‹ La mer libre du poleChapitre 31 sur 34 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Triste station au Cap Hawks. — Traversée au cap Napoléon.

— Souvenir de 1854 près du cap Frazer. — Jensen est laissé aux soins de Mac Donald et je pousse en avant avec Knorr. — L'aspect du ciel annonce la proximité de Teau. — Impossible de franchir la baie Lady- Franklin. — J'aperçois la mer libre.

— Nous hissons le pavillon des Etats-Unis. — Qu'est-ce que la Mer Libre du pôle? — Ses communications avec TAtlantique et le Pacifique. — Ses causes. — Tentatives faites pour y pénétrer. -> Les eaux ne se couvrent de glace qu'à l'abri de la terre.

Je me trouvai fort heureux d'abord d'avoir atteint la côte, en dépit de si terribles obstacles; mais, quand je vins à réfléchir sur ma position et à la comparer avec mes espérances passées, je ne me sentis plus le cœur au triomphe. Ces trente et une journées perdues à traverser le détroit; ce bateau, impossible à transporter; ma troupe, forcée de retourner au navire : que d'échecs à mes plans primitifs! En outre, l'extraordinaire brèche faite aux vivres par les rations que, contre tout calcul^ nous devions donner aux chiens, sous peine de les voir succomber à la fatigue, avait tellement diminué nos ressources que je ne pouvais plus penser à prolonger beaucoup mon exploration.

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Nos bétes mangeaient plus du double de ce qui leur est habituellement nécessaire en voyage : cette consommation, et les petits dépôts que je laissais en vue de notre retour, avaient réduit leur provision de pâtée à trois cents livres, qui devaient fournir à peine à douze de leurs repas quotidiens. Tout au plusavais-je le temps d*étudier les routes de la Mer Polaire, en vue d'une plus longue exploration, ajournée à Tété suivant, si alors je réussissais à amener la goélette vers la rive occidentale. J'avais, en un mot, à étudier les chances qui, dans ce cas douteux, me resteraient pour l'exécution de projets déjà très-compromis par notre hivernage sur les côtes du Groenland. .

Je ne m'attendais certes pas à franchir les glaces disloquées à U course; mais je n'étais nullement préparé à les trouver si formidables, et le triste échec de ma troupe portait un terrible coup à mes espérances.

Après nous être arrêtés au cap Hav^rks le temps de reposer les attelages, nous commençâmes à remonter la côte, et, à notre première étape, nous franchîmes la vaste échancrure qui nous séparait du cap Napoléon. Cette fois, la cargaison était au complet, et cependant le chemin n'était rien moins que favorable. La configuration des côtes empêche les vents de souffler dans la baie, et les neiges, à peine durcies et accumulées à une hauteur de plus de soixante centimètres, rendaient la marche fort pénible; mais, ne •voulant à aucun prix nous rejeter dans le chaos des glaces, nous plongions de notre mieux dans cette couche épaissç. Les traîneaux enfonçaient jusqu'aux traverses et les chiens jusqu'au ventre. Pour couronner, le tout, Jensen souffrait cruellement, et ne pouvait plus marcher; mais je n'avais pas le loisir de faire hglte : une partie des bagages fut donc transférée sur l'autre véhicule, et, nous passant une sangle aux épaules, Mac Donald, Knorr et joaoi, nous tirâmes,

chacun aussi bravement que la plus forte bétè de Tatr telage.

Les glaces hérissaient de la plus terrible manière les abords du cap Napoléon : impossible d'approcher du rivage; toute la journée suivante, il nous fallut haler au large, et tracer de nouveaux zigzags dans ces maudits hummocks. Un brouillard épais venait du nord et nous cachait entièrement la côte , une lourde chute de neige acheva de nous dérouter, et nous nous arrêtâmes pour attendre une température plus favora* ble. Le lendemain, nous pûmes gagner la glace de terre et, pour la première fois depuis la Pointe du Cairn, nos chiens prirent le grand trot : nous arrivâmes en peu d'heures au nord du cap Frazer, et nous construisîmes notre hutte près du point le plus reculé que j'eusse atteint en 1854.

Nous nous trouvions maintenant dans le canal de Kennedy où j'avais à peine pénétré alors. La glace de l'entrée paraissait tout aussi mauvaise que celle du détroit, et nous fûmes obligés de nous en tenir à la « banquette, » même pour traverser la baie de Gould^ qui s'ouvre entre les caps Leidy et Frazer. C'est cellelà même que j'avais choisie pour notre hivernage et que j'aurais tant voulu atteindre l'automne précédent. Sur les roches se dressait encore la hampe du petit pavillon que j*y avais placé, en 1854, mais il n'y restait plus un seul lambeau d'étoffe.

J'ai remarqué sur une des terrasses schisteuses qui s'élèvent en cet endroit les vestiges d'un camp et-^ quimau; et je fus d'autant plus heureux de la décou* verte de ces traces, fort visibles encore, quoique fort anciennes, qu'elles me confirmaient les traditions racontées par Kalutunah. On en voit de semblables partout où les Esquimaux séjournent pendant l'été. C'est tout simplement un cercle de trois mètres soixanteciaq de diamètre formé des lourdes pierres avec 1

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quelles les naturels assujettissent le bord inférieur de leur tente de cuir, et qui restent à l'endroit oti elles étaient placées lorsqu'ils retirent les peaux pour aller camper ailleurs.

La journée suivante fut la meilleure que nous eussions encore eue; elle nous apporta cependant sa bonne part d'ennuis.

