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CHAPITRE XVII

Et néanmoins la nuit polaire n’est pas sans charmes pour l'amant de la nature; les soudaines lueurs de l’aurore boréale, le jeu du clair de lune sur les collines et les icebergs, l'admirable clarté des étoiles, l’immensité des champs de glace, la majesté grandiose des montagnes et des glaciers, la sombre violence des tempêtes, tout cela est beau et sublime, tout cela parle son langage, — un langage dur, rude sans doute, mais austère et sain.

Ici la nature est gigantesque. Du fond de la mer vitreuse, les falaises surgissent et dressent leur front noir et sourcilleux sur le désert désolé des eaux glacées. Les pics des montagnes brillant dans la froide et claire atmosphère, percent les cieux de leur téle chenue sur laquelle sont accumulées les neiges d'innombrables siècles. Les glaciers versent en flots immenses leurs torrents de cristal dans la mer. L'air pur et froid est d’une transparence parfaite, les étoiles le traversent de leurs flèches aiguës et la lune l'inonde de sa pale et diffuse clarté. Tout est froid, tout est sans couleur sous le voile éthéré de la nuit. A l’orient ne s'ouvre aucune porte lumineuse : nul rideau d’or et de cramoisi ne retombe au couchant; ni dans l'air, ni sur le sol, le vert, le bleu et le pourpre ne se fondent en une gracieuse harmonie. Sous l’ombre de la nuit éternelle, la nature n’a pas besoin de manteau. Les hautes falaises, les glaces de la mer et des montagnes, se découpent avec une égale netteté et se dressent dans la solitude. Sombre prétresse de l’hiver polaire, celle-ci a tout revêtu du même linceul.

Que de fois, pendant l'immense nuit, j'ai contemplé cette nature sous ses différents aspects! Je sympathisais avec elle, me réjouissant dans sa force et me reposant dans sa paix. J'ai été témoin de ses jeux d'enfant et j'ai tressailli aux rugissements de sa colère. J'ai marché dans les ténèbres quand la rafale faisait rage à travers les collines et se ruait sur la plaine. J'ai erré sur la grève quand on n'entendait d'autre bruit que le sourd craquement des gla-

ces s’élevant ou s'abaissant avec la marée. Je me suis avancé au loin sur les eaux congelées, en écoutant la voix gémissante des icebergs captifs, je suis monté sur le glacier où roule l’avalanche, sur la crête des collines où les tourbillons de neige, courant sur les rochers, chantaient leur plainte monotone, je suis descendu dans la vallée lointaine où s’endorment tous les bruits, où l’air est solennel et muet comme la tombe.

C'est là que la nuit arctique est le plus imposante, c’est là qu'elle se révèle, c’est là qu’elle déploie ses merveilles et se joue de nos imaginations. Au-dessus les cieux, audessous la terre, sont ensevelis dans l’éternelle paix. Nulle part le souvenir et le mouvement de la vie. Je suis seul au milieu des collines puissantes, leurs hautes crêtes se perdent dans la voûte grisâtre du firmament; les noirs rochers se détachant sur leurs pentes blanchies sont les gradins d’un immense amphithéâtre ; l'esprit ne trouvant aucun repos sur leurs chauves sommets va se perdre dans l'espace; la lune, fatiguée de ses longues veilles, disparait derrière l'horizon; les douces influences des Pléiades ne nous parviennent plus. Cassiopée, Orion, Andréméde, toute l’armée infinie des constellations ne peuvent envoyer une étincelle de joie dans cette atmosphère morte. Froides et sans vie, elles ne disent rien au cœur. L'œil se lasse de les contempler et revient sur la terre; l’oreille écoute si quelque bruit ne va pas rompre ce silence qui l’accable, mais aucun pas ne relentit, aucune bète sauvage ne hurle dans la solitude. Pas un cri, pas un murmure d'oiseau, pas un arbre dont les ramilles puissent recueillir les murmures ou les soupirs du vent. Dans ce vide immense, je n’entends que les pulsations de mon cœur, le sang qui court dans mes artères me fatigue de bruits discordants : le silence a cessé d’être une chose négative, il est maintenant doué d’attributs positifs. Je l'écoute, je le vois, je le sens! I] se dresse devant moi comme un spectre, remplis-

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