I.a science n'a pas éclairé ces chemins
Mais un point lumineux dans cette ombre douteuse.
(i'osi (|ue de ces h j mens l'eau fui l'entremetteuse.
Kt qu'il fallut son lit ouvert à tous les vents
Pour engendrer enfin les premiers corps vivants.
.Aujourd'hui môme encor, comme en ce temps antique.
On a pu la surprendre au fond de l'.Atlantique
l!n pleine éclosion du germe originel
A\ant pour dernier fruit l'organisme charnel,
l'.rulir\nn de ce qui plus tard doit être un homme.
lu être existe là, que la science nomme
Ilalliybiiis, im être informe, sans couleur,
lue larve plutôt qu'un être, une pâleur
Mneor plus (ju'une larve, une ombi'e clandestine.
.'^l'udtlable à du blanc d'ii-uf. à de la gélatine.
(Juelque chose de vague et d'indéterminé.
(Je presque rien, poui-lanl. il exisir. Il l'-l né.
i^S LA MER
Il se nourrit, respire, et marche et se coniracle,
Et multiplie, et c'est de la matière en acte.
Sous le jilus simple aspect, sans créments supordiis.
C'est du protoplasma vivant, et rien de plus.
Ou'un fragment de ce corps s'en détache, et que l'oiido
En transporte autre part la bribe vagabonde,
A ce nouveau milieu cet obscur ouvrier
D'une forme nouvelle ira s'aj)i)roprier.
D'amorphe il deviendra fini. C'est une sphère.
De ce rien qu'il était, déjà comme il diffère !
Il évolue encor, se centre, eu môme temps
Allonge auloui" de lui des Tdamenls flottants.
Sont-cc des membres?Oui. Mieux, même : des organes.
Et la vie à présent avec tous ses arcanes
l'eut s'épandre, grandir, se différencier,
El, partant de cet humble et vague devancier,
Racine d'où jaiUit l'arbre de nos ancêtres,
Gravir tous les degrés de l'échelle des êtres.
0 vie. ô flot montant et grondant, je le vois
Produire l'animal, plante et bêle à la fois.
Te transformer sans fin depuis ces anciens Ijpos,
Devenir l'infusoire, entrer dans les polypes.
Monter toujours, des corps multiplier l'essaim.
Être, sans t'y fixer, l'astérie et l'oursin,
Pétrifiée un temps au lis de l'encrinite.
Repartir en nautile, évoquer l'ammonite,
Et du céphalopode évoluer devers
L'innombrable tribu d'anélides des vers.
Monter toujours, sans faire un seul pas inulilc.
Jusqu'au plé-'ios'aurc engendré du reptile.
LES G R A iN D E S CHANSONS
Lui donner du l(''zard le sternum cuirassé, Dans ses pattes déjà rêver le cétacé.
Puis au ptérodactyle ouvrir l'essor d'une aile, Monter, monter toujours dans l'onde maternelle. Monter de cette ébauche au narval, au dauphin. Au phoque, à la baleine, au mammifère enfin. Kl dans ce mammifère achever ton ouvrage Par ces fils derniers-nés qui jusques à notre âge De rameaux en rameaux auront pour floraison L'honmic droit sur ses iiicds et fort de sa raison.
Ce que la science imagine, Honnne, n'en sois pas offensé :
Plus humble fui Ion origine.
Plus haut Ion vol s'est élancé.
Laisse aux mystiques théories L'hypothèse d'un ciel perdu, Où de tes mains endolories Tu frap|)es sans èlrc cnieudii,
t)ù vainement ton rè^ e espère Retrouver l'ancien F'aradis Duquel Dieu comme un mauvais père A chassé ses enfants maudits.
Oui, je sais, clans colle naissance Illustre ton cœur se complaît.
Te croire de divine essence, .Même iléchu, môme inconi|ilet,
Cela, prnses-lu, le rehausse ; Cesl ton litre, c'esl ton blason.
Eli bien ! non. Conclusion fausse.
Ta vanili' n'a pas raison.
