AZ
(-98 254) "Âpouuoy qeuoyo 07
nous ne Favons pas aperçue; la seule échancrure profonde que nous avons trouvée de ce côté, est celle de füchardson, qui sans doute aura Cté baptisée d'un autre non par le doc'eur ITayes.
Chose singulière là l'ouest du canal Kennedy, la terre est ensevelie sous la neige; il n’y en a.pas du tout sur la rive opposée, Ge n’est pas, entre les deux côtes, la seule différence qu'on puisse noter : leur € physionomie » est absolument dissemblable, quoiqu'elles appartiennent sans doute à la même formation géologique. Celle de lest forme un plateau à sommets tabulaires s'élevant à une hautenr de six cents mètres et séparés par de farges vallées; la stratification des falaises est régulière et horizontale, A l'ouest, au contraire, elle se compose de montagnes coniques montant parfois à douze cents mètres, et coupées de ravines profondes; les eonches sont si contournées que l'inclinaison en varie entre 10 et 45 degrés. A l’est, Ja terre semble s'être exhaussée lentement et graduellement; celle de Fouest parait avoir été soulevée tout à coup; les combes étroites qui les entaillent ressemblent à des Hits d'anciens glaciers,
Lundi, 23, — Vingt-quatre heures de course splendide, favorisée quelque temps par une brise fraiche du sud. las! nous sommes maintenant au bout de notre rouleau !
Après avoir passé devant la baie de Bessels, nous arrivons au cap Norton pour y retrouver notre implacable ennemie; son armée s'étend d'une rive à l'autre du Bassin de Halls des floces de dimensions formidables occupent le nord du détroit; pas une allée, pas un laquet, pas une faque d'eau !
La baie du Polaris est assez près pour qu'il soit possible de distinguer clairement le site du quartier d'hiver des Américains : la banquise nous interdit d'en approcher
ss LA MER GLACÉE DU POLE.
davantage, mais le vent qui souffle du sud sera sans doute suivi de calmes ou de brises du nord, et les glaces se relàcheront nécessairement sous leur influence. La Découverte débarque au cap Norton un petit dépôt de deux cent quarante rations pour ravitailler les compagnies que l'on enverra plus tard visiter le fiord de Petermann ; puis les deux navires mettent à la voile et retournent à la baie de Bessels où nous jetons l'ancre par sept brasses, à l'entrée même du havre et sous la protection de l'ile Hannah.
La baie de Bessels est un fiord étroit et long, orienté du N. O0. au S.E., et rayé sur les deux côtés par de petits glaciers dont quelques-uns jettent leurs icebergs dans les eaux qui en sont littéralement couvertes. Le golfe luimême nous parait avoir été le lit d'un large courant de olace, dont la moraine ferminale fut sans doute Pile Hannah, située juste par le travers de Pestuaire : la structure de celle-ci le démontrerait suffisament; ce n’est qu'un iinmense amas de cailloux roulés et de terrain meuble, sans base déterminée, sans roches sous-jacentes.
Nous pümes aussi observer la mer de glace sous laquelle, assure-t-on, le continent groënlandais est enseveli tout entier : Le fiord de Petermann et la baie de Bessels en seraient ici les déversoirs.
On à vu aujourd'hui quelques canards eiders, un phoque, des dovekies et une mouette.
Le capitaine Feilden et M. Parr débarquent au nord de la baie pour escalader une haute colline d'où ils examinent la mer septentrionale : glace, glace et toujours glace, on n'aperçoit point autre chose.
D'après ce que nous pouvons en juger, la rive ouest du Bassin de Hall semble se terminer abruptement dans les parages du cap Union et ne pas continuer vers le nord comme sur la carte américaine, Je me délie de cette
AS IT EN à DCE
« Terre du Président » qu'auraient vue les hommes du Polaris. La côte me parait s'arrêter vers le quatre-vingttroisième parallèle nord; et s'il en est ainsi, nos chances de gagner une haute latitude boréale sont décidément compromises : il faudra se rabattre sur les explorations à l’est ou à Pouest,.