Tout harassé que je me sentais de ma journée, je profitai du moment oti mes camarades préparaient la hutte et le souper, et j'escaladai la colline pour me rendre compte de notre position. L'air était parfaitement serein et un immense horizon se déroulait du côté de Torient. Vers le nord , le canal paraissait beaucoup moins rude à traverser que le détroit de Smith. La gelée de l'automne et de l'hiver n'avait pas comprimé les vieux icefields avec autant de violence, et je n apercevais plus de glace nouvelle. Il est évident que la mer, restée ouverte jusqu'à une période très-avancée, ne s'était pas refermée avant le printemps. Comme à Port Foulke, du reste, je fus trèssurpris de voir la couche qui la recouvrait déjà amincie et lavée par les eaux : de petites flaques se montraient partout où la configuration du rivage permettait de conclure qu'un remous de courant avait usé les glaces plus vite qu'ailleurs.

Par une atmosphère aussi pure, il n'eût pas été difficile de distinguer la côte à plus de cent kilomètres ; mais aucune terre ne paraissait à Torient. Je crois donc le canal de Kennedy un peu plus large qu'on ne Ta supposé jusqu'ici.

Le nord-est était sombre et couvert de nuages, et Jensen, qui surveillait avec sollicitude la marche rapide de la saison, ne tarda pas à me faire remarquer ce ciel oti se reflétaient les eaux.

La température s*était singulièrement adoucie • nous la trouvions même trop chaude pendant aos

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étapes; elle nous permettait maintenant de dormir en plein air sur nos véhicules.

Pendant l'étape suivante, nous franchîmes une assez longue distance, mais je n'eus guère d'autre motif de me réjouir : la glace de terre était excessivement difficile, et nous ne pouvions contourner certaines pointes qu'avec les plus grandes fatigues. Pendant un de ces affreux passages, Jensen tomba encore sur sa malheureuse jambe et, pour comble d'infortune, prit un effort dans les reins en soulevant le traîneau. Ces accidents retardèrent beaucoup notre marche du lendemain, et me mirent dans le plus cruel embarras.

Ce matin-là, Jensen, loin d'aller mieux, ne pouvait plus se mouvoir. Je me décidai promptement à le remettre aux soins de Mac Donald, et à continuer ma route seul avec M. Knorr. En, cas de malheur, et on pouvait en craindre un du fait des glaces pourries, je donnai cinq chiens au brave matelot, lui enjoignant de nous attendre juste le même nombre de jours, puis... de faire tous ses efforts pour regagner le Port Foulke.

Notre simple repas terminé, nous replongeâmes entre les blocs de glace pour jouer notre dernière carte. Nous traversâmes d'abord une baie si profonde que, si nous avions dû suivre sur la glace de terre les sinuosités de ses rivages, notre route eût été plus que quadruplée. Je voulais maintenant pousser aussi loin que le permettraient nos ressources, atteindre la plus haute latitude possible, me choisir un lieu favorable d'observation, et me former une opinion définitive au sujet de la mer du pôle et des chances de la parcourir avec le navire ou un de nos bateaux. Je me trouvais déjà plus au nord que n'était parvenu , en i854 (vers la mi-juin, un mois plus tard dans la saison), le lieutenant Morton, de l'expédition Kane, et je contemplais la même étendue, d'un point situé à

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cent ou cient dit kilomètres du cap Constitution, où la mer ouverte avait arrêté sa marche (i).

{i) La Mer Libte du pôle, vue par les compagnons du docteur

Kaneenjuin 1854.

La reconnaissance que Morton poussa droit au nord fiit, sous tous les rapports, le plus remarquable épisode de Texpéditîon du docteur Kane.

«.... Il quitta le vaisseau le 4 juin, accompagné de Hans le Grodnlandais.

c La glace était d*abord d'un difficile accès, et dans la neige sèche ils enfonçaient jusqu'aux genoux ; mais, après avoir traversé quelques inégalités, ÎU la trouvèrent assez solidrfiée pour porter le traîneau ; les chiens firent alors 6435 mètres par heure, et ils parvinrent ainsi au milieu de la baie de Peabody. En cet endroit, les voyageurs furent au milieu des pics de glace qui avaient empêché les autres partis de pousser plus loin. Ils avaient dans la journée laissé sur leur droite, par 79^ de latitude, cet étrange jeu de la nature que, dans une excursion précédente, Kane avait nommé le monument de Tennisson, minaret ou obélisque de 146 mètres 3o de haut, qui élève solitaire, au débouché d'une sombre et profonde ravine, son fdt calcaire, aussi régulièrement arrondi que s'il eût été taillé pour la place Vendôme.

a Par suite du rapprochement inaccoutumé des montagnes de glace, les voyageurs ne pouvaient distinguer devant eux, à plus d'une longueur de navire, les vieux glaçons qui faisaient saillie à travers les nouveaux en disloquant leur surface. On ne pouvait se glisser entre ces aspérités qu'en suivant des couloirs qui n'avaient souvent pas i mètre 20 de largeur et dans lesquels les chiens avaient peine à mouvoir le traîneau. Il arrivait même que l'intervalle qui semblait séparer deux montagnes se terminait par une impasse impossible à franchir. Dans ces circonstances, il fallait transporter le traîneau au-dessus des blocs les moins' élevés ou rétrograder en quête d'un chemin plus praticable.

