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L'Art du menuisier, page

2 Voir Dictionnaire de l'ameublement, tome III, col 399.

son existence, leur heureux possesseur. Aussi l'ébéniste complète-t-ii souvent le travail du menuisier par l'application de placages superbement nuancés, et le ciseleur par l'adjonction de bronzes achevés avec art. Mais comme les diverses parties du lit sont appelées à se trouver en contact direct avec le corps du dormeur, il importe que cette ornementation, quelque magnifique qu'elle puisse être, ne présente point d'aspérités trop saillantes ni de

Fig. 64. — Lit en bateau dessiné par Percler.

profils aigus ou tranchants. Tous les reliefs accentués capables d'accrocher les garnitures et les vêtements ou de blesser la personne couchée, et qui, s'accusant par des cavités, se transforment à la longue en nids à poussière, doivent être évités avec soin. Il en va de même pour les sculptures trop délicates. Elles doivent être rejetées, surtout lorsque le lit est de côté, c'est-à-dire lorsqu'il adhère à la muraille par un de ses pans. Car il faut, dans ce cas, chaque fois qu'on en veut retourner les garnitures, tirer le lit au milieu de la chambre, et l'on risque, à chaque déplacement, de faire éclater ces fragiles ornements

Nous avons dit que les noms si variés par lesquels on distingue les diverses sortes de lits, proviennent principalement de la disposition et de la garniture de leurs ciels. Cette garniture rentre presque exclusivement dans la com pétence du tapissier. Généralement le menuisier se borne à fournir un cadre — ou un écoinçon quand le lit est en en coignure — que le tapissier habille ensuite plus ou moins artistement. Toutefois, pour certains de ces ciels, le contour extérieur demeure apparent. Dans ce cas, il arrive le plus souvent qu'on chantourne le bâti, qu'on le décore de denticules, de cannelures, de perles, etc. Dans les lits à colonnes, le rebord extérieur du cadre est ordinairement enrichi d'une frise sculptée, surmontée d'une riche moulure formant entablement. Enfin, dans les lits à impériale ou en dôme, le ciel, qui est double, nécessite un double châssis, dont la construction permet au menuisier de montrer son habileté dans la combinaison des coupes et des assemblages. Ces derniers ciels, toutefois, ayant cessé d'être en usage, nous n'insisterons pas sur les difficultés que présente leur exécution, parfois très savante.

Des Tables. — On donne en menuiserie le nom de tables à toutes les surfaces planes portées en l'air par un ou plusieurs pieds. On ne distingue pas moins de trente sortes de tables :

1° les tables à abattant; 2° les tables ambulantes ou correntilles; 3° les tables bureaux ou tables à écrire; 4° les tables à cabaret; 5° les tables chiffonnières; 6° les tables à crémaillères, dites aussi tables à la Tronchin; 7° les tables à la Dauphine ; 8° les tables à écrire debout ; 9° les tables d'encoignure; 10° les tables escaliers; 11° les tables de famille ou de compagnie; 12° les tables en fer à cheval; 13° les tables gigognes; 14° les tables à la grecque ou à la Pompadour; 15° les tables à jeu, comprenant: les tables à brelan, à quadrille, à reversi, à tri, à trictrac, à trois fins; 16° les tables machinées ou à transformations; 17° les tables à manger, à l'anglaise,-

18° les tables à dessus de marbre; 19° les tables de nuit; 20° les tables à ouvrage, tricoteuses, etc. ; 21° les tables à rallonges; 22° les tables rondes ou guéridons; 23° les tables de salon ou tables de luxe; 24° les tables servantes; 25° les tables de toilette; 26° les tables à tréteaux; 27° les tables à trompe; 28° les tables de lit; 29° les tables de cuisine, etc., etc.1.

Les tables, on le voit par cette nomenclature, sont employées aux usages les plus divers, et leurs formes ainsi que leurs proportions varient d'après les services qu'elles sont destinées à rendre. Aussi, suivant les besoins, en faiton de carrées, de rondes, d'ovales, de longues, de courtes, de hautes et de basses ; avec tiroirs comme les tables à ouvrage et les tables-bureaux, ou sans tiroirs comme les tables de salon et les tables à manger ; à un seul pied comme les tables à manger et les guéridons; à trois comme certaines tables à ouvrage ou à jeu, mais le plus souvent à quatre pieds. Appliquée à demeure contre la muraille et n'étant plus visible, par conséquent, que sur trois de ses faces, la table — soit que ses pieds continuent d'être droits, soit qu'ils se courbent en pieds-de-biche et qu'ils aillent buter en retraite — prend le nom de console.

