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CHAPITRE XXVIII

ce soir, s’il ne sentait pas le besoin de repos, il m'a répondu sans hésiter : « Non, Monsieur. » — Mais la hutte prête et la tâche finie, je l'ai trouvé blotti contre un amas de neige derrière lequel il était allé cacher sa prostration et sa faiblesse physique. Mac Donald, non plus, semblerait ne reculer devant rien; mais je le vois, la fatigue commence à l’éprouver rudement, malgré son courage et sa persistance, qui rappellent ceux d’un bouledogue bien entrainé.

Pour clore la liste de mes plaintes, mes chiens sont tout à fait éreintés ce soir, et par ma faute : je regrette chaque once de nourriture qu'on leur donne, et leur ration n’était hier que d'une livre et demie par tête. Le résultat, — je viens de le dire. Dans leur terrible faim, les pauvres bêtes ont démantibulé le traineau de Jensen, que, trop fatigués pour le décharger, nous avions recouvert seulement de trois pieds de neige. Les brutes en ont éparpillé tout le contenu, et de leurs dents aiguës ont essayé d'entamer nos boîtes de fer-blanc: elles ont mangé nos bottes de rechange, le dernier rouleau de courroie qui nous restat, des bas de fourrures, et brisé sans merci la pipe d’écume de mer enveloppée de peau de phoque que maitre Knorr avait imprudemment suspendue aux montants. Nous n'avons plus que des cordes de chanvre, et les traineaux se rompent sans cesse, et les traits cassent du matin au soir. Un chien a déchiré un sac plein de tabac et a dévoré le tout; un autre a avalé notre seul morceau de savon. Triste perspective pour nos futures ablutions; mais rien n’émousse la délicatesse exagérée comme trentedeux jours de voyage par des températures semblables. On se débarbouillait d'abord avec une poignée de neige; maintenant, nous sommes moins recherchés et ne prendrons pas le deuil de notre savon comme nous l’eussions fait il y a quelques semaines.

Nos provisions disparaissent avec une rapidité alar-

mante, mais dès que je me permets la moindre lésinerie avec mes chiens, ils s'affaiblissent à vue d'œil, et s'ils venaient à nous manquer, où en serions-nous? Je compte que deux jours nous séparent encore de la terre : nous nous dirigeons sur le cap Hawks, mais, je suis forcé de l'avouer, il grandit bien lentement. Nos nombreuses haltes pour reposer les attelages, celle qu’il nous faut faire pour rafistoler traineaux et harnais, me donnent assez d'occasion d'examiner les côtes; aussi, je ne laisse guère chomer mon carnet et mon album.

6 mai.

Misérable journée, encore plus misérablement finie. Mac Donald a laissé tomber sur la neige notre fumant repas, et comme nous ne pouvons nous permettre une seconde allocation de combustible (graisse et fil de caret), nous courions aussi grand risque de nous coucher sans souper que Nicol Jarvie au clachan d’Aberfoil, avant que l'intervention de Rob-Roy ett ramené à la raison le Highlander brutal. A nôtre grande joie cependant, Mac Donald a fini par opérer sur la neige le sauvetage de la plus grande partie de sa préparation culinaire, qu'il nous a fallu manger froide. Mais la perte du café est irréparable, et en conséquence nous faisons assez triste figure. La température est descendue à — 24° C., et les doigts ont de la peine à tenir un crayon devant un thermomètre agissant de la sorte.

7 mai.

Nouvelle édition des jours précédents. — De longues heures d’énergique travail nous ont fait à peine avancer et nous sommes à plat sur la neige avec deux traineaux entiérement disloqués. Un patin est brisé, et Jensen déciare avoir si souvent rapetasse, qu'il ne voit pas le moyen de le raccommoder encore, mais j'espère que quelques heures de sommeil lui aiguiseront les esprits. — Triste

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