Tome III, col 370 à
êk LA MENUISERIE
îure de leurs rideaux ou par la forme de leur ciel bien plus que par celle des bois de lit (ou châlits) ; ces derniers se résument en quatre ou cinq modèles particuliers, qui sont : le lit à quenouilles ou colonnes, le lit à simple, double ou triple dossier, le lit à bateau et le lit pliant ou lit de sangle.
Nous parlerons peu du lit de sangle, qui se compose, comme le pliant ordinaire, de deux châssis évoluant autour d'un axe et retenus à leur partie supérieure par une toile sanglée. Pour tous les autres, les principes qui président à leur construction ne diffèrent pas d'une façon sensible.
La structure de ces divers châlits est, au surplus, des plus simples. Elle se compose de quatre pieds, assemblés par deux traverses surmontées d'un ou deux chevets1 et de deux pans ou battants latéraux. Les pans sont réunis aux traverses par des vis de rappel permettant de démonter, chaque fois que cela est nécessaire , le châlit en quatre morceaux séparés. Un châssis sanglé s'adaptant à l'intérieur de ce bâti supportait jadis la literie. D epuis l'invention des sommiers à élastiques, ce châssis est remplacé par des barres appelées goberges (voir fig. 63).
Ce qui distingue le lit à quenouilles ou à colonnes du châlit ordinaire, c'est que ses quatre pieds, au lieu de s'arrêter à la hauteur des battants, se prolongent jusqu'à deux mètres au moins au-dessus du sol, jouant le rôle de piliers et soutenant le ciel ou dais du lit, tandis que le chevet se trouve embrevé entre les colonnes.
Dans le lit à un ou deux chevets ou dossiers, une des traverses ou les deux — suivant le cas — sont surmontées de chevets ou dossiers qui peuvent être égaux, mais dont, le plus souvent, celui qui marque les pieds est plus petit d'un tiers. Le troisième dossier, quand il en existe un {cette mode aujourd'hui est abandonnée), est adapté à l'un
1. Les menuisiers donnent aux chevets le nom de dossiers, terme impropre, mais généralement en usage.
des pans ou battants de façon à empêcher la literie de se trouver en contact direct avec la muraille.
Enfin, dans le lit à bateau, celui des deux battants qui esfdestiné à être vu est cintré au milieu et relevé à ses deux extrémités, qui s'arrondissent en forme de gondole.
Fig. 63. - Bois de lit. — B, B , pans ou battants. — C, G, chevets. — G, G-, G, goberges. — P, P, pieds. — T, T, traverses. — c, c, c, c, ciel ou corniche. — P>P>P>P> piliers ou colonnes.
Dans toutes ces variétés les assemblages demeurent les mêmes. Ajoutons que les lits à colonnes et ceux à un ou deux dossiers rentrent généralement dans la catégorie des lits de milieu ou lits vus en pieds, ou encore lits de bout, c'est-à-dire que leur chevet seul adhère à la muraille. Les lits à bateau, au contraire, et les lits à trois chevets touchent au mur par un de leurs battants, et quelquefois aussi par le chevet, quand ils sont placés en encoignure.
Quelle que soit, en outre, la forme qu'on donne au lit, ses dimensions et ses proportions ne varient pas d'une façon sensible, parce qu'elles sont régies par des besoins qui demeurent les mêmes. Un lit confortable doit mesurer intérieurement 2 mètres de long sur lm,25 à lm,60 de large, suivant qu'il est destiné à recevoir une ou deux personnes. Parfois il peut comporter une largeur un peu plus grande, surtout quand il est appelé à être vu en pieds ; il n'en doit jamais affecter de plus réduites.
Autrefois, pour les chambres de parade, on construisait des lits énormes. Roubo remarque à ce propos que « les lits des grands seigneurs ont depuis cinq jusqu'à sept pieds de large, sur sept et même huit pieds de long; non pas, ajoute-t-il plaisamment, que cela soit nécessaire pour eux, qui ne sont ni plus grands ni plus gros que les autres hommes, mais afin que la grandeur de leurs lits réponde en quelque sorte à celle de leur appartement1 ». Gomme nos habitations étriquées ne comportent plus de pièces de parade, et comme, depuis un siècle et demi, les princesses et leurs augustes époux ont perdu l'habitude de recevoir leurs visiteurs au lit2, on a renoncé à ces proportions magistrales. Les couchettes destinées aux grands personnages et même aux souverains, ne dépassent pas sensiblement les dimensions que nous venons d'indiquer comme normales.
Peu de meubles se sont prêtés et se prêtent à une ornementation plus riche que le lit. Les tapissiers emploient pour le garnir les étoffes les plus somptueuses, et sa charpente, si simple en son principe, fournit, elle aussi, le thème d'une foule de combinaisons extrêmement décoratives. Les sculptures les plus soignées, les dorures les plus brillantes, ne paraissent pas déplacées sur ces battants et ces chevets qui doivent enclore , pendant la moitié de