H. Ling Roth. The natives ofSarawak, I, p
vol, etc. ; nous yjoignons par surcroît l'idée de leurs propriétés mystiques. Mais, dans l'esprit du Dayak, ces propriétés, d'une importance à ses yeux incomparable, masquent tout le reste. Dans l'oiseau-présage, il voit avant tout l'être sacré, la puissance mystique de qui son sort dépend. On retrouve là cette forme particulière d'abstraction que j'ai décrite ailleurs1, et dont nous n'avons guère l'analogue dans notre pensée qui, elle, est d'abord conceptuelle. « Ces oiseaux, dit M. Perham, sont des formes de vie animale habitées par l'esprit de certains êtres d'en haut invisibles, et qui portent leur nom — (trait significatif : le nom n'est pas une simple désignation ; l'identité de nom implique une participation réelle, une identité d'essence), de sorte que, quand un Dayak entend un beragaï, par exemple, c'est en réalité la voix de Beragaï, le beau-fils de Singalang Burong; bien plus, il perçoit là le signe d'assentiment ou le froncement de sourcil du grand esprit luimême qui lui dit non2. »
Pour des esprits comme les nôtres, ou bien les oiseaux sont les porte-parole des êtres invisibles, dont ils font connaître les volontés, et dont ils sont distincts, ou bien ce sont les êtres invisibles eux-mêmes, incarnés et se rendant accessibles aux sens de l'homme. Ces deux conceptions incompatibles entre elles ne peuvent pas être vraies l'une et l'autre : il faut choisir. Mais le Dayak n'éprouve pas de difficulté à les admettre toutes deux à la fois. Dans ses représentations, elles ne s'excluent pas. Il a un sens immédiat de certaines participations qui rejette au second plan les exigences logiques. « Etre » signifie pour lui, en cette circonstance, « participer à la même essence. » Les oiseaux sont les êtres invisibles d'en haut, comme les Bororo du Brésil sont des araras.
1. Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, p. 124-28.