« Parfois, si une passe assez convenable apparaissait entre deux pics, ils s'y engageaient gaiement et arrivaient à une issue plus étroite; puis, trouvant le chemin complètement obstrué, ils étaient obligés de rétrograder pour tenter de nouvelles voies. Malgré leurs échecs et leurs désappointements multipliés, ils ne perdirent pas courage, déterminés qu'ils étaient à aller en avant. A la fin, une sorte de couloir lor.g d'une dizaine de kilomètres les conduisit hors de ce labyrinthe glacé, mais ils furent,

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Je désir Ais avancer vers le nord autant que faire se pourrait. En ménageant avec soin nos provisions, il

depuis huit heures du soif Jusqu'à deux ou trois du tnttin, forcés de diriger leurs pas avec autant d'incertitude et de tâtonnements qu'un homme aveugle parmi les rues d'une ville étrangère.

« Dans la matinée du lundi lô juin, Morton grimpa sur un pic afin de choisir la meilleure route. Au delà de quelques pointes de glacS) il apercevait une grande plaine blanche qui n'étsît autre que la surface du glacier de Humboldt vu au loin dans l'intérieur, car en montant sur un autre mamelon il en découvrit la falaise faisant face à la baie. C'était près de son extrémité nord ; il semblait couvert de pierre et de terre, et çk et là de larges rocs faisaient saillie à travers ses parois bleuâtres.

a Les deux explorateurs se trouvaient le 20 par le travers de la terminaison du grand glacier^ Là, glaces, roches et terreS formaient ui> mélange chaotique ; la neige glissait de la terre vers la glace, et toutes deux semblaient st confondre sur une distance de 12 a 16 kilomères vers le noi^d, point où la lign* de terre, se relevant abrupte, surplombait le glacier d'environ cent trente mètres.

tt Au delà de cet endroit, la glace devint faible et craquants^ les chiens commencèrent à trembler ; la terreur manifestés pflf ces animaux sagaces indiquait un danger peu éloigné.

« En effet, le brouillard venant à se dissiper en partie, les voyageurs aperçurent, à leur grand étonnement, au milieu du détroit et à moins de quatre kilomètres sur leur gauche, un chenal d'eau libre; Hans ne pouvaiten croire ses yeux et, sans les oiseaux qu'on voyait voleter en grand nombre sur cette surface d'un bleu foncé, Morton dit qu'il n^y aurait pas ajouté foi luimême.

«Le lendemain, la bande de glace qui les portait entre la terré et le chenal ayant beaucoup diminué de largeur, ils virent Ifl marée monter rapidement dans celui-ci. Des glaçons très-épais allaient aussi vite que les voyageurs ; de plus petits les dépas-» salent, avec une marche d'au moins quatre ndenids. D'après les remarques faites par eux dans la dernière nuit, la marée, allant du nord au sud, entraînait peu de glace. Celle qui courait maintenant si vite au nord semblait être la glace brisée autour du cap et sur le bord de la banquise.

«Le thermomètre dans l'eau donnait 36o 22 du thermomètre de Fahrenheit, c'est-à-dire quatre degrés au-dessus du point de congélation.

« Après avoir contourné le cap, qui est marqué sur la carte du

m'en restait encore suffisamment pour terminer avec succès une exploration qui approchait de son terme, comme nous le disait assez l'obscurité croissante qui, s'amassant sur le ciel du nord-est , nous annonçait la présence des eaux.

Dix heures de marche ce jour-là et quatre le lendemain nous amenèrent à la pointe méridionale d'une baie si profonde que, selon notre habitude, nous pré-

nom d'André Jackson, ils trouvèrent un banc de glace unie à rentrée d*unebaie, qui a reçu depuis le nom du célèbre financier américain Robert Morris. C'était une glace polie, sur laquelle les chiens couraient à toute vitesse. Là le traîneau faisait près de dix kilomètres à l'heure. Ce fut le meilleur Jour de marche de tout le voyage.

«Quatre escarpements se trouvaient au fond et sur les côtés de la baie, puis le terrain s'abaissait se dirigeant en pente vers une banquise peu élevée, offrant une large plaine entre des pointes longues et coupées de quelques monticules. Un vol de cravants yanas bemicla) descendait le long de cette basse terre ; beaucoup de canards couvraient l'eau libre ; des hirondelles, des mouettes de plusieurs variétés tournoyaient par centaines ; elles étaient si familières qu*elles s'approchaient a quelques mètres des voyageurs ; d'autres grands oiseaux blancs sMIevaient très-haut dans l'air, et Élisaient retentir les échos des rochers de leurs notes aiguCs. Jamais Morton n'avait vu autant d*oiseaux réunis : l'eau et les escarpements de la côte en étaient couverts. Sur les glaces arrêtées dans le chenal Kennedy, se jouaient des phoques de plusieurs espèces. Les eiders étaient en si grand nombre que Hans, tirant dans une troupe, en tua une paire d'un seul coup.

« Il y avait là plus de verdure que les voyageurs n'en avaient vu depuis leur entrée dans le détroit de Smith. La neige parsemait les vallées et l'eau filtrait des roches. A cette époque encore peu avancée, Hans reconnut quelques fleurs ; il mangea de jeunes pousses de lychnis et m'apporta des capsules sèches d'une hesperis qui avait survécu aux vicissitudes de lliîver. Morton fut frappé de l'abondance de petites joubarbes de la dimension d'un pois. La vie semblait renaître à mesure qulls s'avançaient au nord.

