M' I.A RENAISSANCE DU CŒUR
Hors de là, les plus grands dangers ne comptent pas; on trouve tout simple de les braver chaque jour, et sans jamais s’en vanter. Je n’ai jamais vu des hommes plus modestes (j’allais dire timides) que nos pilotes de Gironde, qui, de Royan, de Saint-Georges, vont intrépidement sans cesse au grand combat de Cordouan. Là, comme à Granville (et partout), les femmes seules parlaient, criaient, réglaient tout, faisaient les affaires. Ces braves gens, une fois à terre, ne soufflaient mot, aussi paisibles que leurs vaillantes épouses étaient bruyantes et superbes, exerçant sur les enfants toute l’autorité paternelle. Le mari suivait à la lettre le mot du poète romain : « Heureux de n’être rien chez moi. »
Leurs dames, fort intéressées avec l’étranger et dans toute la vie commune, n’avaient pas moins, il faut le dire, dans les grandes circonstances, un cœur royal, magnifique et généreux, A Saint-Georges, elles donnaient tous leurs draps pour la charpie des blessés de Solferino. A Étretat, trois Anglais s’étant brisés presque à la côte, dans un endroit inaccessible, toute la population se précipita au secours, et, tant qu’ils furent en péril, se désespéra; hommes et femmes donnèrent tous les signes d’une violente sensibilité. Sauvés, on les recueillit avec des cris, avec des larmes. Ils furent hébergés, rha-
ET DE LA FRATERNITÉ. m
billés, comblés d’amitiés, de dons. (Avril 1859.)
Oh ! le bon peuple de France ! Et combien pourtant jusqu’ici il a la vie triste et dure! Dans le régime des classes (qui du reste est si utile et nous donne une si grande force), il faut qu’il quitte à chaque instant les avantages du commerce pour la marine de l’État, très-sévère, et de plus en plus. La manœuvre, il y a quarante ans, s’y faisait encore en chantant. Aujourd’hui, elle est muette. (Jal, Arch. II, 522.) Dans la marine du commerce, les grandes pêches ont cessé. Les primes de la baleine ne profitaient qu’aux armateurs. (Boitard, Dict., art. Cétacés, Baleine.) La morue a diminué, le maquereau faiblit, le hareng s’éloigne. Un trèsprécieux petit livre (Histoire de Base Diichemin par elle-même) donne un tableau saisissant de cette misère. Le spirituel Alphonse Karr, qui a écrit sous la dictée de cette femme de pécheur, a eu le tact excellent de n’y changer pas un seul mot.
Étretat n’est pas proprement un port. Fort bas, au niveau de la mer, il en est défendu uniquement par une montagne de galets, barrière dont la tempête est le seul ingénieur, y poussant, y ajoutant de nouvelles jetées de cailloux. Aucun abri. Donc il faut, selon l’ancien et rude usage celtique, que chaque barque qui arrive soit remontée sur le quai,