‹ La menuiserieChapitre 26 sur 31 · Voir le Meuble, tome î,r, p · texte numérisé non relu

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3. Les deux premiers artisans qualifiés menuisiers dont nous ayons relevé la trace, sont Noël Boulet et Jean Duperray, qui figurent sur les Comptes du roi René h. l'année 1457. Les Comptes de la Chambre de Louis XI mentionnent, à l'année 1478, Jacotin Blot, « menuysier demeurant à Tours », et à l'année 1481, Jacquet Gadot, Jean Aubry, Michel Thélope et André Andouard avec le même titre. Enfin la Farce des cris de Paris, composée vers 1480, parle aussi des menuisiers. C'est donc entre 1450 et 1480 que l'on peut placer à peu près sûrement l'adoption générale de cette appellation nouvelle.

continué jusqu'à nos jours de les appeler Huchiers, comme cela avait lieu autrefois dans l'Ile-de-France, la Touraine et l'Anjou, ou Escriniers, comme on les nommait en Flandre et en Lorraine, ou encore Fustiers, suivant le terme en usage dans le Comtat, la Provence, le Languedoc et la Guyenne, cela ne saurait empêcher que ces artisans n'aient, dès 1350, employé des « menus bois » pour leurs travaux et que, dès cette époque, une grande révolution dans la construction des meubles n'ait donné naissance à ce qu'on devait, par la suite, appeler la menuiserie.

Ajoutons que cette révolution si intéressante n'aurait point été complète si son contre-coup ne s'était fait sentir dans la décoration. Un nouveau système d'ornementation naquit, en quelque sorte spontanément, de la disposition que présentèrent désormais les parois extérieures des coffres et des armoires. Ces parois n'étant plus formées de longues planches unies , mais composées d'une suite de cadres et de panneaux se succédant à intervalles réguliers, forcèrent le décorateur à tenir compte, dans la distribution de ses ornements, de ces lignes architecturales; en même temps que la diversité des plans, rompant la monotonie de ces longues surfaces, rendait indispensable la collaboration du sculpteur.

Ce n'est pas que jusque-là l'imagier se fût privé d'intervenir dans ces sortes de travaux. Les admirables portes romanes de la cathédrale du Puy, qui remontent au xne siècle, et le superbe coffre du xive, orné de médaillons quadrilobés et de personnages abrités sous des arcades infiniment gracieuses, que possède le musée de Gluny, le prouvent assez (voir fig. 83). Du reste, à défaut de meubles parvenus jusqu'à nous, les vieux Comptes* suffiraient pour nous édifier sur la participation des sculpteurs à la confection des meu-

1. Les Comptes de Geoffroy de Fleuri (1316), pour ne citer que les plus anciens, nous apprennent que l'imagier Martin Maalot fournis-

bles de prix. Mais au lieu de ne suivre que les inspirations de leur verve et de limiter leur travail à une sorte de gravure entaille d'épargne, ces artistes, opérant sur des surfaces en retrait, protégées contre les chocs et les heurts par des cadres saillants, purent accuser leurs ornements par des reliefs plus délicatement traités, et donner à ces reliefs,

avec un modelé précis, toute la finesse et toute l'élégance dont ils étaient susceptibles.

Remarquons encore que la préoccupation architecturale — point de départ de cette transformation si typique dans la structure des meubles — se traduisit également dans le choix des ornements dont les panneaux furent décorés. La

Structure intérieure du plupart de Ceux-ci se COUVripelit dressoir appartenant au mu- rent de formettes lobées et d'or,

see de Cluny (voir fig. 8o).

bevoies, rappelant les fenêtres des palais et des églises, en même temps que dans les gros meubles, et notamment dans les armoires à deux corps, les montants des cadres prirent un aspect pyramidant, simulant les contreforts alors très usités dans l'architecture ci vile et religieuse.

Cette évolution de notre mobilier eut les conséquences les meilleures, les plus fécondes. Les formes essentielles, fermement écrites au dehors et bien lisibles, imprimèrent aux œuvres du menuisier une franchise et une logique de construction qu'elles étaient loin d'avoir auparavant. Les fines sculptures des panneaux, qui, — lorsque l'art ogival se mit à flamboyer, prirent une efflorescence d'autant plus

Fig. 84.

sait le roi Philippe le Long de sièges sculptés [Comptes de l'argenterie des rois de France, tome Ier, p. 17)

remarquable que la fibre du bois se prêtait admirablement aux caprices fleuris du décorateur, — ces sculptures, disons-nous, purent se faire particulièrement délicates, étant protégées par la saillie des cadres. Enfin, les traverses et les montants protecteurs, formant des champs unis, cons-

Fig. 85. — Petit dressoir de la fin du xve siècle. (musée de cluny.)

lituèrent des repos pour l'œil, et de la sorte, en même temps qu'ils conservaient aux meubles les plus finement fouillés une solidité bien apparente et laissant à l'esprit une absolue tranquillité, les cadres firent encore mieux valoir l'aimable décoration des panneaux.

Est-ce à dire que la fabrication de ces beaux ouvrages puisse être déclarée absolument parfaite au point de vue artistique, et exempte de toute faiblesse dans l'exécution?

Nullement. On y trouve souvent à reprendre des simulations condamnables, et parfois des insuffisances de maind'œuvre. Ne voulant pas que les parements de ses cadres se

terminassent intérieurement par une arête vive, — ce qui aurait donné à ses traverses et à ses montants un aspect brutal et par trop contrastant avec les agréables sculptures de ses panneaux, — le menuisier prit soin, tout d'abord, d'abattre ces arêtes en chanfrein. Puis il les orna par la suite d'un profil. Mais, ne connaissant pas encore l'assemblage à bouement (voir page 34), il n'hésita point à trancher carrément sa moulure verticale (voir fig. 84 et 85 ) , au lieu de le faire suivant un angle de 45 degrés. Or cette section, lorsqu'on examine le travail de près, produit un effet assez fâcheux à l'œil, parce que les lignes formées par la décoration sont ma^ ladroitement coupées, et ne coïncident pas exactement avec celles de l'architecture du meuble.

En outre, il est facile de voir, par la construction même des vantaux de certains meubles, que le menuisier, épris de la disposition si logique des surfaces distribuées en cadres et en panneaux, mais ne possédant pas encore suffisamment la pratique des assemblages délicats, était parfois forcé d'employer un subterfuge. Nombre de vantaux, en effet, sont exécutés d'un seul morceau, sur lequel le sculpteur s'est appliqué à simuler un panneau encadré, en creusant légèrement la partie centrale

Fig. 86. — Plateau sculpté d'un seul morceau et figurant la division en panneaux (xv6 siècle).

du vantail, en la décorant avec soin et en laissant autour un champ uni formant encadrement. Puis, pour remédier à ce que cette simulation avait de fautif au point de vue de la solidité, et pour empêcher ses battants de se fendre, le menuisier les consolidait soit avec une penture de fer apparente, soit avec une lame transversale de fer placée intérieurement comme on peut le remarquer en certains meubles du musée de Cluny1 (voir fig. 87 et 88).

Fig. 8" et 88. — Exemples de pentures consolidant les volets.

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