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CHAPITRE XVII

La nuit polaire.

20 janvier.

L’aurore va paraitre!

Une vague blancheur crépusculaire s’est montrée aujourd’hui vers le sud à l'heure de midi, et quoiqu’elle fût à peine perceptible, nous en avons été tous délicieusement remués. A notre assemblée du dimanche, j’ai lu ces lignes de l’Ecclésiaste :

« Il est vrai que la lumière est douce et qu'il est agréable de voir le soleil. »

Et elles ont fourni le texte de notre conversation du soir; nous nous sommes longuement entretenus de l'avenir et de tous les travaux que le dieu du jour nous ramènera.

Nous sentons tous maintenant se soulever peu à peu le voile de la nuit, et le poids des ténèbres nous parait moins lourd. Mes gens avaient épuisé tous les amusements à leur disposition; le journal est décédé de mort naturelle, les représentations théâtrales sont impossibles, rien ne venait plus rompre l’uniformité de nos longues heures.

Mais bientôt tous ces ennuis ne seront qu’un souvenir. Avant longtemps nous n’aurons plus le loisir de chercher des distractions et la nuit polaire sera ensevelie dans les

ombres du passé. Il nous tarde de la voir finir : nous soupirons après la lumière et le travail.

Dites ce que vous voudrez, parlez de résolution virile, de courage, d’audace et de toutes les ressources de l’esprit : la nuit arctique est une épreuve sévère. Physiquement, nous l'avons bien traversée ; nous sommes et avons été toujours en très-bonne santé; docteur du bord, je suis un médecin sans malades; disciples de Démocrite plutot que d’Héraclite, nous nous sommes toujours moqués du scorbut et autres sources de maladie. Et nous avons réussi à merveille. Si le scorbut apparaît sournoisement avec le régime de la viande salée et des portions congrues, auxquelles nous n’avons pas été réduits, il est aussi amené par le découragement et le sang aigri d’un équipage malheureux et fatigué.

Mais si la nuit polaire peut être supportée sans grand danger pour la vie physique, comme elle pèse lourdement sur les facultés morales et intellectuelles! Les ténèbres qui depuis si longtemps enveloppent la nature, nous ouvrent un monde nouveau auquel nos sens ne peuvent s’accoutumer. Dans la chère patrie, le gai soleil levant appelle au travail, le calme du soir invite au sommeil, et la transition du jour à la nuit et de la nuit au jour calme l'esprit et le cœur et soutient le courage au milieu de la bataille de la vie. Tout cela, nous ne l’avons plus, et dans cette éternelle et ardente aspiration après la lumière, fatigués que nous sommes par l’immuable marche du temps, nous ne pouvons trouver le repos au sein de l'immense nuit. La grandeur de la nature cesse d'appeler nos sympathies émoussées. Le cœur soupire après de nouvelles associations d'idées, de nouvelles impressions, de nouvelles amitiés. Cette sombre et lugubre solitude écrase l’intelligence; la tristesse qui règne partout hante l'imagination; le silence profond, sinistre, ténébreux se transforme en terreur.

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