CHATEAU DE CHANTILLY
nomme « feuilles », sont réunis par des charnières à double évolution, permettant de développer les feuilles à volonté, soit dans un sens soit dans l'autre, et de les serrer aubesoin les unes contre les autres, de façon à tenir le moins de place possible. Le nombre de ces feuilles est variable. Il est rarement inférieur à quatre ; il ne dépasse presque jamais huit. Au delà de ce chiffre, le meuble deviendrait trop lourd et cesserait, par conséquent, d'être d'un maniement facile.
Ces divers châssis sont recouverts par les tapissiers d'étoffe ou de papier. Le plus ordinairement l'étoffe cache complètement le cadre du châssis. Cependant on fait aussi des paravents à bois apparent. Dans ce cas, le bord extérieur, demeurant seul visible, est enrichi d'une moulure. Pour rendre ces meubles moins disgracieux, on en chantourne, parfois même on en cintre le sommet. Enfin on a soin que le châssis, comme largeur, comme forme et comme décoration, s'harmonise autant que possible avec l'étoffe choisie pour le recouvrir, et aussi avec l'ameublement de la pièce où il doit prendre place.
Telles sont, résumées aussi brièvement qu'il nous a été possible, les principales opérations auxquelles l'art du menuisier donne lieu. Nous n'avons pas la prétention d'avoir décrit ces opérations d'une façon assez détaillée et assez complète pour que le lecteur se persuade qu'il en connaît désormais tous les secrets. Il serait téméraire, en effet, de penser que la lecture d'un livre, même bien fait, puisse tenir lieu de ces études spéciales et techniques qui seules forment le bon artisan. La sûreté du coup d'œil et la précision de la main ne peuvent s'acquérir que par une longue pratique. Aussi notre but est-ii plus modeste.
Nous avons simplement essayé d'expliquer en quelques pages ce que cet art — trop peu connu du grand public et insuffisamment apprécié, bien qu'il ait été illustré par nombre de praticiens éminents — comporte d'ingéniosité et même de science. Nous nous sommes efforcé de montrer ce qu'il faut de logique, de talent, d'habileté et de goût pour exécuter d'une façon convenable non seulement les meubles somptueux qui ornent nos palais, mais ceux-là mêmes dont nous nous servons tous les jours. En un mot, nous nous déclarerons satisfait si nous sommes parvenu à éveiller l'attention de nos lecteurs sur ce qu'on peut appeler les « beautés de la menuiserie », et si leur esprit, intéressé à ces précieux travaux, éprouve désormais le besoin d'étudier plus à fond un art dans lequel notre pays a, depuis cinq siècles, montré une supériorité indiscutable.