Lorsque les tables sont construites pour une destination foncièrement usuelle, comme les tables-bureaux, les tables à manger, etc., leurs dimensions — hauteur, longueur et largeur — s'établissent suivant la convenance des personnes qui doivent en faire usage Elles se règlent, au contraire, sur la grandeur et le style de l'appartement lorsqu'elles ont — comme, par exemple, les tables de salon — pour but exclusif de concourir à la décoration d'une pièce. C'est ce qui explique pourquoi ces dernières sont généralement plus élevées que les tables à écrire et les tables à manger. Néanmoins les tables de pure décoration dépassent rarement 0m,78 à 0m,80. Quant aux autres, leur

1. Toutes ces sortes de tables sont décrites dans le Dictionnaire de l'ameublement, tome IV, col. 1108 à 1137.

hauteur varie ordinairement entre 0m,72 et 0m,75, mais leurs dimensions, ne craignons pas de le redire, restent subordonnées aux convenances et à la commodité.

Nous ne parlerons pas des tables qui reposent sur des châssis pliants, des tréteaux ou des bâtis mobiles. Jadis elles étaient extrêmement employées; elles ne sont plus guère usitées aujourd'hui1.

Nous passerons également sous silence les tables de cuisine, forcément grossières et primitives, et nous ne dirons que quelques mots des consoles et des tables de luxe ou de salon, dont les pieds, richement décorés, sont beaucoup plus l'œuvre du sculpteur que celle du menuisier proprement dit; car ce dernier se borne le plus souvent à en assembler les masses. — Ces tables, du reste, sont moins nombreuses qu'autrefois. Leur excès de richesse, en outre, n'a plus sa raison d'être, parce que, n'ayant plus dans nos pièces rétrécies le recul nécessaire pour les contempler de loin, il faut, quand on veut se rendre compte de la beauté des parties portantes, s'incliner ou se mettre à genoux. Leur construction, au surplus, ne diffère pas sensiblement des tables ordinaires.

Nous ajouterons que le principe de cette construction offre de grandes analogies avec la structure du tabouret. Toutes deux consistent dans la confection de quatre traverses qui viennent s'assembler à tenons et mortaises dans la partie supérieure de quatre pieds. Au lieu de couvrir ce bâti avec une garniture rembourrée, comme cela a lieu pour le siège dont nous parlons, on le surmonte d'une tablette ou d'un plateau en bois (voir fig. 65) fait d'un seul morceau ou de planches soigneusement assemblées dans un cadre et recouvertes parfois de marqueterie, d'une feuille de cuir,

1. Au xvii" et au xviii0 siècle, toutes les tables à manger et un grand nombre de tables à jouer étaient montées sur des tréteaux. On possède encore un certain nombre de ces meubles exécutés avec beaucoup de soin et d'une stimcture compliquée.

d'une bande de drap ou de velours, ou encore d'une plaque de marbre, quand la table se transforme en console. Lorsque le plateau supérieur est à quatre angles droits, On a soin que ses proportions en longueur et largeur se rapprochent de celles que nous avons indiquées comme étant particulièrement agréables à l'œil dans un parallélo-

Fig. 65. — Structure de la table.

gramme (voir fîg. 48 et 49). Cependant, lorsque la pièce dont la table occupe le milieu présente des dimensions exceptionnelles, lorsqu'elle est très ramassée ou très allongée, on est naturellement amené à faire varier dans le même sens le rapport de ces deux pooportions.

