‹ La mer glacée du pôle [microforme]Chapitre 71 sur 105 · LE · texte numérisé non relu

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15. — Grains du N. 0.; température très basse; ondées de neige qui nous interdisent absolument la marche. Journée misérable au delà de toute expression. Serrés l’un contre l’autre dans la tente, nous avons beau nous pelotonner sous nos couvertures, le thermomètre n’y remonte pas au-dessus de — 30 degrés. Certes, nous pré- {érerions être en route! Douze heures de trainage parmi les plus formidables des huinmocks seraient moins pénibles que cet emprisonnement forcé, cette inactivité désespérante : Impossible de se glisser dehors, les tourbillons de neige tournoient autour de notre frèle abri; nous avons trop froid pour lire et même pour causer; nos feutres, nos fapis, nos sacs, sont souples comme de la planche,

Ces rafales nous amènent une température lus basse que la plus basse de celles que nous avions à Alerte pendant les tempêtes de hiver ; je considère la chose comme la preuve qu'il n'y a pas de grande étendue d’eau libre au nord et à l’ouest du point que nous venons d’atteindre, À bord, le thermomètre haussait invariablement à tous les grains du sud; cela venait sans doute de ce que les bourrasques avaient parcouru de vastes espaces de mer non glacée.

16, — Dimanche de Pâques. Le vent se modère quelque peu; mais il ne nous permet pas encore de reprendre la marche, Bien à contre cœur, il faut rester sous la tente, Jamais fêtes ne furent plus tristes ! Quarante-huit heures d'incareération dans un sac, au large de Ex plus septentrionale des terres connues, et ce, par un froid de — 9371 à 98 degrés,

Depuis quarante heures, je n'ai plus Fa notion de mes pieds ; sans le secours de la vue où du toucher, je ne saurais dire si je possède encore ces utiles parties de moi-même, Quant au sommeil, il s'est enfui bien loin.

UN AVRIL SUR LE FLOE, 219 Mais en dépit du froid et de notre lugubre position, nous n'avons eu garde de négliger hier soir le toast du samedi à la distribution du grog. Cette faible ration fait merveille, et sous son influence, nous oublions nos misères.

A quatre heures de Paprès-midi, le vent s’apaise enfin et nous décidons de partir. Rien ne peut nous attendre qui soit comparable à l'ennui de ces arrêts forcés! Les tentes pliées, Les traineaux arrimés, nous nous mettons en route; Shirley ne peut marcher; on le fourre dans son sac, on l'enveloppe des feutres de campement, et nous lamarrons de notre mieux sur un des véhicules, Le poids à tirer est augmenté, et notre force effective diminuée d'autant; mais peut-être ce complet repos lui permettra-t-1l de recouvrer sa vigueur et de reprendre sa place aux courroies !

Hélas ! nous nous aveuglions encore, et ces souffrances de nos hommes étaient les premiers symptômes de la funeste maladie qui allait poursuivre sa marche insidieuse, el nous pousser avant longtemps sur Le bord même de Fabime !

Après nous être ouvert une route à travers un rempart de hummocks large de six cents mètres, nous gagnons un bon floe, qui, malheureusement pour nous, à juste la moitié de cette distance, Entre ces formidables champs, au milieu des débris, on a parfois la chance de rencontrer des trainées de jeune glace, qui, si elles S'orientent dans la direction du nord, fournissent un terrain excellent, mais par malheur loujours trop circonserit.

Les rafales ont accumulé les neiges en dunes élevées qui rendent Ha marche plus difficile que jamais; on avance à pas de tortue, À dix heures et demie on fait halte : notre inaction dans Les sacs nous à plus fatigués qu'une longue journée aux bandoulières de halage. On

dresse Les tentes par le travers du cap doseph-Henrv, situé à quelques milles à gauche.

