. L'arbre est épargné, parce que, en vertu d'une sorte de participation, la bonne influence de l'insecte qui s'y était posé est passée en lui. Il en est imprégné, et à son tour, il en imprègne le champ du Dayak.

« Lorsqu'ils voyagent sur le fleuve, les Kenyah espèrent voir Yisit (l'oiseau chasseur d'araignées) voler de gauche à droite quand ils sont assis face à la proue du bateau. Dès que cela arrive, ils poussent des exclamations : « 0 Isit à notre gauche! Donne-nous longue vie, assiste-nous dans notre entreprise, aide-nous à trouver ce que nous cherchons, affaiblis nos ennemis ! » A l'ordinaire, ils arrêtent leurs canots, accostent au rivage, font un petit feu, et ils lui disent : « Dis à Isit de nous aider. » Chaque homme de l'expédition allume une cigarette, afin d'avoir son petit feu

1. Rev. J. Perhani. Sea Dayak religion. Journal of Ihe Sh-aits brandi of the Asiatic society. N° 10, p. 232.

à lui, et murmure au moins une partie des formules habituelles1. » Cette invocation est aussi une prière, et sans aucun doute c'est à l'oiseau lui-même que le Kenyah les adresse.

On ne sera donc pas surpris de voir M. Perham parler •d'an culte des oiseaux. « L'objet de ce culte est le même que celui de tous les autres rites : obtenir de bonnes récoltes, d'être exempt d'accidents, de chutes, de maladies, la victoire à la guerre, le profit dans les échanges et dans le commerce, l'habileté dans la parole et l'adresse dans toutes les occupations des indigènes. Je dis « culte des oiseaux » ; car, de l'observation des présages, il s'élève à l'invocation et à l'adoration des oiseaux... (suit un long extrait d'un chant religieux des Dayaks). On voit ici lés oiseaux en compagnie des Dayaks, réglant leur vie et assurant le résultat de leur travail : l'invocation et l'offrande ont pour but d'obtenir la faveur des oiseaux. Une autre cérémonie où le culte de ces êtres ailés ressort nettement est la fête décrite sous le nom de mri burong makai (donner à manger aux oiseaux), c'est-à-dire leur consacrer une offrande. C'est une fête secondaire en l'honneur du Singalang-Burong, et de ses beaux-fils, les oiseaux-présages 2. »

Ceux-ci ne sont pas nos oiseaux ordinaires. Même si nous les concevons comme des oiseaux doués de pouvoirs mystiques, l'idée que nous en formons ainsi ne correspond pas, tant s'en faut, à celle des Dayaks. Nous ne pouvons faire en sorte que, dans l'image que nous nous représentons, les caractères objectifs ne soient au premier plan. Nous voyons d'abord la forme si caractéristique du corps de ces animaux, leurs ailes, leur bec, leup démarche et leur

1. Hose and Mac Dougall. The pagan tribesof Bornéo, II, p. 58-59.

Page 1