Jadis les pieds de tables affectaient une taille exgérée. Au xvie siècle, il constituaient de véritables morceaux d'architecture, enrichis de cariatides et d'arcades reposant sur d'énormes patins. Au xvne siècle, leur robustesse

excessive continua, pendant plus de cinquante ans, à n'être nullement en rapport avec le poids relativement faible du plateau qu'ils avaient pour mission de supporter. Aujourd'hui, on construit encore de ces tables massives, aux pieds disproportionnés, mais seulement dans un but de décoration, et pour celles qui sont d'usage courant on a le bon esprit de ramener leur structure à des proportions s'harmonisant mieux avec le genre de services que ces meubles sont appelés à rendre. Malgré cela, les pieds de la table n'ont pas cessé, suivant les convenances ou les nécessités, de revêtir des formes variées. On en fait de droits, de carrés, de ronds, de tors, d'unis, de renflés, de moulurés, de sculptés en manière de gaines, de cariatides ou de balustres. Mais quel que soit leur aspect on a soin, comme taille et comme force, de les proportionner aux dimensions et au poids apparent du plateau. C'est aussi sur l'épaisseur, la largeur et la longueur de ce plateau que se règle l'importance du bâti sur lequel il repose.

Pour que l'œil soit satisfait, on accorde généralement à ce dernier quatre fois l'épaisseur du plateau; et comme celui-ci mesure ordinairement de deux à trois centimètres, dans la plupart des cas la hauteur du bâti en compte une dizaine. Ces proportions sont admises comme normales; elles comportent cependant quelques dérogations. L'adjonction des tiroirs notamment [modifie ces dispositions; mais ces changements, quelle que soit leur nécessité ou leur opportunité, ne doivent jamais compromettre l'aplomb et la stabilité de la table. Il est clair, en effet, que la première qualité d'un meuble de ce genre est d'être solide sur ses pieds. Il doit le paraître aussi, car la contemplation d'une table qui menace de se renverser au moindre choc, ne laisse pas que d'être fort désagréable.

Lorsque la table est à quatre pieds, et lorsque ces pieds, de convenable force, situés aux extrémités du parallélogramme formé par le plateau, ne laissent déborder celui-

ci que de quelques centimètres, l'œil ne peut guère être alarmé. Mais lorsque la table n'a qu'un seul pied, ou quand elle a été, pour la commodité du service, construite à abattants en portefeuille, ou enfin lorsque, pour une autre raison, le plateau déborde considérablement, — comme cela a lieu pour les tables à manger, où les pieds doivent être placés en retraite pour ne pas blesser les jambes des personnes assises, — alors il n'en est plus de même. Dans ces divers cas, le moindre choc peut jeter à bas tout l'édifice. Notre figure 66 montre comment — avec une table où l'écartement des pieds ne représente que le tiers de la largeur totale du plateau — un déplacement de très peu d'importance compromet l'équilibre du meuble. 11 importe donc de prévenir ces sortes d'accidents. Quelques précautions permettront d'en venir facilement à bout. Pour s'en convaincre, il suffit de recourir à une petite démonstration géométrique.

Supposons que nous ayons un plateau AB (voir fîg. 67) et que, nous voulions savoir quel écartement maximum il faut donner aux pieds qui le portent, pour que notre table soit suffisamment d'aplomb. Dans ce but, nous abaisserons du centre G de ce plateau une perpendiculaire ; nous rattacherons un point quelconque de cette perpendiculaire, G' par exemple, aux deux extrémités de notre plateau, et nous aurons ainsi un triangle isocèle ABC Pour trouver le centre de gravité de ce triangle, nous prendrons le milieu de nos deux lignes AC' et BC' et nous joindrons ce double milieu AI et M' aux sommets A et B. Le point de jonction 0 nous fournira le centre de gravité de notre

Fig. *>6.

c' Fis:. 67.

triangle. Eh bien, supposons maintenant que la ligne SS' qui passe par les deux points M et M' constitue notre sol. Élevons de ces deux derniers points deux perpendiculaires qui iront rejoindre notre plateau. Il en résultera une figure

représentant la table que nous cherchons. L'écarteraent de la base est exactement la moitié du plateau, et le croisement des deux diagonales AM' et BM s'opère juste au tiers de la hauteur de la figure. Ce dernier fait est à retenir, car le point de jonction de ces deux diagonales peut dorénavant nous servir de repère.

Quelle que soit, en effet, la hauteur de la table, le rapport entre les dimensions de son plateau et l'écartement de ses pieds demeure identique, si le point de croisement des deux diagonales reste toujours

proportionnellement le même (voir fig. 68). Ainsi, supposons que nos deux diagonales se coupent au quart de la hauteur. Eh bien, la largeur de la base, formée par elles au moment où elles toucheront le sol, égalera toujours le tiers du plateau.