Le soir, le capitaine et moi visitons l'île Hannah, sur le point culminant de laquelle on construit un cairn où je dépose les documents accoutumés. Tout ce que nous voyons de là-haut ne fait que confirmer le rapport de nos
camarades : l’ouest du détroit semble libre jusqu’au cap Licber; une étroite allée s'étend entre les navires et ce promontoire ; nous tàcherons d'en profiter,
Jeudi, 24, — Le capitaine est parti de bonne heure pour gravir la colline de six cents mètres qui s'élève au-dessus du cap Norton, et se rendre compte de nos chances de traversée. On jette Ja drague, mais avec de médiocres résultats : Le continuel va-et-vient d'icebergs plus où moins échoués ne permet guère à la vie organique de se développer sur les fonds; mais les calcaires de la côte sont « criblés de fossiles et l’on en recueille en grand nombre. Ù Audi, le canot du capitaine, mouillé par le travers “du cap Norton, nous fait le signal d'appareiller, Ces ordres sont promplement obéis, et nous nous dirigeons ù vers la rive opposée après avoir rallié le commandant. I Lnous donne la très bonne nouvelle que, du sommet du promontoire, il a vu un chenal splendide, conduisant à la 2c0le ouest et probablement jusqu'au cap Beechey. Le Cbaromètre social » remonte de plusieurs degrés.
à Notre stock de charbon diminue rapidement; pas n’est Mbesoin de grands calculs pour prouver que nous ne pour- Mrons nous permettre longtemps ce genre de navigation. Mais, sous ces latitudes, que faire sans la vapeur ?
Dix heures du soir, — Comment décrire les alternatives
de joie et de désappointement qui viennent ballotter Les pauvres mariniers poliires”? Des rêves les plus ambitieux
on tombe dans Les Das-onds du désespoir!
I va deux heures à peine, nous fendious les flots dune vaste mer libre, certains d'arriver bientôt au cap Béechey, voire même au cap Union, tous deux partaitement en vue; de tribord, nous distinguions au loin les promontoires Brevoort, Suinner ef Stanton,
Mais au large du cap Baird, notre adversaire nous guette, et éette fois encore triomphe de nos efforts. faut matntenant cheminer à grand'peine dans la direction du cap Bellot, par le travers de l'estuaire Lady Franklin et chercher un abri où nous attendrons patiemment que le vent du nord nous ouvre un passage, Notre course sur le canal de Kennedy nous donne une vue admirable de ce que Pon appelle je fiord de Petermann, C'est un tulet très vaste, au fond duquel on n'aperçoit aucune terre ; problème géographique à résoudre par nous. De même pour le € Lady Frankiin-Sound ». Est-ce un détroit, est-ce un golfe ? Je penche pour la dernière hvpothèse; mais, je l'espère, nous saurons bien'ôt à quoi nous en tenir.
Mercredi, 25. — Ce malin, à une heure, en serpentant lentement parmi les floes qui bordent la côte nord de l'estuaire Ladv Franklin, nous apereevons un troupeau de bœufs musqués, päturant à loisir sur une colline peu éloignée, Les chasseurs sautent sur leurs carabines, et tandis qu'on prépare les embarcations, les navires s'arrêtent dans un joli petit port, blotti au milieu des terres et proiigé de la mer par une grande île : on laisse tomber les ancres et nous nous élançons à la poursuite du gibier.
Partageant notre effectif en trois bandes, nous nous avançons à pas de loup vers le troupeau pour le cerner et le capturer tout, jusqu’à la dernière téte, L'excitation de la chasse nous transporte, mais bien plus encore la perspec-
fut le taureau. (Page 91.
remières victimes
Une des pt
tm tnt et ae tn EE te EE RS
tive des repas délicieux qui vont être notre partage ! Entrecôtes fumants, foie de veau au délicieux arome, joies du palais auxquelles nous sommes depuis si longtemps étrangers, Comme on vous savourera dès que nous serons rentrés à bord! Les casseroles sont prêtes etles cuisiniers sous les armes.
Sages avions-nous été de disperser nos forces : au retentissement du sifflet d'un des navires, les bœufs musqués prennent Palarme et détalent à toute vitesse vers un profond ravin. Une couple de chasseurs les attendait, qui, déchargeant leurs armes, en abattent deux sur le coup. Les autres, tournant tête sur queue, s’élancent à l'escalade d'une colline escarpée, pour trouver deux nouveaux ennemis qui font mordre la poussière au reste des malheureux ruminants.
Une des premières victimes fut le taureau de la bande, un noble animal, à fa vie si tenace qu'il fallut, pour l’achever, tirer plusieurs coups presque à bout portant,
Enthousiasmés de notre succès et ayant envoyé quérir main-forte pour transporter le butin au navire, nous dépouillons, nous vidons, nous débitons le gibier, et cela aussi lestement que possible, pour que celte venaison précieuse ne s'imprègne pas de Podeur de muse, La curée ne put être ni vite, ni bien faite, car nous n'avions pas tous de couteaux dans nos poches; à neuf heures du malin, cependant, on hissait à bord neuf cent soixante kilogrammes de bonne viande fraiche, aubaine inapprécable pour le commissariat.
