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CHAPITRE XX

L’attente du jour. — Les oiseaux. — Le soleil!

Pendant que les jours s’écoulaient ainsi, le soleil poursuivait lentement sa course ascendante vers l'horizon et chaque nouveau midi nous apportait plus de lumière. J'avais toujours un livre dans ma poche et dès le 1* février, je commençai mes expériences; je fus déjà bien satisfait, lorsque, à midi, je pus en lire le titre, peu à peu je distinguai les lettres moins grandes, puis je déchiffrai à l'aise les caractères les plus petits; nos jeunes gens étaient enchantés de pouvoir de 11 heures à 1 heure relever sans lanterne les hauteurs du thermomètre. Le 10 février, j’écrivais en marge de mon livre : « Presque grand jour à midi; j'ai lu cette page à trois heures. » D’après mes calculs, le soleil devait paraître le 18.

L’attente nous absorbait entièrement : chacun y pensait, chacun en parlait. Jamais bonheur ne fut aussi ardemment espéré que l'aurore promise l'était par nous, pauvres êtres au sang décoloré, sortant à peine de la longue nuit, étiolés à la lumière des lampes comme des plantes dans un souterrain. Sans cesse nous comparions aujour-

d’hui avec hier, avec la semaine passée. Le vieux cuisinier lui-même ne put échapper à l'épidémie régnante, il sortit du milieu des marmites et des casseroles et, abritant ses yeux de ses mains Calleuses, regarda en clignotant l’aube naissante : « Je trouve, dit-il, que cette nuit a été bien longue et j'aime à revoir encore une fois ce soleil de bénédiction! » Le maitre d'hôtel avait la fièvre; il ne donnait pas au soleil le temps d'arriver : il le guettait éternellement et courait sur le pont et sur la glace un livre à la main essayant de lire à la clarté de l'aurore : son impatience ne connaissait plus de bornes :

« Le capitaine ne pense donc pas que le soleil paraisse avant le 18? Mais ne pourrait-il pas venir le 17? Le capitaine est-il bien str que nous ne le verrons pas le 16?

— Je crains fort, maitre d'hôtel, que l’Almanach nautique n’ait raison.

— Mais l’almanach se trompe peut-être! » Évidemment le brave homme se défiait de mes calculs.

La tempête avait recommencé, et ne nous permettait que de rares sorties. La glace de la baie extérieure était presque complétement brisée et la mer se rapprocha de nous plus qu’elle n’avait fait de tout l’hiver. Non-seulement on pouvait voir du pont les flots menaçants et sombres, mais du haut de la poupe, je les atteignais presque d’une balle de ma carabine. La glace méme de notre petit port commençait à se détacher du rivage et tout épaisse qu’elle était, je crus une fois que la débâcle allait se faire et nous entrainer vers l'Océan.

Chose étrange, sur les bords de cette mer apparut bientot une bande d'oiseaux au plumage tacheté qui venaient chercher un refuge sur la rive et réchauffer leurs petites pattes dans les eaux que les vents empêchaient de geler. C’étaient les Guillemots à miroir blanc, les Dovekies du Groënland méridional, l’Uria grylle des naturalistes. On les voit souvent en hiver à Upernavik ou à l'ile Disco, mais je fus

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