Supposons qu'elles se coupent au tiers, la base représentera toujours la moitié. Supposons qu'elles se.

coupent à la moitié, la base sera toujours égale au plateau, quelles que soient, du reste, la hauteur de la table et la largeur du plateau.

Pour en revenir à notre formule première, si la géométrie nous enseigne que les deux diagonales se coupant au tiers de la hauteur présentent un écartement suffisant pour assurer l'équilibre du meuble, l'œil, plus exigeant, ne se

Fis;. GS.

contente pas de cette solution. Il réclame davantage,' et l'expérience démontre que, pour le satisfaire, les deux diagonales doivent se couper aux deux cinquièmes de la hauteur. De cette façon la base égale les deux tiers du plateau et présente, dans la pratique, non seulement une assiette d'une solidité plus que suffisante, mais encore pour l'œil un aspect tout à fait rassurant. Si ces précautions ont leur raison d'être pour les tables à quatre pieds, à plus forte raison sont-elles de mise =.-=^

pour les tables à pied central et pour les guéridons (voir fig. 69).

Les menuisierstoujours ingénieux ne se bornent pas, nous l'avons dit, à construire des tables simples. Ilsenfabriquentdont le châssis, composédepièces juxtaposées et glissant

dans Une emboîture, peut Fig. 69. — Guéridon dessiné par Roubo , , , i f /-\ et conforme au diagramme.

s étendre a volonté. Un

nomme ces tables tables à rallonges. Ils en confectionnent aussi qui sont munies de tiroirs comme les tables à ouvrage, de caissons comme les tables de nuit; d'autres qui se plient et se développent comme les tables à jeu; qui s'élèvent ou s'abaissent comme les tables à crémaillère et les tables à la Tronchin; car il n'est presque pas de service auquel la table ne satisfasse. Chacune de ces sortes de tables comporte dans sa fabrication la solution d'un certain nombre de petits problèmes intéressants, et varie de construction et de forme suivant la destination qu'on lui assigne; mais les principes généraux que nous venons d'exposer sont toujours observés avec soin par le menuisier consciencieux et habile.

Les Ecrans et les Paravents sont les derniers meubles

à bâtis dont il nous reste à parler. La construction des premiers est extrêmement simple. Ils se composent de deux montants assemblés dans deux patins, et réunis par deux traverses, dont l'une s'assemble avec les montants juste audessus des patins, et dont l'autre réunit les sommets de ces mêmes montants. Cette dernière traverse est, sur son épaisseur, faite de deux morceaux laissant un vide entre eux, de façon à livrer passage au châssis couvert d'étoffe qui constitue l'écran proprement dit. Quant à celui-ci, il se meut et glisse dans des rainures préalablement pratiquées dans les montants. Toutes ces pièces sont assemblées à tenons et mortaises.

Ces sortes de meubles, qui concourent à la décoration des appartements, sont susceptibles d'une ornementation riche et soignée. On sculpte assez souvent la partie supérieure du châssis et on l'orne, suivant le cas, d'un nœud ou d'une touffe de fleurs. On renforce parfois les montants en les cantonnant de colonnettes. Enfin le cadre formé par le bâti peut être allégé par des moulures, enrichi de perles, décoré de feuilles d'eau, de rais de cœur, etc. Pour le choix de ces ornements, on suit le style général du meuble, car l'écran se rattache, comme forme et comme décoration, aux sièges, tables, etc., qui garnissent la pièce.

Parfois, quand l'écran est très simple, on adapte à ses montants une petite table qui sert soit à écrire, soit à poser un livre ou tout autre objet. Cette petite table, généralement à abattant, se hausse et se baisse au moyen d'une crémaillère fixée sur le devant. On fait aussi des écrans portés sur un pied unique, et évoluant sur un pivot; mais cette disposition, fort usitée autrefois, est aujourd'hui peu appréciée.

La construction des paravents est plus simple encore que celle des écrans. Elle consiste dans la confection de châssis assemblés comme d'ordinaire, et consolidés par l'adjonction d'une traverse centrale. Ces châssis, qu'on

Fig. 70. — Écran en boîs sculpté et doré garni de tapisserie

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