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CHAPITRE XXII

Le couple Myouk fatiguait évidemment les industrieux propriétaires de la hutte, mais avec une généreuse hospitalité que je n’ai vue dans le roman ou l’histoire que chez Cédrik le Saxon, cette laborieuse famille se laissait gruger par ces ignobles fainéants, qui ne soupconnaient pas qu’on put légitimement les jeter à la porte.

Je m’assis quelques moments pour causer avec Kalutunah et sa diligente ménagère; il y avait trop de monde dans la hutte pour qu'on y fut bien à l’aise, et quand je voulais remuer, il me fallait baisser la tête pour ne pas me cogner contre les travées de pierre; l'odeur de la cabane était de nature à me donner le plus vif désir d'aller respirer lair frais du dehors, mais je parvins à rester assez pour conclure quelques arrangements avec mon allié et sa vaillante épouse, et je pris congé du nalegak aprés un long échange de protestations mutuelles d’amitié et de bon vouloir. Je lui dis en nous séparant : « Tu es un chef, et je suis un chef; toi et moi, nous dirons à notre peuple d'être bon l’un envers l’autre; » mais il me répliqua : « Na, na: je suis chef, mais toi, tu es le grand chef; les Esquimaux feront ce que tu veux. Les Esquimaux t’aiment, ils sont tes amis, tu leur fais beaucoup de présents. » J'aurais pu lui dire que cette toute-puissante méthode d’inspirer l'amitié n’est pas seulement applicable dans son pays.

Cette visite fut pour moi un agréable épisode. J’étais ravi de l’honnèête cordialité avec laquelle Kalutunah entrait dans mes plans; la simplicité enfantine de ses habitudes et la franchise de ses paroles lui gagnaient mon affection particulière.

Nos fusils l’amusaient beaucoup; il m'en demanda un, disant que cela lui serait fort agréable de s'asseoir dans sa hutte et de tuer les rennes qui passeraient. H l’appuierait sur la fenêtre, disait-il, en montrant une ouverture d’un pied carré, par où la lumière pénétrait à travers une mince feuille de glace. Tout au centre, il avait pratiqué un trou

rond. « C'est, ajouta-t-il en riant, pour voir arriver le nalegaksoak , » compliment bien tourné pour un sauvage, et d'autant plus adroit que ledit trou ne servait qu’à la ventilation et était le seul passage par où s’échappait lair vicié. Sa femme et lui paraissaient enchantés de mes cadeaux. Quoique les rennes soient très-nombreux dans ces parages, la venaison est un luxe qu’ils se donnent rarement, vu qu'ils n’ont aucun moyen de capturer ces animaux; ils ne connaissent pas l'arc et les flèches des Esquimaux de quelques autres localités. Sans attendre qu'on la fit cuire, Kalutunah attaqua vigoureusement la chair crue et glacée. Sa femme et ses enfants ne tardèrent pas à suivre son exemple, se pressant autour du quartier de renne étaié sur le sol malpropre, et, sans y être invitée, Mme Myouk se hâta de prendre sa part du festin. Nos amis s’en donnaient à cœur joie, ni plus, ni moins que des aldermen, assis à un banquet de leur corporation. Un sourire continuel élargissait encore la figure de Kalutunah; il était vraiment heureux. Ses dents broyaient sans relâche les durs morceaux qu'il arrachait au gigot gelé, et la viande à peine mâchée s’engloutissait rapidement dans son gosier. Sa langue était trop bien occupée pour lui permettre de causer beaucoup, mais de temps à autre il reprenait haleine pour célébrer la grandeur et la générosité du nalegakseak. La joie de cet homme faisait plaisir à voir.

Mais si un cuissot de renne procure un sensible plaisir, l'huile donne le confort. Longtemps inhabitée, la hutte était humide, froide et sombre. Kalutunah pouvait maintenant se permettre une lampe de plus, et quelques minutes après notre arrivée, une flamme claire brillait dans un coin. J’ai déjà dit que la lampe esquimaude n’est autre chose qu’un plat creux, taillé dans de la stéatite. La mousse séchée, qui lui sert de mèche, est arrangée autour du bord, et ils ne connaissent point d’autre foyer; au-dessus sont suspendus des pots de même matière, dans lesquels Mme Kalutunah

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