« Le 24 juin, Morton atteignit le cap Constitution qu'il es* saya en vain de tourner, car la mer en battait la base. Faisant de

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férâmes la traverser plutôt que de suivre la ligne sinueuse du rivage. Mais à peine avions-nous fait quelques kilomètres que notre course fut arrêtée : nous cheminions au large delà côte, sur une bande de glace ancienne, et nous nous dirigions vers Ténorme promontoire formant Téperon septentrional de la baie et qui nous semblait être à bien près du quatre-vingtdeuxième parallèle, à trente-six kilomètres de nous,

son mieux pour gravir les rochers, il n'arriva qu'à une centaine de mètres. Là il fixa à son bâton le drapeau de VAntarctic, une petite relique bien chère, qui m'avait suivi dans mes deux voyages polaires. Ce drapeau avait été sauvé du naufrage d'un sloop de guerre des États-Unis, le Peawech, lorsqu'il toucha dans la rivière Colombia. Il avait accompagné le commodore Wilkes dans ses lointaines explorations du continent antarctique. C'était maintenant son étrange destinée de flotter sur la terre la plus septentrionale non-seulement de l'Amérique, mais de notre globe ; près de lui étaient nos emblèmes maçonniques, réquerre et le compas. Morton les laissa flotter une heure et 'â'tmie au faître du noir ocher qui couvrait de son ombre les eaux blanchissantes que la mer libre faisait écumer à ses pieds.

« La côte au delà du cap doit, selon lui, s'abaisser vers l'est, puisqu'il lui fut impossible, au point où il^ était placé, de voir aucune terre sous le cap. La côte ouest au contraire courait vers le nord où son œil la suivait durant près de 80 kilomètres. Le jour était clair, il permettait d'apercevoir aisément plus loin encore la rangée de montagnes qui la couronnent; elles étaient fort hautes, arrondies et non coniques à leur sommet comme celles qui l'avoisinaient, quoique peut-être ce changement apparent provînt de la distance, car il remarqua que leurs ondulations se perdaient insensiblement dans 1 horizon.

Ci La plus haute élévation du point d'observation où il fut obligé de s'arrêter lui parut être d'une centaine de mètres audessus de la mer. Delà il remarqua, à six degrés ouest du nord, un pic très-éloigné tronqué à son somniet comme les rochers de la baie de la Madeleine. Nu comme la roche vive, il était strié verticalement avec des côtes saillantes. Nos estimations réunies lui assignent une élévation de 760 à 900 mètres. Ce pic, la terre la plus septentrionale connue, a reçu le nom du grand pionnier des voyages arctiques, sir Edward Parry.» — F. dcL.

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environ ; je désirais ardemment y atteindre. Par malheur, le vieux champ de glace qui nous portait se ter* mina soudain, et, après avoir cahoté au milieu de sa frange disloquée, nous nous trouvâmes sur la glace nouvelle. L'instinct infaillible des chiens les avertit du danger. Ils avancèrent d'abord avec des précautions inusitées, puis s'éparpillèrent à droite ou à gauche, refusant d'aller plus loin. Cette manoeuvre m'était trop familière pour me laisser le moindre doute sur ce qui pouvait la causer : nous trouvâmes en effet la glace pourrie et en très^mauvais état. Je pensai que cela venait de quelque circonstance locale, de la direc^ tion des courants par exemple, et je repris notre vieux champ pour en sortir un peu plus vers Test* Je marchais en tête des chiens pour soutenir leur couragfl| mais à peine étions-nous de nouveau sur la glace àt Tannée qu'elle céda sous mon bâton et que je dus re* tourner en arrière pour chercher encore un passage plus loin.

Deux heures perdues en efforts semblables^ et pen^* dant lesquelles nous fîmes plus de sept kilomètres au large, me démontrèrent l'impossibilité de franchir la glace au delà du golfe ; notre persévérance ne pouvait infailliblement aboutir qu'à de graves accidents* Si la croûte se rompait sous notre poids, même en admettant que nous ne fussions pas noyés^ nous serions inévitablement trempés et ce plongeon^ non-seulement nous retarderait beaucoup, mais aussi détruirait peut-être notre dernière chance d'atteindre le rivage opposé. Nous revînmes donc à notre champ de glace, et tirant cette fois vers l'ouest, nous essayâmes encore de traverser la baie. Mais la route n'était pas meiUeuref et les chiens refusaient obstinément de marcher lorsqu'on abandonnait les anciens glaçons. Je persistai toujours, et je fis tentatives sur tentatives, jusqu'à ce que nous fussions bien convaincus que le chemin était

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impraticable étqu^il ne nous restait plus qu'à tâcher d'arriver à notre but en suivant les circuits de la glace de terre.

Je voulus m'assufer combien cette route nous ferait dévier de la ligne droite et, pendant que mes chiens se reposaient, je marchai le long du rivage, jusqu'à ce que je pusse voir la tête du golfe ; elle paraissait à peu près à trente-six kilomètres. La baisse de nos provisions ne nous permettait pas un si long détour qui nous eût pris deux journées; si ce n'est trois, et, fatigués de douze heures de travaux, nous remîmes au lendemain des observations plus étendues. L'état des glaces de la baie me surprenait beaucoup. Aussi, pour tâcher d'en reconnaître la cause et voir si je ne découvrirais pas vers Test un passage plus direct que la courbure du golfe, je me décidai à gravir la colline élevée qui se dressait au-dessus de nous : mais il me fallait d'abord prendre quelque repos, les dufs labeurs de notre dernière étape l'exigeaient impérieusement.

Après un sommeil profond et réparateur, résultant d'une lassitude telle que j'en avais rarement éprouvé de semblable, j'escaladai la pente escarpée et me hissai sur une saillie de rocher à deux cent cinquante mètres environ au-dessus du niveau de la mer.

Je vis alors clairement pourquoi nous avions été forcés de battre en retraite.