Vu dela mer, des glaces, pour mieux dire, ce promontoire aux parois hardies et anfractueuses s'élève perpendiculurement à une hauteur de deux cent quarante mètres, à partir de laquelle 11 monte en pente douce pour se redresser brusquement en un pie aigu de cent vingt mètres au moins. IE parait être de formation calcaire; ses stratifications régulières inelinent vers le sud, à un angle qui s'éloigne de 6 à 10 degrés de la tigne horizontale. L’avancée du cap se termine par une arête en lame de couteau de labase au sommet et qui ressemble à l'éperon d’un navire cuirassé, De ce même point de vue, le mont du Cône, situé immédiatement au sud du Joseph-Hfenry, rappelle plutôt Péchine d’un sanglier que le solide géométrique dont il a reçu le nom. Il a la hauteur, la nature, les lignes fières et anguleuses de son puissant voisin, mais à encontre de celui-ci, ses couches rocheuses plongent vers Le sud à un angle s’écartant de la verticale d'une dizaine de degrés, ce qui lui donne une apparence tourmentée. Les montagnes environnantes sont toutes plus ou moins coniques et s'élèvent aux altitudes de trois à six cents mètres.

17.— Shirley ne va pas mieux ce matin, et pour ajouter à nos misères, George Porter, de l'équipe de Parr, se plaint de ses jambes : il a les genoux enflés,

Deux hommes hors de combat dans notre petite troupe, c'est-à-dire deux travailleurs en moins, et un poids notable en plus! La matinée est belle et ensoleillée; le thermomètre à — 51 degrés seulement; les froids extrémes paraissent enfin {erminés, nous tournons une nouvelle page.

Nos gens sont résignés à leurs besicles et ne les ôtent plus jamais pendant li marche. Jai eu le soin, du reste,

de disserter longuement devant eux sur les souffrances intolérables qu'entraine Fophthalmie des neiges, et Ta crainte est sans doute ici le commencement de Ta savesse, Alfred Pearce a eu Fun des doigts sérieusement pincé, mais on a pu rétablir la circulation; sa main est encore douloureuse quoiqu'elle ne coure plus de danver. L'étape d'aujourd'hui est une seconde édition de celle d'hier: énormes masses de débris très compacts, pressés, étreints, entassés en montieules de toutes formes et s'élevant à vingt-cinq pieds de haut; ils ne nous livrent passage que devant Les efforts de Parr et de ses infatigables cantonniers,.

L'énergie et la persévérance accomplissent des merveilles! Nos hommes travaillent admirablement! Ma seule crainte est qu'ils n'exeédent leurs forces. Pauvres gens! nos étapes sont terriblement dures; et même aux haltes du goûter, nous sommes obligés de piétiner sans reläche autour du traineau pour entretenir notre chaleur vitale, N'asseoir ou se coucher en plein air serait une erave imprudence, Le soir, on peut le croire, nous sommes exténués.

De temps en temps, on rencontre des floes plus élevés que leurs voisins : if faut alors monter de six à sept pieds sur larête dun champ pour dégringoler d'autant quand il s'agit d'en descendre, Or ce n’est point chose aimable avee des traineaux pesants et les canots qui en compliquent l’arrimage. La neige commence de tomber à trois heures de laprès-midi, et nous tient fidèlement compagnie,

IS. —- Toujours la vicille histoire pour les sacs à dormir, Le gel les rend semblables à des saumons de plomb; s’y insérer est positivement une épreuve: le froid est pourtant moins vilet le sommeil plus facile, Avant le départ du matin nous allégeons Le grand traineau par

une répartition plus équitable entre les véhicules. Peutêtre en marcherons-nous mieux !

Les passe-montagnes de laine tricotée que nous a donnés l’ancienne souveraine de France sont d'excellents bonnets de nuit, Nos hommes les apprécient grandement.

L'étape d'aujourd'hui a été fort pémible en conséquence de la rugosité des floes et de Ta hauteur des neiges molles qui les recouvrent. Après le goûter nous franchissons de vrais champs paléocrvstiques d'épaisseur gigantesque et parsemés de nombreuses collines arrondies formées de neigées bien vieilles probablement: quelques-unes s’élèvent à dix mètres du niveau général, À la traversée d’une de ces dunes, la Victoria chavire; par bonheur, on la retourne sans avarie au canot qu'elle porte et sur lequel notre pauvre Shirley en est quitte pour une légère secousse. On aperçoit vers l'ouest une grande baie qui fut nominée plus tard lPinlet de Clements Markham. Dans la soirée une brise du S. E, s'élève, quelques moments avant que l’on dresse les tentes; chose étrange, le thermomètre descend presque aussitôt à —- 31 degrés, et nous avons, par suite, à surveiller de près les doigts et les visages.