Élre un demi-dieu dont la cliulo Va chaque jour se d(''srradanl, D'ange devenir presque brute.
Voilà ton voeu le plus ardent.
(Juoi 1 c'est un sort digue d'en^ ie Non, non. Et combien celui-là Où la science le convie Est plus superbe ! Ecoute-la.
l'onr venir à nous la maliôre A (lu |iar coups mulliplit^s Ijijrloulir comme un cimelière Des corps, des ôtres, par milliers.
A travers ses métamorphoses Tous ces Otres dont nous sortons Couli'e les lourliillons des causes
l.iillairni, ('iieiilus. à lùlons.
L !■: s G K A N D E s C U A iN S 0 iN S
Se façonnant aux circonstances.
Aux chocs, aux besoins, aux milieu; Mais toujours en efforts intenses Toujours en marche vers le mieux.
0 marche auguste et triomphale:
Ces It^nèbrcs où nous ])assions, Est-ce donc ça qui nous ravale, Ou les vieilles (lanmations ?
Lequel \ aul mieux poiu' une race.
D'avoir son germe dans le lit Ou d'un vilain qui se décrasse, Ou d'un noble qui s'avilit ?
(Juel est donc le loi le moins somlirt Oucl est le destin le i)lus fcrand.
U'clre le l'eu qui sort de l'ombre Ou celui que l'ombre rei)rend .'
Et si l'orgueil trouve sou com|)te A quelque chose, n'est-ce pas A celte escalade qui monte Uu ver à l'honimc, pas à pas ?
L'anliiiuc genèse illusoire A-l-cllc autant de majesté (Juc CCS combats de l'infusoire A l'assaut de l'humanité ;'
Homme, relève donc la lèlc Vers ton passé ; ne rougis point D'avoir pour ancdrc la béte Kl même moins encor. ce point
l'ci-du sous la mer primitive.
Où jadis mécaniquement Se forma la cellule active far un chimique accoupicmeul.
Le connaître, en la nuit épaisse .Vvoir retrouvé ce chemin, C'est la gloire de notre espèce.
C'est la (leur de l'orgueil humain.
C'est le priï de sa patience.
De ses vœux entiii entendus.
t;'est vraiment l'arbre de science .Nous livrant ses fruits défendus,
C'est la ré(lemi)tion nouvelle Oui nous redresse les genoux, C'est le grand Tout qui se révèle Lu prenant conscience en nous.
C'est ra|>olhéose où s'exalte Son passé dans notre pi-éseni, Cependant que nous faisons halte Sur celle cime eu nous disant :
LES GRANDES CHANSON
Partis des atomes infimes Pour gravir jusqu'à ces liautcurs.
(j'est donc nous-mêmes qui nous limes.
Ht nous sommes nos créalciu's !
Mais ijuc l'Iiumanilé triomphati-icc.
Se i-al)|)elant ainsi ses premiers pas.
Saclie liien que la mer fut sa mati-icc .
En nous glorifiant n'oublions [las Oue notre apothéose est née en elle.
Homme victorieux, ver qui rampas,
Sou\iens-toi, papillon, malgré ton aile.
l)"avoir été chenille, et dans tes cliunls Mets toujours la mer sainte et maternelle
N'accuse point ses flots d'être méchants, El parce qu'autrefois sous les déluges Ils ont enseveli tes murs, les champs.
N'exile lias loin d'eux les jias transfuges. .\ime-les. Reste auprès de ton berceau.
Ouoi ! la mer est ta niérc, et tu la juges !
Mais, comme à ton a'i'eul le vermisseau. Elle l'csl toujours bonne et nécessaire. Ton présent, ton fulur, portent son sceau.
Hiiiiiiiio. cniilt-niplc-la (l'un cœur sincère, i;i In \ erras (|u'fllc est l'auge garitieu l)c lii terre OÙ lu vis et qu'elle enserre.
I)ii fl(j\ (le l'Atlantique au flux indien, (l'est les migrations que font ses ondes Oui le donnent Ion pain quotidien.
