‹ La mer libre du Pôle (volume 2)Chapitre 142 sur 253 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

ver autre chose qu'une bouteille, un morceau de papier à cartouche sur lequel était écrit : O. K., août 1853, quelques allumettes et une balle de carabine. Nous repartons pour continuer nos recherehes au cap Hatherton.

« H. J. HARTSTÈNE.

« Lieutenant comd' l'expédition arctique. »

Huit heures après midi, 16 août 1855.

P. S. « Si le navire Release trouve ceci, qu’il comprenne bien que nous continuons nos recherches et que nous nous

dirigeons vers le cap Hatherton.

Je fus heureux de cette découverte qui me rappelait la sollicitude de notre gouvernement, et cette vaillante tentative pour arracher un très-malheureux équipage aux étreintes des glaces polaires. Il est facheux que l’auteur de ce témoignage de courageuses recherches n'ait pas touché un peu plus tôt le cap Hatherton; il nous eùt épargné beaucoup des pénibles efforts qui signalérent notre retour. Cette localité portera désormais le nom de Cairn-Pointe.

Grimpant sur une hauteur, je pus voir la mer sur un rayon de plusieurs kilomètres : le coup d'œil n’était pas encourageant. Partout, excepté le long de la côte vers le cap Hatherton, la glace, trés-raboteuse, pressée contre le rivage en masses énormes et amoncelée en sillons relevés, n'offrait aux traineaux qu’un parcours des plus pénibles.

L'aspect des glaces me décida tout de suite. Si je devais traverser le détroit, Cairn-Pointe serait mon lieu de départ, et si, au contraire, il me fallait suivre la côte du Groënland, je pouvais y établir un dépôt de vivres. Je pris donc sur les traineaux toutes les provisions au delà de celles qui nous étaient nécessaires pour six jours encore et, ayant trouvé dans un rocher une ouverture commode, je les y déposai

et les recouvris de grosses pierres pour les défendre des ours. Il nous fallait maintenant suivre la côte pour nous assurer encore mieux de l’état des glaces du détroit; mais la journée était presque finie : on s’occupa des chiens, nous nous creusämes un repaire dans le banc de neige et nous passdmes la nuit à la façon des voyageurs polaires, mode qui, je dois le dire, n'est pas des plus confortables. Nous pümes cependant dormir sans être gelés; — nous ne pouvions prétendre à davantage.

Nos traineaux étaient beaucoup plus légers le lendemain, mais la route fut autrement pénible que les jours précédents ; il n’était pas question de nous faire voiturer, les chiens avaient déjà assez de mal à traverser les hummocks sans autre charge que les peaux de bison pour la nuit et nos quelques provisions. Neuf heures se passèrent à franchir une trentaine de kilomètres, et nous fimes bien aises de profiter d’un banc de neige quelconque pour nous y pratiquer un abri.

Naturellement enclin aux innovations, je m'étais occupé, pendant que nous roulions par les glaces et les neiges, d'imaginer une hutte plus confortable que la caverne primitive du nomade Kalutunah.

Le banc de neige que je choisis avait une paroi carrée d'environ cinq pieds de haut; grimpés sur le sommet, nous creusämes un trou de six pieds de long, quatre et demi de large et quatre de profondeur, en laissant entre notre excavation et la paroi extérieure du monticule un mur de deux pieds de diamètre. Sur l’ouverture, je plaçai un des traineaux recouvert du tablier de toile dont on se servait pour renfermer les bagages, et on entassa trois pieds de neige au-dessus. Par une fissure pratiquée dans l'épaisseur de la muraille, nous insérâmes notre literie de peaux de bison, celles de nos provisions qui n'étaient pas placées dans les boîtes de fer et toutes autres où nos chiens auraient pu mettre la dent ‘car ils dévorent n'importe quoi,

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