19, — Journée splendide, Nos sacs ont été plus habitables cette nuit, Le soleil d'hier a suffi pour en enlever presque toute l'humidité. Toutes les fois qu'il fait beau, nous suspendons aux agrès des embarcations, ou étendons sur le véhicule le vestiaire de rechange et les divers objets de literie; notre sommeil en est bien meilleur.

Après que nos gens ont durement peiné (rois heures et demie pour n'avancer les trois traineaux que de quatre cents mètres, je me décide à abandonner le grand ‘anot. J'ai le cœur navré de voir ces pauvres diables se tuer ainsi, Toujours € un, deux, trois, haut!» et pour quel résultat!

Je n'en donne pas l'ordre sans müres délibérations, mais si la débâcle arrive parmi des glaces semblables à celles que nous affrontons maintenant, Le plus petit suf- {ira bien pour nous transporter dun floe à un autre ; aussi, plaçant la grande embareation dans un lieu très découvert, mât dressé et vergue hissée, nous prenons une série d’angles pour en déterminer le gisement et pouvoir la retrouver sans peine au voyage du retour, Une fois débarrassés de ce lourd cauchemar, on se remet gaiement en route, mais pour se retrouver bientôt au milieu d'un enchevétrement interminable de chaines neigeuses, élevées el irrégulières ; plus que jamais, la hauteur verticale de leurs arêtes nous rend difficile Le passage d’un floe sur l’autre, Avant l'heure du bivouac, nous gagnons enfin un ruban de jeune glace qui serpente au milieu des hummocks et nous fournit une route où nous glissons allègrement, avec une vitesse que nous ne connaissions plus, neuf cents mètres en deux heures, On $<e rappelle sans doute que nous avons trois véhicules et qu'il faut, pour les haler successivement, parcourir cinq fois le mème chemin !

Si nos malades pouvaient marcher, nous espérerions encore atteindre une assez haute latitude! En abandonnant le bateau, nous nous sommes débarrassés de huit cents livres, mais j'estime que les invalides nous font exactement perdre ce que nous venons de gagner : ils ne trainent plus, et nous les trainons !

Le 20, légères averses de neige qui ne nous empêcheraient pas de marcher sile brouillard ne nous cachait le €terrain » à une longueur de véhicule, Favais dans la poche un roman de Dickens, le Magasin l'antiquités, et je lis à haute voix pour distraire mes gens.

À deux heures, Patmosphère se débarbouille quelque peu; on se décide à pousser en avant malgré la brume,

Mais dans toutes les directions possibles, on n’aperçoit que hummocks; nos malheureux pionniers ont une tâche singuliérement ardue, Ahuitheures, le brouillard s'élève, nous sortons enfin de ce dédale et hissons les traineaux sur un grand floe, après quoi l'on arrive à une belle trainée de jeune glace : quoique celle-ci nous donne une route comparativement facile, elle ne Taisse pas de me causer de vives inquiétudes; je erains qu'elle n'annonce une rupture prématurée du pack, chose qui nous placerait dans une position fâächeuse, A dix heures et demie, nous campons, après une Ctape salisfaisante.

21.— Brise du nord aigre et piquante. Les glaces à peu près comme hier, Le thermomètre marque — 27 degrés seulement; mais depuis notre départ du navire nous n'avions autant souffert du froid: Le vent nous € coupe en deux » et cause de nombreuses gelures superficielles. Thomas Simpson est assez gravement saisi à l’orteil; on s'en aperçoit à temps pour y porter remède, Nous avons beaucoup bataiHlé aujourd'hui contre d'innombrables fissures eteraquelures du floe, traitreusement dissimulées sous la neige, À chaque instant nous enfonçons dans les fondrières, où tombons dans un trou. C'est miracle que nous n'ayons pas encore de membre cassé! Ces fèlures sont produites par le froid où peut-être par l'énorme pression.

22, — Le vent à soufflé toute la nuit en rafales furieuses; il souffle encore ce malin, mais plus que les bourrasques, nous redoutons, par ces abominables froidures, une détention prolongée sous la tentes à tout hasard, marchons !