C'est grâce à leurs \aiieurs (|ue sont fécondes Les jilaines où lu vas semant ton grain, Uegardc-lcs passer, ces vagabondes,
Bienfaisantes enfants de l'air marin ; Regarde et liénis-les, coûte que coûte.
Même rendant obscur le ciel serein ;
I5énis-les, béiiis-lcs dans chaque goutte ; Cm- |>ovu' loi chaque goulte est un cadeau ;• El pour mieux les bônir, entends, écoute
(Je que clianle en passant la goutte dcau.
Cette goullc. d'abord, voici comme elle est née.
Tu la comprendras mieux, sachant sa destinée.
La mer est l'alandjic d'où jaillit son éveil.
Cet alambic, chauffé par les rais de soleil
Oui lui dardent d'aplomb leur flamme iuccndiaiic,
rréseute à ce lojer l'équateiu' pour chaudière.
LES (J K A N D E S CHANSONS oOo
l.cs hauts confins de l'air en sont le chapiteau.
Où monte la vapeur s'exhalaut de cette eau.
Elle y pourrait planer, puis tomber de ce faite.
.Mais du sûr alambic la figure est parfaite.
Les pôles, les sommets, sont ses réfrigérants.
Ses récipients sont les glaciers, les torrents
El les lacs endormis dans le creus des vallées.
,\insi des flots amers les ondes dessalées
Se distillent sans cesse et font ces gouttes d'eau.
Oui sont d'abord nuage au mobile rideau
U'où la pluie en tombant fertilise les graines,
l 'uis infiltrations et sources souterraines,
l'uis ruisselets chanteurs, puis ruisseaux tortueux.
l'uis rivières, enfin fleuves majestueux
Dont le cours lentement par les champs se déroule
Et dont les flots grossis, entraînant dans leur houle
Les sels du sol poudreux et du roc écrcté.
S'en vont rendre à la mer plus qu'elle n'a prêté.
l'Ius, et moins toutefois. Car ce qu'elle prête, elle.
C'est sa force sans fin, sa jeunesse immortelle,
Son cœui' purifiant où toute mort renaît.
(lui, l'eau douce qui court sui- notre globe en est
Conunc le sang. Ce sang cii'cule dans les terres
l'ai' les fleuves, par les rivières, ces artères
(Jue les membres du sol sentent fluer en eux.
.Mais le sang lourd, au bout de sa course, est veineux.
Fait pour battre et courir, son épaisseur le gène.
.Noir, il a besoin d'air, il a soil' d'oxygène.
C'est seulement au cœur qu'il peut, ressuscité,
Kecon(|ui''rir sa pourpre et sa linqiidité.
Or. |icul-ùlic, a|>iès loul, que ce n csl pas démence De voir tiaiis noire globe un animal immense, Kncorc iuconscieul sans iloulc, mais vitant, Ajanl pour corps la lerre, cl poui- souffle le veut. ïil pour poils les forêts, et pour cri la tempête ; Et si, vivante ainsi, la gigrautesque bdtc \ des veines où roule uu sang plein de vigueur. L'eau nesl rien que ce saug. la mer en est le cœur.
El muintciianl que par limage Je l'ai coulé la goutte d'eau.
Ecoule ça quelle ramage.
Ole ce téuébreuv bandeau
UonI, parlant de science en" rimes,
J'ai dû l'infliger le fardeau.
.\ me suivre si lu t'escrimes, El si pour loi mes rudes vers Sciculifiques sont des crimes,
Songe que daiis ces grands bois verts El V icrges je cherche ma roule l'ar des souliers uou découverts.
LES GRAiNOES ClIANSOAS
Tu ne m'en voudras point sans doute Si parfois mon pas s'en ressent.
En rclour. pour (a peine, écoule
Ce cpic l'eau nous chaule en passaiil.
De la nier nourricière, ô terre inassouvie. Je ra|iporle le lail dont s'enlrelienl la vie.
A (es brûlantes soifs qu'elle sait apaiser J'apporte la l'raiclicur de son divin baiser.
