‹ La mer glacée du pôle [microforme]Chapitre 43 sur 105 · CAMPBELL · texte numérisé non relu

CAMPBELL

Tous les voyageurs sont maintenant rentrés à bord et n'ont plus à s'occuper que des préparatifs de lhivernage, Le soleil nous a quittés depuis Le TT, mais, au milieu du jour, il reste encore cinq ou six heures de crépuscule, et chacun se livre avec ardeur aux nombreux travaux exigés ar les circonstances.

Le navire, quoique dûment encastré dans des glaces ugmentant sans cesse d'épaisseur, est encore assujetti à a rive par nos deux ancres maitresses : une fois erochées, u les gèle dans leur trou en y versant de Peau; des haines de fer les relient à lAlerte et nous enlèvent oute inquiétude au sujet des grains qui pourraient soufer de terre.

Mais il vaut mieux tout prévoir : si quelque funeste ceident devait causer cet hiver la perte du navire et

ous priver à la fois de notre demeure et des approvi-

sionnements qu'elle contient, il serait trop tard pour; remédier, Nous débarquons done une grande partie des vivres et des objets non utilisables présentement: lé barils et les caisses servent à construire le € magasin Markham », entrepôt spacieux, assez vaste, S'il le faut, pour servir d'abri à la compagnie tout entière. On \ transporte le gréement, les cordages, les traineaux, tout ce qui tient trop de place à bord ; long de quinze mètres, il en a quatre de large et trois de hauteur. La grande voile en forme le toit; c’est un édifice superbe, et ave quelque raison, je dois le dire, nous sommes fiers de cette architecture.

Du reste, la manie de bâtir s'emparait de la plupar des officiers et il n’y avait point de fin aux petites huttei de neige qu'on élevait à tout propos sur le rivage. Ave les matériaux que lhiver nous fournissait en si grand abondance, un de nos camarades entreprit même un colonnade qui de lAlerte à la côte devait nous former une magnifique avenue, mais cette œuvre gigantesqu fut abandonnée après quelques journées de travail.

Un observatoire construit en planches apportées toute numérotées d'Angleterre reçut linstrument de transit à côté, une maison de neige abritait Pazimuth. Cetth petite station, quartier général des astronomes Parr el May, fut appelée Greenwich.

Les instruments magnétiques, fixés eux-mêmes à d& piédestaux de glace sur lesquels on les gela solidement furent placés dans trois de ces € palais d'hiver », reli lun à l’autre par des couloirs pratiqués dans la neige à recouverts de dalles de glace. Le plus long de ces tÿ nels mesurait quarante mètres : l'établissement de Ke fit le plus grand honneur à son architecte, Giffard et mo chargés des observations magnétiques, y avons passé hi des heures à tàcher, en dépit du froid, d’augmenter I‘

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faibles lumières qu’on possède sur cette branche intéressante de la science.

La poudre, dangereuse à garder sur un navire où il

fallait entretenir tant de poêles, fut déposée sur la rive dans une Sainte-Barbe de neige, Woolwich, naturellement. D'autres cases de même structure reçurent les provisions de bœuf salé ; inutile de dire qu'on les appela Deptford, comme le grand dépôt de vivres de la marine “britannique.

+ Peu à peu les alentours de nos quartiers d'hiver per- “ daient leur aspect morne et désolé pour prendre celui d'une jeune colonie dont chaque journée marquait de nouveaux progrès ; partout l’activité, la joie, la vie.

Le bœuf emporté d'Angleterre, plus salé et plus co- “race que d'habitude, se trouva beaucoup mieux de son séjour dans les huttes de neige ; la congélation à laquelle “il était soumis, aidait sans doute à l'élimination ou à la à précipitation de l'excès de saumure qui le rendait presque inmangeable.

« Le 26 octobre, le pont du navire était entièrement couvert; une suite d’auvents en toile goudronnée, sem- “blable à celle des bâches de roulage, s'étendait du mât “(le misaine au mât de perroquet du gaillard d'avant. “Ces tendelets, soutenus par des espars amarrés entre les hits, laissaient de chaque côté retomber des rideaux qu'on relevait facilement pour les besoins de la ventilation, Des lampes, allumées nuit et jour, furent suspendues aux mâtereaux du milieu; la cheminée de la machine, “qui était à charnière, fut abaissée sur le pont et forma “un réduit commode où nous pûmes faire entrer un nombre vraiment merveilleux de rouleaux de cordages.