Mon cœur se serre à voir Les efforts de nos pauvres lireurs, atielés à ces pesants {raineaux, pour protéger leurs visages centre cette bise terrible; mais ils prennent

leur malen gaieté et plaisantent des € frisures » dont elle menace d'agrémenter leurs joues. Pendant quelques minutes, le soleil s'est mis à la fenêtre; Le brouillard qui se traine lourdement sur la terre est bientôt venu le cacher, Les foes sont plus unis et beaucoup plus grands que ceux que nous avons vus Jusqu'ici; par contre la neige est profonde et Le trainage éreintant, Un très petit nombre de hummocks en décore les abords. Ces champs paraissent s'être heurtés d'une façon un peu moins brutale, et soudés Pun à Pautre avant toute pression, ils ne sont pas frangés de cette bande de Cblocaille » jusqu'ici notre terreur suprême. Un des floes daujourd'hui a bien trois kilomètres de long sur une dizaine de cireonférence.

23. — Marclie très lente, La neige molle et profonde nous est toujours en obstacle, et nous retrouvons, hélas ! les zones de hummocks : les terrassiers reprennent leurs outils. Le soir, on campe sur la lisière d'un champ devant un énorme rempart de glaces empilées. Dans Paprèsmidi, une brise soudaine du NS. E. fait descendre le thermomètre à — 31 degrés. Nos malades ne vont pas mieux: quelques-uns des symptômes nous paraissent inexplicables.

24. — La plus grande partie du jour se passe à tailler une voie au milieu d'un vaste chaos de hummocks, Esealadant le plus élevé, je m'aperçois qu'une surface rugueuse de blocs massifs et informes. Dure et froide besogne pour les malheureux eantonniers qui ont à y ouvrir une route ! [sne peuvent plus travailler que par escouades succes- SITES.

Lei l'adresse est plus précieuse que Fax force : un ouvrier habile fait sauter un hummock en beaucoup moins de temps qu'un hereule, qui tapant à tort et à travers, dépenserait en vain sa force et sa vigueur.

Nous avons la satisfaction de franchir le quatre-vingt troisième degré de latitude; personne ne Pavait fait avant nous. On sait qu'en 1818, un acte du Parlement avait promis une récompense de 1000 livres sterling ou vingtcinq mille francs à qui dépasserait ce parallèle, mais que cette mesure pour lencouragement des découvertes polaires, fut rappelée dix ans plus tard, en 1828.

Le vent, tout désagréable qu'il est, nous sert du moins à quelque chose; comme il souffle du sud, il permet d'installer sur chaque traîneau une voile qui aide beaucoup au tirage.

29. — Journée superbe, mais froide. La bise vient de l’est et nous fait sentir sans cesse, et de la manière la plus fâcheuse, que nous avons un nez ou plutôt quelques débris de cet appendice. Nous convenons unanimement que cet organe est de trop, et qu'il faudrait le mettre de côté dans un vovage à traineaux vers les froides limites du monde! La marche est un peu meilleure qu'hier; parfois même nous avons pu avancer les deux plus légers véhicules en même temps, chacun avec son équipe respective. La neige est toujours haute et de consistance presque pâteuse; elle s'attache aux patins des traineaux et entrave ainsi nos progrès. Les ravons du soleil commencent à prendre une telle force que, cette après-midi, mon thermomètre, sous leur influence, s’est élevé de — 27 à — 19 degrés, À six heures du soir, j'ai vu une faible parhélie aux couleurs de larc-en-ciel. La fin de l'étape nous amène à une large muraille de hummocks où 11 faut pratiquer une brèche; ceux que nous avons rencontrés aujourd’hui sont arrondis et lisses au sommet et sur l’une des faces ; l’autre est coupée à pic et haute d’une dizaine de mètres. Quelques-uns se dressent au centre même du champ et rappellent les grands foebergs échoués près de lAlerte., Ce sont évidemment des por-

tions du pack lui-même, brisées et empilées par la pression irrésistible du reste de Ta banquise.

Le 26, la température monte à — 18 degrés, C'est la première fois depuis notre départ, que nous jouissons du goûter avec un plaisir sans mélange, Le jambon est enfin mangeable, et pour savourer notre gamelle de thé, nous étendons nos corps fatigués sur la neige molle, sans crainte de nous geler les orteils, La sensation de posséder réellement ses pieds est nouvelle et délicieuse.