Ce baiser ([u'en ton sein, pieuse, tu renier Y l'ait s'i'-i)anouir l'éclosion des germes.
A lous les éléments de ce sein (énébrcux il se mêle et les force à se mêler entre eux.
Ainsi naissent tes prés aux herbes pullulantes
Uù les troupeaux joxcux paissenl le suc des plantes.
Ainsi naissent les champs dores par les moissons Et tes bois |)leins de fleurs, de nids cl de cliansoiis.
Ainsi, te bônissanl, loulc ta gtl-nilurc Trouve dans loi» giron le gilc cl la pâture.
Ainsi le plus aimé de tous tes Benjamins,
L'homme, dans les Irésoi-s peut prendre à pleines mains.
tjue d'autres soins cncor j'ai pour lui, plus vulgaires. Mais sans quoi, lui ipii s'en croit tant, ne serait grudres :
N'est-ce pas moi qui fais de mon poids rassemble Se mouvoir les moulins qui farinent son h\é ?
Plus forte que cent bras brandis par cent échines. N'est-ce pas ma \\'H)eur qui trime en ses machines ?
Mais de ces bienfaits-là tes regards sont t(!-inoins. lien csl d'autres, plus seerels. ipic lu sais moins.
.Mes brunies. (|uc le veut roule de son liiiU'iiie. lin\eloi)|iciil Ion cori)S comme un manteau de laine.
firâce à lui, la chaleur indispensable au sol Vers l'espace attirant ne peut prendre son vol.
Grâce à lui, le soleil de son feu qui t'accable Modère, taniis(^, l'incendie implacable.
LES GRANDES CHANSONS 3U
Je rcmprisonne ainsi dans un ti(>dc cacliot
Où tu n'as à la l'ois ni trop l'roid ni Irop chaud.
Si j'ôlais cet (^'craii i[ui court do place on place, Tu serais tour à tour ou de braise ou de glace.
De l'équateur ardent aux pôles refroidis
Je mène en deux courants la douceur des midis.
Puis des pôles geU's aux tropiques en flamme Je ramène l'air frais que ce brasier réclame.
J'arrache aux flancs des rocs et j'entraîne à la mer Les sels qui rendent sain son èlixir amer.
Sans eux, malgré les vents, sa liqueur coirompuo Ne serait qu'un marais croupissant et qui puo.
Si je ne lui portais ce tribut [)récieux.
Le souffle de la peste emiilirall tous vos cieuv.
Mais à quoi bon compter ce (|ue je fais encore Four loi que je nourris, et protège, et décore ?
Tous tes honneurs, c'est moi qui les ai mérités, Terre ; car tu ne vis que de mes charités.
Pour que tu sois la terre, ô roc, il faut qu'il pleuve ; Il te faut l'eau, nuage, et pluie, et source, et fleuve.
Si jo le refusais mes larmes (|iie In iiois.
Ton pauvre front loul nu serait cliauve de bois :
Snr les flancs racornis les mamelles arides Se ratalineraionl aux crevasses des rides ;
Ta chair s'effiloquant ainsi qu'un oripeau.
Ton sipiplelle eu sranil viendrait trouer la peau :
Fl In no serais \i\n<. dans la niorl endoriuie. (Jue lo roips des-^rciié dinie vieille momie.
.Mai* ne crains rien : je l'aime el lu ne mourras pas. Le lra\ail ipie je fais a pour moi Iropcrappas !
.Mc'xlialer de la mer, m'envoler vers la nue, Te baiser, puis rentrer là d"où je suis venue,
li'esl ))laisir toujours vierge el toujours renaissant l'oup mon âme sans fin qui monte el redescend.
ijuaiiil je lai |H'n('lr<'>e ainsi par chaque pore. Je m'écoule, ruisseau ; brouillard, je m'évaiiore ;
l'uis. pour recommencer, ou brouillanl. ou ruisseau. Je relourne aM'C joie à la mer. mon berceau.
Car loul ce cpie j'ai ilil de moi. c'est d'elle seule IJu il laul le dire. Elle esl la n)ère. Elle est l'aïeule.