Partout les glaces paraissaient dans le même état qu'à l'ouverture de la baie. Une large crevasse, partant du milieu du golfe, se dirigeait vers la mer, et ra*' miiiée de nombreuses fissures, dans sa course sinueuse vers l'orient, s'étendait comme le delta d'un puissant fleuve, et, sous le ciel noir qui s'abaissait sur toute la zone du nord-est, allait se perdre dans la mer libre. Dans l'extrême lointain, se profilait vaguement contre le sombre horizon du nord la croupe blanchie d'un

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noble promontoire, la terre la plus septentrionale qu'on connaisse maintenant sur le globe. Je la crois à 82® 3o' de latitude, à huit cent trente kilomètres du pôle. Entre elle et nous surgissait une autre pointe hardie, et, plus près encore du cap vers lequel je dirigeais notre course la veille, une fière montagne s'élevait majestueusement de la mer, et semblait porter jusqu'au firmament sa tête couronnée de neige. Je ne voyais d'autre terre que la côte où nous nous trouvions.

Au-dessous de moi, la mer étalait sa nappe immense, bigarrée de taches blanches ou sombres, ces dernières indiquant les endroits où la glace était presque détruite ou avait entièrement disparu; au large, ces taches se faisaient plus foncées et plus nombreuses, jusqu'à ce que, devenues une bande de bleu noirâtre, elles se confondissent avec la zone du ciel où se reflétaient leurs eaux. Les vieux et durs champs de glace (dont les moins grands mesuraient à peine moins d'un kilomètre), les rampes massives et les débris amoncelés qui en marquaient les bords, étaient les seules parties de cette vaste étendue qui conservassent encore la blancheur et la solidité de Thiver.

Tout me le démontrait : j'avais atteint les rivages du bassin polaire. L'Océan dormait à mes pieds! Terminée par le promontoire qui, là-bas, se dessinait sur l'horizon, cette terre que je foulais, était une grande saillie se projetant au nord, comme le Séverro Vostochnoï s'avance loin de la côte que la Sibérie oppose à celle de l'Amérique. Le petit ourlet de glace qui bordait les rives s'usait rapidement : avant un mois la mer entière, aussi libre de glaces que les eaux du nord de la baie de Baffin, ne serait plus interrompue que par quelque banquise flottante, errant çà et là, au gré des courants ou de la tempête.

Il m'était donc impossible d'aller plus loin. La crevasse dont j'ai parlé eût déjà suffi pour nous empé-

cher d'atteindre le nord de la baie; mais, au large, les glaces paraissaient encore en un pire état. Plusieurs flaques d'eau s'ouvraient près du littoral, et sur Tune d'elles venait de s'abattre une bande de « dovekies » ou de guilleminots à miroir blanc. En remontant le canal Kennedy, j'avais reconnu nombre de leurs stations d'été; cependant j'étais assez surpris de voir les oiseaux eux-mêmes à une époque si peu avancée de là saison. Les mouettes bourgmestres volaient au-dessus de nous, se dirigeant vers le nord où elles cherchaient les eaux libres pour leur nourriture et leur demeure. On sait qu'autour des lieux qu'elles fréquentent l'été, il n'y a jamais de glace après les premiers jours de juin.

Nous avions donc atteint notre but. A présent, il fallait songer à la retraite. L'approche du printemps, la rapidité du dégel, la certitude que la mer rongeait déjà le détroit de Smith au sud, par la baie de BafHn, aussi bien qu'au nord, par le canal de Kennedy : tout m'avertissait que nous n'avions pas de temps à perdre, si nous ne voulions gravement compromettre notre retour aux côtes groênlandaises.

Il ne nous restait plus qu'à hisser nos pavillons (i)

(i) C'étaient i» un pçtit pavillon des États-Unis (une flamme de canot) qui avait été porté dans les mers du Sud par l'expédition du capitaine Wilkes, puis dans les expéditions polaires du commandant de Haven, et du docteur Kane ; 2<> un autre drapeau national, remis à M. Sonntag, par les dames de TAcademie d*Albany ; 3° deux bannières maçonniques, deux miniatures, qui m'avaient été confiées : l'une par la loge Kane de New- York; l'autre par la loge Columbia de Boston ; 4» le pavillon de signaux de notre expédition, portant Tétoile polaire rouge sur un fond blanc, également un don de blanches mains. J'avais solennellement promis de déployer ces bannières au point le plus éloigné que nous pourrions atteindre, et je me suis fait un devoir sacré de les porter avec moi, devoir qui m'a été d'autant plus agréable à remplir que, toutts ensemble , elles ne pesaient pas trois livres. — J. H.

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en téiQoigoage de cette découverte et à déposer sur les lieux une .preuve de notre présence. Les flammes américaines, attachées à une mèche de fouet et suspendues entre deux hauts rochers^ flottèrent à la brise pendant que nou$ élevions un cairn; puis, déchirant une feuille d^ mon cahier de notesi j'écrivis .les lignes suivantes : .

c Ce; point, le plus septentrional qu'on ait encore pu atteindre j a été visité les i8 et ig mai .1861 par le soussigné, accompagné de George F. Knorr, après un voyage en traîneau tir^ par des chiens. De notre hivernage près du cap Alexandre,; et rentrée du détroit de Smith, nous sommes arrivés ici après une pénible marche de quar^nte-six jours. Je crois, d'après mes observation^, que nous sommes à 81 degrés 35 minutes de latitude «eptentrionale et à 70 degrés 3o minutes de lon^tude occidentale. La glace pourrie et les crevasses nous empêchent d'aller plus loin. Le canal Kennedy paicaît slouvrir dans le bassin polaire. Aussi^ persuadé qu'il est navigable en juillet, .août et septembre au moins, je retourne à ma station d'hiver pour essayer de pousser mon navire au travers des glaces après la débâcle de cet été.

a J.'J. Hàyës. * 19 mai i86i.

