SCENE IV
Les Mêmes. l"abbé PIERRE.
Pierre, de la porte qu'il entrouvre, un peu gêné.
— Je vous dérang-er
Georges.
— Si peu
Marie, se levant de ses genoux.
— Ah ! voilà Pierre.
Georges.
— Entre donc.
Pierre, entrant tout essoufflé.
— Mes enfants....
Georges.
— Quoi donc?
Pierre.
— Je vous annonce.... Je ne peux plus parler. Je suis si heureux que j'ai monté un étag-e de trop.
Marie, souriant.
— \V)ulez-vous un peu d'eau de mélisse? Georges, d'une voix de tonnerre.
— La Mélisse, mère André.
— Trêve de balivernes, s'il vous plaît. Je vous annonce... une visite extraordinaire.
Marie.
— Qui?
L2 Menteuse
Pierre.
— La comtesse Xattier.
Georges.
— -Maman r
Pierre.
— Oui, ta mère... ta mère qui pardonne, et pardoiine si bien qu'elle n"a pas voulu remettre d'un instant le plaisir de vous embrasser.
GEf.mGES
, montrant
Ifiîl
M.irie.
— Tous
les deuxr
Pierre.
— Tous
les deux.
Marie.
— Est-ce possible!
Georges
— Tu as
fait ce miracle, mon
Pierre:
114 ^^ Menteuse
Pierre,
— Ce n'est pas moi, c'est le Seig-neur qui l'a fait. {A mi-voix, les mains jointes.) Laiidate nomen Domini. (Haut, gaiement.) Et voilà pourquoi, mes enfants, j"ai tant tenu à votre mariage religieux. Ce n'était pas commode ! l'Église ne reconnaît pas le divorce, mais quelquefois, tout de même, avec des protections.... Bref, j'y suie arrivé, et il le fallait absolument, car sans cela jamais votre mère n'aurait pardonné. Quand elle m'a dit, — il y avait longtemps, bien entendu, que je travaillais en dessous, que je l'entourais de mines et de contre-mines, — quand elle m'a dit : « Non, quel que soit mon désir d'embrasser mon fils, je n'irai jamais dans une maison pareille, je n'admettrai jamais ce mariage sans Dieu! » j'ai pu lui répondre : « Mais, madame, ils sont mariés à l'église. » (// 7-it.) Et rien qu'avec cette phrase j'ai enlevé la place d'assaut.
Georges.
— Et quel jour as-tu accompli ce beau fait d'armes?
La Menteuse ii5
Pierre.
— Ce matin.... pas plus tard que ce matin.... Et justement, comme ces dames viennent aujourd'hui chez .M. de Brives, pour je ne sais quelle fête qu"on donne à son cercle, tu vas les voir.... Elles me suivent....
Marie.
— Comment. LucileV
Pierre.
— Et le président.
Marie.
— Oh! mais, Georges, il faut nous faire beaux. Rang-e vite tes paperasses.
Georges.
— Hop! l'abbé, rangeons.
(// embrasse Marie.)
Pierre.
— C'est ça, rangeons.
Georges, tandis que Marie porte ses affaires dans la pièce à côté.
— Tu es un brave homme, Pierre... et
pour la peine, tu verras ce que je donnerai à tes pauvres. Tu verras 1
Pierre.
— J"en ai beaucoup, je t'avertis.
Georges, chantant.
— Des chevaliers de la Xeiistrie....
^^^^. PiERi^E. fredonnant.
vp^' — L'honneur fut toujours le soutien. {S' interrompant brusquement.) A propos, madame Georges r... Que faisiez-vous donc, rue de \'arenne, aujourd'hui vers es quatre heures?
Marie.
— Aujourd'hui: rue de Varenne?
Pierre.
— Oui; je passais en voiture. Vous sortiez d'un magnifique hôtel.
ii8 La Menteuse
Marie.
— Ce n'est pas moi....
Pierre.
— Voyons!
Georges.
— Bien sûr, puisqu'elle était à Saint- Germain.
Pierre.
— C'est trop fort! Comment, ce n'est pas vous... avec un paquet de fleurs?.... [On sonne.)
Marie, tressautant.
— Ah! mon Dieu... ta mère... je me sauve.
Georges.
— Mais non, reste au contraire!... {Elle sort.)
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