LES GRANDES CHANSONS -iW
Elle osl la mi^rc où tout revient incessamment, La mère où tout retrouve un rajeunissement.
Alônie Ion soufTlc et la parole, ô Itoiiche luunaine. 1. air (|ui les vaporise à la mer les ramène.
Toiilos les eau\, coulanis ou volligeants essaims. Au l)0ul (le leur voyage ont pour ruclie ses seins.
Elles \ foui, le miel délicieux et monde
Dont Ik'iiril chaque jour le rrnou\onn du monde.
(I ruche merveilleuse! ù seins ((ue je sonllais ! Cesl iniv i|u'il l'aiil chauler. Tei'i'e, liouuue, clianle/-
Chanlez la mer ipii fut ^olre "énérali'ice I Chante/, son eau qui reste encor \oli'e nouriiee 1
Chaulez sa gloire, vous (pii laites des chansons llonl le vei'lie esl parlanl iiiicux (|ue mes vagues sons !
lihanle/,, vous, les humains, dont les lè\ res déclose-- Savent dire l'essence et la marche des choses !
Chantez pour vous et |iour l'animal impuissani
Afin qiif jp redise on acconis lrioni|ilianls A son cœur malcrnol le cunir do ses enfants !
Oui, chaulons la mer chérie, Chantons tous notre jialrie, Noire nid, noire grenier!
Chaulons d'un choeur unanime, Tous, jusqu'à l'élrc anonyme.
Tous, du premier au dernier !
(Jar tous nous avons |)Our elle La Icndresse naturelle l'ar laquelle obstinément Vers celle où l'on jiril naissance Va noire reconnaissance Comme le for à l'aimant .
Tous, une habitude douce.
Un obscur inslinct nous pousse A ne jamais oublier Qu'avant de voir la lumière Nous eûmes son eau première Pour élément familier.
Des réminiscences vagues
Du temps passé sous ses vagues
Vient le goût universel
LES G-RANDES CHANS0N5
De toutes les crt-atures Pour mêler à leiu-s pâtui-cs Cette âme des flots, le sel.
C'est par atavisme encore Que dans l'œuf, où s't'dulcorp Le mucus, tous les têtards.
Tous, et même aussi le nôtre.
Revivent l'un après l'autre Leurs liquides avatars.
Dans le sein de uolre mère.
Chaque passage éphémère Où, fœtus, nous nous formons.
Représente un des passages (Jue connut aux anciens âges Notre être dans les limons.
Ainsi tous, tant que nous sommes, Les bètes comme les hommes Nous rendons à notre insu Inconscient témoignage Aux sources de ce lignage Qui de la mer est issu.
Chantons donc la mer chérie, Chantons tous notre patrie, Notre nid, notre grenier 1 Chantons d'un chœur unanime.
Tous, jusqu'à l'ôlre anonyme.
Tous, du premier au dernier !
Tous, tous, à la mi^ro antir|ur> Olianlons un \iioux cantique!
Clianlons rh\ ninc de nos Fois A l'aïculo vi'n^TtV Uui nous cri^a, qui nous cW'o Aujourd'hui comme autrerois.
(JuVn col hymne d'harmonie
Saiiilenicnl soil réunie
l'our baiser ses chcveuï blancs
Toute sa ramille en fOle,
Tous ceux dont la chair est faite
l)e la sueur de ses flancs !
Tous, les oiseaux de respace, l.a colombe el le rajiace.
Les ruminants aux grands yeuv.
Tontes les races uït-lées.
Les cliauteiirs, lyres aili^es, Les poissons silencieux.
Les reptiles nus et chauves, Les moulons hélants, les fauves hont le cuivre retentit, L't^léphanl el la iihalène.
Tous, tous, tous, de la baleine A l'influiment petit !
Tons. Ions, tous, qu'ils chantent celle h'où leur vie à tous ruisselle.
Ht dan-i ce clia>ur d'animaux.