Cette note, placée dans une petite fiole apportée tout exprès, fut soigneusement déposée sous le cairn, puis nous poursuivîmes notre route en nous tournant vers le sud ; inais je quittais avec répugnance ce lieu qui exerçait sur moi une fascination puissante, et c'est avec des sensations inaccoutumés que je me voyais, seul avec mon jeune camarade, dans ces déserts polaires que nul homme civilisé n'avait foulés avant nous. Notre proximité de Taxe du globe, la certitude

que^ de nos pieds, nous touchions une terre placée bien au delà des limites des découvertes précédentes, les pensées qui me traversaient l'esprit en contemplant cette vaste mer ouverte devant nous, l'idée que peut-être ces eaux ceintes de glaces baignent les rivages d'îles lointaines oti vivent des êtres humains d'une race inconnue : telles sont les considérations qui semblaient donner je ne sais quoi de mystérieux à Tair même que nousrespirions; elles excitaient notre curiosité et fortifiaient ma résolution de me lancer sur cet océan pour en reconnaître les limites les plus reculées. Je me rappelais toutes les générations de braves marins qui, par les glaces ou malgré les glaces, ont voulu atteindre cette mer, et il me semblait que les esprits de ces hommes héroïques, dont l'expérience in*a guidé jusqu'ici, descendaient ^ur moi pour m'encourager encore. Je touchais pour ainsi dire « la grande et notable chose » qui avait inspiré le zèle du hardi Frobisher; j'avais accompli le rêve de l'incomparable Parry.

Arrêtons-nous ici pour étudier sommairement le bassin arctique et arriver à une appréciation correcte de ces mots: LA MER LIBRE DU POLE (i), qu'on emploie si souvent.

(i) Note supplémentaire du docteur Kane sur le bassin de la Mer Polaire, u.... Les voyages que j'ai faits moi-même et lesdifTérentes expéditions de mes compagnons ont démontré qu'une surfiiice solide de glace couvre entièrement la mer à Test, à l'ouest et au sud du canal Kennedy. Depuis la limite méridionale de cette banquise jusqu'à la région mystérieuse de l'eau libre, il y a, à vol d'oiseau, 180 kilomètres. N'eût-ce été la vue des oiseaux et l'affaiblissement de la glace, ni Hans ni Morton n'en auraient cru leurs yeux, n'ayant aucune prévision de ce fait.

Lorsque, prenant terre en cet endroit, ils continuèrent leurs explorations, un fait nouveau les frappa. Ils étaient sur les bords d'un canal si ouvert qu'une frégate ou une flotte de frégates aurait pu y faire voile. La glace, déjà brisée et frag-

En consultant une carte des parages voisins des pôles, le lecteur peut se former une opinion bien au-

mentée, formait une sorte de plage en fer à cheval, contre laquelle la mer se brisait. En s'avançant vers le nord, le canal formait un miroir bleu et non glacé ; trois ou quatre petits blocs étaient tout ce qu'on pouvait voir sur la surface de Teau. Vue des falaises, et prenant 58 kilomètres comme le rayon moyen de rétendue observée, cette mer libre avait plus de 4000 milles carrés.

La vie animale, qui nous avait fait défaut vers le sud, leur apparut d'une manière saisissante. Au havre Rensselaer, à l'exception du phoque netsik ou du rare héralda, nous n'avions aucun objet de chasse. Mais là, Toie de Brent, Teider et le canard royal étaient si nombreux que nos voyageurs en tuaient deux d'une simple balle.

L'oie de Brent n'avait pas été vue depuis l'entrée sud du détroit de Smith. Elle est bien connue du voyageur polaire comme un oiseau émigrant du continent américain. Ainsi que ceux de la même famille, cet oiseau se nourrit de matière végétale, généralement de plantes marines avec les mollusques qui y adhèrent. Il est rarement vu dans l'intérieur des terres, et ses habitudes en font un indice de la présence de l'eau. Les troupes de ces oiseaux, qu'on distingue aisément par la ligne triangulaire qu'elles dessinent dans leur vol, traversaient l'eau obliquement et disparaissaient vers la terre au nord et à l'est. J'ai tué de ces oiseaux sur la côte du canal Wellington, à la latitude de 74 degrés 5o minutes de latitude septentrionale, c'est-à-dire 6 degrés plus au sud; ils volaient dans la même direction.

Les rochers étaient couverts d'hirondelles de mer, oiseaux dont les habitudes demandent l'eau libre, et qui y étaient déjà au moment de la ponte.

Il peut être intéressant pour d'autres personnes que des naturalistes d'établir que tous ces oiseaux occupaient les premiers kilomètres du canal depuis le commencement de l'eau libre, mais que, plus au nord, ils étaient remplacés par des oiseaux nageurs. Les mouettes étaient représentées par non moins de quatre espèces. I^s kittîwakes {larus tridactylis ), rappelant à Morton la navigation de la baie de Baffin, étaient encore occupa à enlever le poisson de Feau, et leurs tristes cousins, les bourgmestres^ partageaient un dîner qui leur était servi à si peu de frais. L'animation était partout.

De la flore et de ses indications, je dirai peu de chose, et j'oserai encore moins en tirer des conclusioiia quant à la tempe-

LA MER LIBRE DU PÔLE ïg3

trement précise que s'il s'en rapportait aux descriptions les plus minutieuses. Aux alentours du pôle

rature. La saison était trop peu avancée pour l'épanouissement de la végétation arctique et, en Tabsence d'échantillons, j'hésite à adopter les observations deMorton, qui n'était pas botaniste. Il est évident cependant que beaucoup de plantes à fleurs, au moins aussi développées que celles du havre de Rensselaer, étaient déjà devenues reconnaissables. Et, chose étrange, le seul échantillon rapporté fut une crucifère Qiesperis pygmœa)y dont les siliques, contenant de la semence, avaient survécu à l'hiver, témoignant ainsi de son parfait développement. Cette plante, trouvée au nord du Grand Glacier, ne m'avait pas éié signalée depuis la zone sud du Groenland.