à Dans les bordages de l’Alerte on pratique deux passavants: lun à bàbord pour entrer et sortir; l'autre à tribord pour les débris de ménage et les balayures qu'on

dépose sur le floe ; une ou deux fois par semaine, on les transporte à une centaine de mètres, derrière les hummocks.

a neige des alentours est en général trop molle pour servir à nos constructions, mais dans certains endroits on trouve des névés entassés par les bourrasques et qui ont acquis une plus grande consistance. Avec les blocs solides taillés dans ces carrières, on élève à deux mètres de distance du navire un mur de circonvallation de 4,20 de hauteur, L'espace qui le sépare des flancs de l’Alerte est ensuite rempli de neige bien tassée; celle-ci monte jusqu'aux gouttières et forme une levée parfaite ment imperméable qui empêchera toute déperdition de la chaleur intérieure du bord.

Le pont, débarrassé de tout son « mobilier », fut recouvert d’une couche de neige de trente centimètres « haut par-dessus laquelle on étendit du gravier et des cendres; je ne sais si cette mesure fut bien avantageuse: une fois ce € béton » gelé, la marche y devint trà difficile.

Les œils-de-bœuf, les écoutilles, furent soigneusement condamnés et matelassés : on ne garda que deux ouvertures pour entrer et sortir; là, des porches s'opposaient encore à ladmission de Pair extérieur. Les double portes, munies de poids, se fermaient automatiqueme de façon que la première était close avant qu’on ouvrit seconde. L’extérieur des vestibules fut en outre garant par un rempart de neige; toutes les issues possible étaient blindées de la même façon.

Autour du tuyau de la cuisine, on avait ménagé un grand espace vide dans lequel, tousles matins, on versai 4 assez de glace ou plutôt de névé gelé pour fournir l'eau nécessaire aux besoins de la journée, Nous faisions notr provision à un grand floe où la glace d’eau douce avi

du se former par les gels, dégels et regels des neigées successives. Quand il devint difficile de procurer pour nos hommes de l'ouvrage en plein air, ils s’occupérent à charrier ces blocs à un vaste dépôt établi près du navire et qu'un mur de neige protégeait des chiens esquimaux : c'était rotre réserve pour les mauvais temps. Les embarcations, halées sur le rivage, furent mises en lieu sûr; les voiles restèrent en place, serrées dans leurs étuis. Les cordages qu'on n’enleva point, on les étarqua avee soin afin de n'être pas tenus éveillés dans les nuits de tempête par le tambourinement monotone et agaçant au possible des câbles frappant les espars. | De précédentes expéditions avaient 6t6 munies de Pappareil caléfacteur Sylvester dont les tubes distribuent l'air chaud à toutes les parties d'un navire, L’Alerte ne possédait que des poêles placés sur différents points et que nos hommes devaient entretenir tour à tour. Des règles sévères étaient imposées en vue de léconomie du charbon et des précautions contre lPincendie. N Plus que dans toute autre région, la buanderie des + bâtiments polaires doit être maintenue à une température assez élevée pour le lavage et séchage du linge et des

vétements, La nôtre occupait un compartiment à Pavant de la batterie basse. Certains jours de la semaine étaient mis à part pour les lessives et savonnages : le linge blanchi Paprès-midi fut toujours sec le lendemain.

À La vapeur qui se formait dans cette pièce ne pouvait “donner de l'humidité à celle où se tenait l'équipage : une M trappe la conduisait au gaillard d'avant, dans une sorte die chambre circonserite par un mur de neige, et d'où Melle S'échappait par un tronçon de tuyau. Notre buanderie était chauffée par un fourneau soigneusement entretenu Juuit et jour.

À bord dun navire où, pendant Fhivernage, la batterie

basse est le séjour forcé de toute la compagnie, la pureté de Pair et sa libre circulation sont les conditions essentielles d’un bon état sanitaire : aussi la ventilation devint. elle bientôt le souci le plus grave de notre commandant,

Nos prédécesseurs, avec l'excellent calorifère Sylvester, pouvaient établir un courant d'air plus constant et maintenir à peu près sans humidité les piéces qui leur servaient d'habitation. Pour nous il fut impossible, même à un degré très modeste, d'empêcher Paccumulation «un

nos solives des vapeurs de la cuisine et de celles qui causait la présence de tant d'hommes.

Dans le pont extérieur, on pratiqua plusieurs trous où l'on fit passer des tuyaux qui devaient, les uns jeter an dehors lair vicié, les autres nous en porter de meilleur: ces tentatives eurent peu de succès et pendant tout Phiver il fallut essuver, frotter, éponger sans cesse Les baux. N les portes des écoutilles restaient ouvertes, ne füt-ce que quelques secondes, Fhumidité se convertissait en glace que la température plus chaude de lt chambre ne tardai pas à dégeler et à précipiter en pluie; elces odieuses gout: tières nous les avons subies pendant la période entièn de lhivernage.