LES GRANDES CHANSONS
Grand Magnificat physique, Quo leurs cris soient la musique Doul l'homme ('■crira les mois I
Hélas! nous axn-ions beau dans cet hjmne superbe Allumer tous les feux des diamants du vei-be.
Y bi'ûler tout l'encens de tous ses encensoii-s,
Y prodiguer les fleurs des malins et des soirs.
Y mêler tous les bruits avec tous les niurmiues. Depuis les sons furtifs glissant sous les ramures Qui se content tout bas des contes divaguants. Jusqu'aux rugissements rauqucs des ouragans.
Y faire s'envoler sur l'aile du vocable
L'ode expliquant dans un éclair l'inexplicable.
Y fondre en symphonie aux magiques accords Tous les soupirs de l'âme et tous les cris du corps. Tout ce qui vibre enfin, et palpite, et s'exprime Aux incantations du rhjthme et de la rime.
0 mer, nous aurions beau de cet hymne savant Enfler l'orchestre avec tous les cuivres du veni. Les cors des brises, les buccins aquilonaires. Et les tambours et les cymbales des tonnerres. Et les hautbois des bois, les flûtes des vallons. Les harpes de l'espace et tous les violons (Ju'un iu\ isible archet fait pleurer sur les grèves, 0 luer. nous aurions beau dans le plus fou îles rêves Avec tout le possible et l'impossible aussi Essayer à jdeins cieui's de le cliaiilei- ainsi.
O mer. mer. loul cela no dirait pas encore
Ni ta grandeur, ni la grâce qui la d(''Core,
Ni celte niajest(^ qui nou$ jette à genoux.
Ni tes hontes sans fin qui fleurissent en nous.
Oh ! que chacun plutôt te chante en son langage
Et t'offre à sa façon ses vœux dont i'humblc gage
Témoigne seulement de sa sincérité !
.\ucun de tes enfants n'aura démérité,
Uuelle que soit sa voix obscure et vagissante,
Pourvu qu'au plus profond de lui-même il te seule.
Kt pourvu qu'il le dise, homme, simple animal,
.Même plante, mais qu'il le dise, bien ou mal.
l'our moi, mettant ici tout ce que j'ai pu nietlre,
Domptant l'âpre science aux souplesses du mèlre,
Laissant sonner aussi la U re en liberté,
L'amour que je te dois, ô mer, je l'ai chanté
Avec toute ma force et ma reconnaissance.
J'ai chanté tes beaux flancs où nous prîmes naissance.
Tes tlaucs toujours féconds et la gloire de l'eau,
Kt, près de pendre sur ton autel ce tableau
Kn ex-voto pieux prouvant ma foi fervente.
Si mon indignité devant toi m'épouvante.
J'ai pour rendre la paix à mon cœur anxieux
La consolation d'avoir fait de mou mieux
Et d'avoir mis ma lèvre en m'abimant en elle
.\u\ sein* inépuisés de l'Isis éternelle.
LES GRAiNUEs CHANSÛiNS
LA MUUT DE LA M E il
i -iw lu mourras aussi, loi qu'on croit ijiimorlollf. Toi que notre louange et nos vœux coniplaisanis. T'ajant faite déesse, adoraient comme telle.
Vieille, lu n'auras pas toujours, toujours, (|uin/.c ans Tu connaîtras aussi les chevaux qu'on d(M)ride. Et les adieux forc<!'S aux jours agonisants,
Et les cheveux blanchis, et l'implacalile ride. El la seconde enfance aux pas irr(''solus, Et la décrépitude à l'haleine putride.
Tu counaitras celte heure où de pleurs superllus
Du tâche à ranimer les antiques verveines
•Jiii lanciil clans vos doigts et ne lleuriroul plus.
Celle hcuic (Jls icgrels cl des oraisons vaines Où l'on veut rappeler le |)riulcmps qui s'cnfuil. Où le sang plus fpais se place dans les veines.
Où la chanson du cœur s"6leinl à pclit bruil. Où Ion senl lenlemenl au fond de sa prunelle Le soleil las descendre on IV-lernelIc nuit.