Un autre fait remarquable, c'est que, dans la continuation du voyage, la glace qui avait servi de sentier pour les chiens, se rompait, se fondait, et à la fin disparaissait complètement, de sorte que le traîneau devint inutile et que Morton se trouva obligé de gravir les rochers de la plage d'une mer qui, comme les eaux familières du sud, venait briser les vagues à ses pieds.

Là, pour la première fois, il remarqua le pétrel arctique {procellaria glacialis) ; ce fait démontre la régularité de son observation, quoiqu'il n'en connût point l'importance. L'oiseau n'avait pas été vu depuis que nous avions quitté les eaux hantées par les baleiniers anglais, à plus de 325 kilomètres au sud-. Sa nourriture, essentiellement marine, consiste en acalèphcs, etc. ; il s'attroupe rarement, excepté dans les parages fréquentés par les baleines et les plus grands animaux de l'Océan. Ici des troupes de ces pétrels se balançaient au-dessus de la crête des vagues, comme le font les représentants de la même espèce, dans les climats plus doux : c'est-à-dire les pigeons du cap de Bonne- Espérance, les poulets de la mère Carey et autres.

Morton, quittant Hans et ses chiens, passa entre l'île de sir John Franklin et une plage étroite dont la côte, semblable à une muraille, était formée de sombres masses de porphyre allant se perdre dans la mer. Avec des difficultés croissantes, il entreprit de grimper de rocher en rocher, dans l'espérance de doubler le promontoire et d'apercevoir la côte au delà ; mais l'eau entravait de plus en plus le chemin.

Ce dut être un spectacle imposant que la vue de la vaste étendue d'eau étalée devant lui. Au plus haut point de son ascension, il n'apercevait pas un atome de glace. Là, d'une hauteur de 145 mètres, avec un horizon de 65 kilomètres, ses oreilles furent réjouies par la nouvelle musique des vagues ; un

MER LIBRE DU PÔLE. l3

nord s'étend une vaste mer, un océan plutôt, quia, en moyenne, un rayon de dix-huit cents kilomètres au

ressac se brisant à ses pieds au milieu des rochers arrêta sa marche.

Au delà de ce cap, tout est supposition. Les hauts sommets du nord-ouest s'évanouissaient en gradins de plus en plus bleus, puis se confondaient avec le ciel. Morton baptisa le cap qui arrêta sa marche vers le nord du nom de son commandant; mais je lui ai donné le nom plus durable de cap de la Constitution.

Le voyage de retour, employé à compléter ses observations, ne fut signalé par aucun fait nouveau ; aussi n*en parlerat-jc pas. Mais je ne veux point terminer ma notice sur cette mer libre de glaces, sans ajouter que les détails de Morton concordent pleinement avec les observations de tout notre parti . Et maintenant, sans discuter les causes de ce phénomèM^ aaits recherther à quelle distance cette mer s'étend, soit comme une particularité àeegït^ tégion, soit comme partie de la grande arène encore \tv^ 'e du bassin polaire, toutes questions du ressort des homme ' jK^^es, je me contenterai de Thumble tâche de rapporter cl .^a^ ..ous avons vu. 3e présentant ainsi au milieu des vMtes plaines de glace, cet éléâaent fluide était de nature à S|R|1et«r les émMlons de Tordre le plus élevé ; il n'y avait pas ffn de noos i^ui Vie fût animé du désir de s'embarquer sur teé eAUX Ksplendîtsantes et solitaires. On sait comment Tious fômes forcés de renoncer à ce désir.

Une tuer libfC pris du pôle, ou même un bassin polaire, a été un Sttfet àé Âéértés débattues longtemps ; nous venons de le raviver par nos di^ocai vertes. Déjà, à Tépoque de barente^ en iSgo, sans mentiôrtlfer de plus incertaines chroniques, l'eau fut aperçue à l'est du ca}> septentrional de la Nouvelle-Zemble ; et jusqu'à ce que son étendue f&t déterminée par des observations directes, ell& fut prise p6ur la mer elle-même. Les pêcheurs hollandais autour du Spitzberg poussèrent leurs croisières aventureuses à travers la glace dans des espaces libres, variant en étendue et en forme suivant la saison et les vents ; et le docteur Scoresby, une respectable autorité, fait allusion à ces ouvertures dans la banquise comme indiquant une eau libre dans le voisinage du pôle. Le baron de Wrangell, à 63 kilomètres de la côte de l'Asie arctique, vit, il le crut du moins, un océan sans rivages, oubliant pour l'instant combien sont bornées les limites de la vision humaine sur une sphère. Plus récemment, ie capitaine r.irry proclama l'existence d'une mer libre dans ie détroit de

moinsi Presque partout, cette mer est environnée de terres, et le littoral en est assez bien conqu, à i'excep-

Wellington, à Tendroit mime où sir Edward Belcher a depuis été contraint d'abandonner ses navires pris dans les glaces. Enfin mon prédécesseur, le capitaine Inglefield, du haut d'un mât de son petit navire, annonça un bassin polaire à 23 kilomètres de la glace qui arrêta notre marche Tanpée suivante.