Tandis qu'on poursuivat ces travaux pour la sûreté e le confort de notre demeure, le capitaine n'en oublai point Les occupants. Chacun des hommes reçut den costumes complets, Fun en bon tricot de laine, Pautree peau de phoque; mais n'allez pas vous imaginer qu nous nous carrions fièrement dans ces douillettes four: rures si à Ja mode parmi nos-belles compatriotes : ne habits sont tout simplement taillés dans la dépouille dl veau marin commun, du phoque groënlandais, couvert | soies rudes et grossières ; ils n’en sont pas moins chantif et deviennent notre défroque favorite dès qu'a disparths larome déplaisant qui s'en exhale, où plutôt dès qu

titine tint mie)

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nous en avons assez pris l'habitude pour n'y plus faire attention.

Des bottes de tissu épais ou des mocassins de peau d'élan forment notre chaussure habituelle : les premières ont des revers de molleton qui montent au genou et des semelles en liège d’un pouce de hauteur.

Des que le thermomètre descend à quinze ou seize degrés au-dessous de zéro, on doit renoncer aux souliers de cuir : ils gèlent roide, perdent toute souplesse et, par suite, exposent le pied aux dangereuses € morsures » du froid. Une paire de bas de laine drapés montant jusqu'à la cuisse, une couple de langes de molleton et des mocassins par-dessus, voilà pour nous la plus confortable des chaussures et Ti mieux adaptée aux températures tres basses, Les Tlanges sont tout simplement des carrés de couverture de laine, de quarante centimètres de côté, dont on emmaillotte Le pied par-dessus les bas, en guise de chaussons qu'ils remplacent avec avantage.

Les officiers et les matelots portent le même costume : de temps à autre quelques-uns des premiers paraissent en longs pardessus où plutôt burnous de fourrure qu'on leur a cédés aux entrepôts de Ta compagnie de Ta Baie Uudson; mais la majorité se contente des effets fournis par Le Gouvernement.

Pallais oublier de mentionner la corvée de surveiller et d'entretenir le Ctrou à feu », corvée à laquelle on ne aurait échapper, car, en cas d'incendie, il nous faut toujours sous La main le moyen de Péteindre, En général, pendant tous Les hivernages, Peau se prenait bientôt audessous des valves aspirantes des pompes qui devenatent ainsi complètement inutiles, On était done obligé d'ouvrir un trou près du navire, et ce trou, confié à la garde du quartier maitre de service, devait être de temps à autre débarrassé de la glace qui S'v formait, pour qu'à

la première alerte on püt y plonger les eaux. Chez nous, les valves étant placées plus bas, le même inconvénient ne se produisit point, mais l’eau contenue dans le corps de pompe lui-même suffisait, en gelant, pour le rendre inutile, aussi le trou à feu fut-il l’objet d'une sollicitude continuelle, Creusé tout contre l'avant, il était recouvert d’une hutte de neige, afin que dans lobseurité on ne s’y laissät pas choir. On y introduisit un marégraphe, relié au bossoir par un appareil autonome qui nous à donné une série complète et très précieuse dobservations. Sans quitter le bord, nous pouvions noter tous les mouvements des marées et continuer ce travail en dépit des rafales ou des averses de neige.

Mais la température était surtout l’objet de notre constante étude, et nous inserivions avec soin celle de nos appartements et celle du dehors. Des thermomètres à maxhna et à minima, relevés tous à midi par l'officier chargé spécialement de ce service, furent placés dans les divers compartiments du navire. La batterie basse en eut trois pour sa part; l’un sur le plancher, le second, à mi-hauteur de la paroi, le troisième, suspendu aux baux du plafond. Pour l'air extérieur, un des triangles qui ‘avaient servi à la manœuvre des scies à glace fut installé sur le floe, assez loin du navire pour en neutraliser linfluence, et muni de plusieurs thermomètres placés à douze pieds de hauteur. D’autres furent établis sur la colline, à quatre cents mètres de nous et à une centaine au-dessus du niveau de la mer, tout cela pour procurer une moyenne correcte de la température de latmosphère; on étudia celle de la neige, celle du sol lui-même à différentes profondeurs; enfin, au moyen de linstrument à boule noire nous obtinmes après le retour du soleil plusieurs observations sur la chaleur directe que donnent ses rayons à diverses altitudes.

Ces occupations nombreuses faisaient partie intégrante

du règlement organisé dès la rentrée à bord des compa-

gnies de traineau, règlement que, pendant tout hiver, nous exécutèmes avec la plus stricte fidélité.

« Nymphe, accours, mais non pas seule:

viens, accompagnée de doux propos et plaisants devis ; viens avec la joyense bande des amusettes, des ruses et badinages amoureux, des clignements et gestes furtifs, des yeux qui sourient sous de vertes guirlandes; viens avec le Plaisir, qui déride les fronts soucieux, avec le Rire, qui trépigne en se tenant les côtes, »

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