Et ce n'est pas le vent qui viendra de son aile Fondre à force d'amour tes memiires dessécli(?s. C'est la terre au corps mou ((ui t'aura bue en elle.
l'our a|iaiscr sa soif cl nourrir ses rochers. Tous les sels et les sucs de les eaux gc'Mii^reuses Dans son sein peu à |)eu se seront ^itanchés.
Car c'est, en la baisant, la tombe que lu creuses. A toujours y |)asser, tes mobiles sapeurs S'immobiliseront dans ses chairs ténébreuses.
Longtemps lu le fieras à ses fleuves trompeurs Pour te les ramener de leurs courses secrètes. Et tu ne verras jioiul que leurs molles torpeujs
Eu gardent le meilleur dans d'obscures rclraiU>. El que i)our enrichir le sol lu l'aiipauvris, Car il ne te rend jias tout ce que tu lui prèles.
En même lemiis, sous une avci-sc de débris Ton ht s'exhaussera par d'insensibles crues De tous les ossements de ceux que tu nouiris.
LES GRANDES CHANSONS SIM
El CCS larves un jour au soleil apparues
Y serviront tl"assise aux continents nouveaux
Où tes flots briseront les socs de leurs cliarrucs.
Ainsi, la terre et toi confondant vos niveaux, C'est le tien qui devra subir la loi dcruièrc. La lutte est iut''gale entre vos cœurs rivaux.
Elle si mendiante et loi trop aumrmière, Grâce à tes charités son lriom])hc est certain. C'est elle qui sui- toi plantera sa bannière.
Et tu reculeras d'un pas chaque malin,
D'un autre pas encor chaque soir devant elle.
Elle le prendra tout, tes vaîjues de salin,
Tes (liages d'or et les écumes de dentelle ;
Elle mettra ton cor[is ratatiné tout nu ;
Et lu devras mourir, alors, pauvre immortelle '.
Oh I quel jour ! Je le vois en rêve. Il est venu.
De cette immensité radieuse et mobile
11 ne reste jilus rien (|u'un lac au (lot menu.
Une vase où frémit un brin d'algue débile. Un marais croui)issaiit, morne cl silencieux. Épais comme un crachat, noir comme de la bile.
Oii<'li|ues agonisants sont là, butant des \eu\. Ilumanl à pleins poumons, ce (teu d'eau qui demeure El qui va dans l'inslaut s'cxhakr vers les cicux.
Connaissant qu'eux aussi mourront à la niùnic heure
Où la brunie suprême aura quitté le sol,
Us tremblent, sans pouvoir empocher qu'elle meure.
i^ommc au lit d'un malade on guette encor le vol.
Sur un miroir, de son haleine exténuée,
l'ar moments vers l'espace ils redressent leur col
Pour voir sur l'implacable azur quelque nuée. Mais le souffle qui va s'envoler est trop peu Pour ternir ce miroir de sa vague buée.
11 s'évanouira dans cet abîme bleu.
11 s'y sera fondu sans marquer qu'il y passe.
Sans même que personne ait pu lui dire adieu.
Et pourtant, ce qui fuit avec lui dans l'espace, Ce qui disparait là i)Our ne revenir plus, A jamais absorbé jtar l'infuii rapacc,
Cl'est l'autique fracas des flux et des reflux. C'est l'hj mne séculaire entonné par les grèves. Les Hem es, les moissons et les bois chevelus ;
C'est tout ce qui vibrait, clamait, chantait sans trêves:
La plante, et l'animal, et le cœur agité
De l'homme où bouillonnaient tant de vœux, tant de rê
C'est avec tous ses bruits toute l'humanité. Depuis les jours lointains où nous étions des brutes Au Jour où l'on bàlil la dernière cité ;
LES GRANDES CHANSONS 321
C'est nos anibilions, nos pcnsers cl nos lutlps,
Les générations à l'assaut du |)rogrôs
Montant toujours malgré les baltes et les cluilcs ;
C'est le savoir tenace et vainqueur des scerels. Les arts extasiés comme une épiphanie.