Cetanimal, l'Oribos moschatus des naturalistes, forme un wenre intermédiaire entre les races ovine et bovine; où ne le rencontre que sous les hautes latitudes, quoique, issure-t-on, certains voyageurs en aient vu des traces an cinquante-neuvième parallèle. En troupeaux de quelque
importance, on ne Île trouve pas au sud du soixanteseptième,
Les diverses expéditions aretiques hivernant dans les parages de Pile Melville ont tué des bœufs musqués en grand nombre; sur Ex rive opposée du détroit de Kennedy, ils furent pour le Polaris a plus précieuse des ressources. L'équipage de ce navire en abattit vingt-six pendant ses douze mois de séjour dans ces latitudes. Is vivent généralement en petites troupes; de temps à autre, cependant, on en rencontre de solitaires, ÇNotre » bande comprenait un taureau, quatre vaches, deux veaux el deux génisses, Ges animaux se nourrissent des graminées chélives de ces régions et de lichens qu'en hiver ils savent déterrer sous la neige, D'après leur carrure, on ne peut guère supposer qu'ils soient vifs et agiles ; on les voit cependant escalader les collines et grimper sans fatigue sur les roches et les surfaces hérissées d'obstacles, Is sont fort irascibles, paraît-11; du moins, une fois blessés, 1ls se retournent contre le chasseur et ont souvent mis en péril la vie de leur adversaire, Leurs cornes sont tres larges; elles se rencontrent à Ja base et abritent le front etle sommet de la tête, Sur celle-ci, Les balles ne paraissent produire aucun effet,
Le laureau seul nous donna cent soixante-cinq kilogrammes de viande.
Le port dans lequel mouillaient les navires paraissait réunir tous les avantages qu'on recherche pour des quartiers d'hiver, et le capitaine Nares arrêta qu'il y laisserait la Découverte. Le havre, très sûr, communiquait avec la mer par deux étroits goulets trop peu profonds pour que des glaces de grandes dimensions y passent dériver ; les terres du voisinage offraient la végétation la plus riche que nous eussions vue depuis longtemps; en outre des bœufs musqués, on distinguait des traces nombreuses et
(-£gc 98eq) ‘onaan090q er ep uod 07
CNE ES Ed NES
récentes de loups, de renards, de lièvres, de lemmings : le commandant ne pouvait mieux choisir pour un hivernage, et notre conserve n'eut jamais à regretter la décision du chef de Pentreprise.
La saison navigable approche de sa fin; encore quelques jours et notre marche devra se terminer. Cette semaine, la température n'est jamais remontée au-dessus du point de congélation; même à midi, la glace s'accroit avec une alarmante rapidité. Le peu d'avance sur laquelle nous pouvons encore compter, nous la gagnerons plus aisément et plus vite avec un seul navire, La responsabilité sera amoindrie,et, en cas de désastre, nous laissons sur nos derrières un bàtiment qui nous servirait d'asile,
Cette mesure fut done accueillie avee satisfaction à bord de l'Alerte, en dépit du chagrin que nous éprouvions de quitter nos nombreux amis. La soirée se passa en visites réciproques et plus d'un sincère et fervent € Dieu vous garde ! » plus d'un serrement de main expressif, furent échangés entre les deux compagnies des navires polaires,
Pour renforcer notre effectif et avoir en plus une équipe de traineau pour communiquer, si possible, avec Ta Décourerte, celle-ci nous donna sept de ses matelots el un officier, Le Heutenant Rawson, En échange, et, qu’on veuille bien le croire, ce cadeau n'étuit point à dédargzner, nous leur octroyämes quatre cents kilogrammes de la \venaison récemment acquise par les chasseurs de notre Haviré,
Les choses ainsi arrangées à la satisfaction de tous, l'Aerte ehaulfe ses chaudières et, Le 26 au matin, quitte le € Port de la Découverte » (Viscovery harbour); elle passe devant sa compagne, les deux équipages poussant les hourrahs, Notre conserve hisse le signal: « À Dieu
va! » auquel on répond : « Bon hiver! » et nous nous séparons, heureux de savoir à notre arrière-garde un Sseniblable refuge dans Féventualité d'une retraite force : l'inconnu est devant nous, et de ferventes prières s'élèvent vers le ciel pour l'heureuse issue de notre mission.