Plusieurs d’entre nous ont de forts saignements de nez, qui proviennent sans doute de l'élévation de la température. La route n’est pas meilleure : toujours la même histoire; dunes de névé et hummocks, hummocks et dunes de névé! Le soir, nous dressons nos tentes à l'extrémité d'un vaste champ de glace : à l'est, à l’ouest, au nord, un infranchissable océan de hummocks s'étend aussi loin que porte le regard; on dirait la Q fin de toutes choses. » L'espoir de gagner un terrain plus favorable nous rendra du courage pour demain.

27. — Etape horrible ! Les cantonniers ne quittent pas leurs outils; les traineaux n'avancent qu'avec double équipe; la marche est plus lente que jamais. Nos malades ne vont pas mieux, et voici que deux autres montrent les mêmes symptômes. Parr et moi commençons à être fort inquiets.

Autre malheur et très grand! Les deux pelles cassent à la fois, à l'endroit où le manche s'introduit dans la douille ; on réussit pourtant à les rafistoler un peu. Que deviendrions-nous si le même accident arrivait à nos pioches? Aujourd'hui j'ai dû retraverser treize fois, je dis treise, le même champ, dans la neige qui me montait : aux genoux! Ah! que je lai maudit, ce vieux floe ! Mais, à quoi bon se fàcher !

La température est de — 16 degrés 2/3, c’est-à-dire

que pour la premiére fois elle dépasse, en plein air, le zéro du thermomètre Fahrenheit,

Cette nuit, dans ma tente, il a monté à + 09,5 cent. aussi, malgré les fatigues de Fétape, nous avons pu, après souper, mettre la main à diverses besognes plus ou aoins urgentes. Les uns raccommodent leurs bandoulières; d'autres sont tailleurs ou cordonniers; mon voisin reprise ses mitaines, un autre rapetasse ses bas avec un débris de couverture de laine; moi, je panse et bande Les jumbes éclopées, puis je fais la lecture à haute voix : je suis le seul à ne pas fumer. Qu'on pense à ce que doit être l'atmosphère de notre petite tente ! Par bonheur, deux de mes gens n'aiment point le tabac : ils bourrent leurs pipes de ce mélange d'herbes sèches que certains médecins recommandent, et dont l'odeur aromatique mitige quelque peu Le parfum du €eaporal».

La marche a été rude; toujours les hummocks et Les névés ! Nous avons même chaviré un traîneau, un traineau avee son malade, mais sans résultat fâcheux; le brouillard nous empêchait de choisir la route: autour, en haut, en bas, partout la même teinte blafarde; nous ne savons si la caravane monte où descend que lorsqu'une chute vient décider la question. Ce soir, à notre vif étonnement, nous avons reconnu sur fa neige molle les traces récentes dun lièvre; elles se dirigeaient vers Le sud, La pauvre créature était évidemment très fatiguée: les pas se rapprochaient, Sans doute il a dû s'égarer sur Le pack, ea nous sommes à plus de trente kilomètres de x côte. N'

nous avions eu |

e temps d'en suivre les empreintes, nous} aurions certainement fini par le trouver mortou mourant} de faim contre quelque amas de glace,

20, -— Floes petits, hummocks énormes, neiges pro-] fondes, et de temps à autre, des rubans de jeune glace. La formation de celle-er est encore un mystère pour mor:

UN AVRIL SUR LE FLOE 209 peut-être, après Lx débâcle de Fété, Ta banquise sera- Lelle restée quelque temps immobile, ce qui aura permis à l'eau de mer de eristalliser entre Les floes; une fois ces siaantesques colosses en marche, nulle glace d'une saison ne résistérait à la pression terrible du pack: elle serait infulliblement pulvérisée ! Hier soir, notre misérable cuisinier nous à donné thé et pemmican préparés à l'eau salée, EE jusqu'au repas du matin, inutile de compter étancher sa soif!

90, — Une fois installés sous la toile, voici que nous entendons le vent souffler en tempête; les nuages s’abaissent, la neige tombe sans rémission et eet état de choses dure encore : on ne distingue pas Le floe à une longueur de traineau; ce serait folie que de S'aventurer au milieu des hummocks. Nous nous consolons par la pensée que Le repos nous sera bon et remontera peut-être nos infortunes malades,

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