L'amour où l'infini se montre de si (ires
Hu'à l'éclair du baiser et de la chair unie 1! soiiible ([uo d'un coup l'éternel univers S'épanouit au fond de cette fleur bénie ;
C'est tous les horizons que nous aurons ouverts : (Test tous les noms sacrés de toutes les histoires. Tous les trouveurs de lois, tous les chanteurs de vers.
Tous les triomphateurs debout sur leurs victoires. Tous les héros qui pour éclairer le chemin Onl ofl'ert aux bûchers leurs corps expiatoires.
l'ous ceux d'hier, tous ceux qu'on aura \ us demain. Tous ceux par qui la flamme, une fois allumée. Inextinguible aura passé de main en main ;
C'est la terre vivante cl par nous exprimée, (j'est notre âme et la sienne aussi, c'est tout cela Oui dans celte vapeur va partir en fumée !
Cil ! dans vos cœurs pieux plulôl absorbez-la. Derniers êtres penchés sur celte moribonde 1 Ne la laisse/, pas fuir el s'cn\olcr de là 1
Car la source divine où rcxisleucc abonde Est larie, et les vieux espoirs sont superllus Des retours qu'eut jadis sa marche vagabonde.
Sa vigueur est à bout. Les temps sont révolus. El quand s'exhalera de sa bouche si pâle (^e souffle qui jamais n'y redescendra plus,
(Je sera de la terre aussi le dernier râle ; Après quoi, décharnés, ses membres raidiront. Et le vent de la mort gercera de son hàle
Ce cadavre hagard tournant toujours en rond, (Jui n'ira niênic pas contre un astre de foudre De son hideux squelette un jour briser le front.
Mais qui se réduira sinistrement en poudre. Et ((ue l'éternel gouffre aux incessants liavaux Dans ses chaos futurs finira de dissoudre
i'our servir de fumier à des mondes nouveaux. 0 mer, ne pousse pas vers cette heure dernière D'un galop si fougueux l'élan de tes chevaux ! .
Laisse un peu reposer leur flottante crinière.
Ne te dépense pas il trop de charités.
Longtemps, longtemps cncor dans la beauté plénièn
Herce tous tes enfants sous la force abrités. Songe que, toi partie, ô divine nourrice, II no restera rien à ces déshérité?.
LK> «ÎRANDES CHANSON^
l'oiii- i|iii> plu'S lonlcnifiil la mamelle lari-:*c.
Soi< mriiast^rc enlin de son lait précieux.
Il mer prodi^ie. apprends à loa cœur l'avarice.
Ne souille iKi* si fort vers les avides cieux
Ces vivantes vapeurs qu'un jour nos tristes races
V chercheront en vain pour rafraîchir leurs \eiu.
Ne dilapide plus le trésor de tes jjràces A l'espace, au soleil, au vent, au sol voleur •jui le lioivent sans fin de leurs lèvres voraccs.
O mer, que ton printemps se °rardc dans sa lleur '. M mer, ne hâte point l'heure du noir ni\ stère ii'i dans l'exhalaison île Ion suprôme pleur
- l'iivoleront notre èti-c et l'àme de la terre !
'I mer ipii non-* as faits, ù mer que nous aimons.
Mer adorable, mer lionne, mer salutaire,
Mrr aux chcTeux il'argent coiffés de soëm'"»"-- Mit qui iwrtes l'.Xvril dans la verte prunelle. Il rliair de notre chair, •'< vent de nos poumons,
' mer qui nous parais l,i jeimi^se éleruello. 'h ! liiisse-iious lonKlem|is eiicor dans l'aioiiir • loire à celle jeunesse et rajeunir en elle.
Kl nous ima{;iiier qu'elle ne peut linir,
Kl toujours en vouloir liiice»sanle cares^i-.
l-l 1.» faire à nos vers inre^siuiiniriil iM'nir.
El la boire sur la boucLe d'oncliautercssc Sans y voir tes baisers s'fteiiidre agonisants. Et sans jamais sentir, ô Mer, vieille niaitressc.
Mue les jours sont venus où tu n'as |iius quinze ai