CHAPITRE IX
« SECOND FORESTIER, — Je reste li-haut pour que nous puissions tirer tous les deux.
» PREMIER FORESTIER, — Non, le bruit de ton arbalete effraicrait le troupeau, et mon coup serait perdu; visons la plus belle bête, et tirons ensemble, »
SHAKESPERE, {Henri VI.
« Au fond d'une longue baie s'ouvre une anse défendue par une ile des grandes vagues de la mer. Elle forme un port où les navires jettent l'ancre, à l'abri de deux promontoires qui s'avancent à droite et à gauche, »
VIRGILE
Dimanche, 22. — La rapidité des changements qui se produisent autour de nous est vraiment inconcevable : il y a quelques heures, les navires étaient clavés fort et lerme au milieu d’un pack qui les pressait de tous côtés, et, maintenant, sous voiles et sous vapeur, ils bondissent sur la vaste mer, où seules quelques trainées de glace leur opposent un semblant de résistance. Nos grandes espérances sont réalisées : nous voici sur les € eaux du nord » et la houle balance les bâtiments d’une manière très perceptible, La banquise, plus solide et plus impénétrable que jamais, est massée à l’ouest du canal de
Kennedy; mais devant nous, et sur la rive orientale, nous voyons la mer libre moutonner sous une fraîche brise du nord, soulevant et abaissant son sein en ondulations vratment € océaniennes ».
Malheureusement pour nous, et surtout pour la célérité de notre route, le vent très violent et absolument debout, nous force de courir des bordées, chaudières allumées et sous voiles de misaine et d’arrière ; cependant ces mêmes grains poussent la glace vers le sud et vont déblaver notre voie. Par une température de 3 où 4 degrés au-dessous de zéro, la bise est piquante et décidément désagréable : le nid de corbeau et le banc de quart deviennent des postes peu commodes ; mais, nous faisons de bon ouvrage, et cela nous console,
Passant à la rive orientale du détroit, nous longeons l’île Crozier ; le cap Constitution se dresse juste en face de nous; la description qu'en donne Morton est singulièrement fidèle.
Ce promontoire termine au nord une échanerure que Kane a nommée la baie de Lafayette, est escarpé, coupé presque à pie, sans banquette de glace, La base, comme celle du cap Indépendance, parait afouillée en dessous par l'action de la mer et forme une terrasse surplombante qu'il serait impossible d'escalader, Morton Fessaya en vain. Nous n'apercevons sur les terres avoisinantes aucun signe d’une mer de glace ; à Farriére-plan et sur les sonmets qui circonserivent le sud de La baie Lafayette, une teinte pâle pourrait en indiquer la présence ; toutefois ce seul signe est loin d'établir une certitude.
Les positions des divers points de ces côtes sont à pou p':s correctes et généralement sons les latitudes que leur a signées le docteur Bessels, du Polaris : le contraste est frappant avec les cartes de Fautre rive du détroit oi
les erreurs se disputent le terrain: leur baie Karl Ritter,
Ra ES À
mars