Toutes ces découvertes illusoires ont sans doute été notées avec une parfaite intégrité, et d'autres peuvent penser que mon observation, quoique sur une plus grande échelle, se rangera dans la même catégorie. Toutefois la mer, que je me suis hasardé à appeler libre, a été suivie pendant nombre de lûlomètres le long de la côte, et vue d'une élévation de 145 mètres, toujours sans limite et sans glace, se soulevant et se brisant contre les rochers du rivage.

Il est impossible, en rappelant les faits relatifs à cette découverte» — >. la neige fondue sur les rochers, les troupes d'oiseaux marins» la végétation augmentant de plus en plus, l'élévation du thermomètre dans Teau, — de ne pas être frappé de la probabilité d'un climat plus doux vers le pôle. Mais, signaler les modifications de température au voisinage de la mer libre, ce n'est pas résoudre la question, qui reste sans réponse : Quelle est la cause de la mer libre ?

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans cette discussion. Il n'y a pas de doute pour moi qu'à une époque comprise encore dans les temps historiques, le climat de cette région était plus doux que maintenant. Je pourrais fonder cette opinion sur le fait, mis en relief par notre expédition, du soulèvement séculaire des côtes. Mais indépendamment des anciennes plages et terrasses, et d'autres marques géologiques, qui montrent que le rivage s'est élevé ^ des huttes de pierres sont éparpillées tout le long de ces parages, dans des lieux maintenant entourés de glace, au point d'exclure la possibilité de la chasse, et par conséquent, pour les peuplades qui en vivent, la possibilité d'y demeurer.

La tradition signale ces parages comme ayant été autrefois des champs favoris de chs^sse. Au havre Rensselaer, appelé par les indigènes Aunatok ou la place du dégel, nous rencontrâmes des huttes en bon état de conservation, avec des assises de pierres pour soutenir les carcasses de phoque et de walrus.

A Lanny Georges et dans la grande coupure de la baie Dallos^ sont les restes d'un village, qui entourent les os des phoques et des baleines, le tout maintenant enfermé dans la glace. En rapport avec ces faits, attestant non-seulement l'extension antérieure

igÔ LA MER LIBRE DU PÔLE

tion des côtes du Groenland septentrional et de la Terre de Grinnell, qui, s'avançant au milieu des eaux boréales, sous des latitudes très-élevées, ne sont pas encore déterminées. Ljes rivages sont à peu près à la même distance de ce pôle et sont tous situés dans la ségion des gelées éternelles. Leurs habitants sont des peuplades de même race, qui, ne pouvant tirer du sol aucun moyen d'existence, vivent exclusivement de chasse ou de pêche, et ne se rencontrent que sur le bord de la mer ou le long des rivières glacées et dirigées vers le nord. Cette longue ligne de côtes, où errent les nomades des déserts arctiques, présente trois grandes solutions de continuité : la baie de Baffin, le 4étroit de Behring et Timmense ouverture qu'on remarque entre le Groenland et la Nouvelle-Zemble. Par ces estuaires, les eaux de la mer Polaire se mêlent à celles de TAtlantique et de l'océan Pacifique. Si on examine ensuite la direction des courants; si, par

de. la race des Esquimaux plus au nord, mais encore les chanjgetnents du climat, il faut ranger le patin trouvé par M. Morron sur les bords de la baie Morris, à une latitude de 8i degrés, n était fait d'un os de baleine très-habilement travaillé.

Dans cette récapitulation, je laisse de côté la question de savoir si le climat plus chaud de cette région dépend d'une loi physique applicable aux lignes isothermes actuelles. Encore moins suis-je disposé à exprimer une opinion touchant l'influence que les courants peuvent exercer sur la température de ces contrées. Je laisse cette discussion à ceux qui font leur étude spéciale de la physique du globe. C'est à ceux-là que je proposerai humblement d'examiner si le Courant du Golfe, déjà suivi jusqu'à la côte de la Nouvelle-Zemble, ne se prolonge pas le long de cette île jusque auprès du pôle. Une différence de quelques degrés dans la température moyenne de Tété suffirait pour amener le renouvellement périodique de l'eau libre, ou, comme le disent les Russes, d'une grande Poîynia.

Les lois qui limitent la ligne de la neige perpétuelle et des glaciers sont certainement liées au problème de ces espaces d'eau dans le voisinage du pôle. F. de L.

(D^ Kanc, Arctic Explorations, tome I, p. 280-309.)

exemple, on remonte le Courant du Golfe, qui, dans sa course vers le nord, porte les eaux chaudes de la zone tropicale à travers le vaste espace océanique ouvert à Test du Spitzberg, et force, en retour, des courants d'eau froide à descendre à l'ouest de ces îles et par le détroit de Davis, on comprendra sans peine que, dans ce déplacement continuel des eaux du pôle par celles de Féquateur, la majeure partie des premières ne soit jamais refroidie jusqu'au point de congélation; et que cet océan, égalant sans doute en profondeur et presque en largeur l'Atlantique entre l'Amérique et l'Europe, présente une masse énorme et foi^rnisse à toute la région qu'il baigne une chaleur plus élevée que celle qui lui serait propre, sans les causes par lesquelles il est modifié. La Providence met ainsi une barrière à l'accumulation des glaces, et affirme une fois de plus la grande loi de circulation qui, dispensant les pluies à la terre altérée et l'humidité à l'air desséché, modère la température de chaque climat, rafraîchit celle des tropiques avec les eaux des pôles, et réchauffe la zone glaciale avec celles de la zone torride.

Partant de ces faits, on peut admettre que la surface seule de l'eau se réfrigère assez pour se changer en glace; et que, lorsqu'elle est agitée par les vents, ses particules refroidies au contact de l'air se mêlent, dans le roulis des vagues, avec les eaux plus chaudes des couches inférieures. Conséquemment, la glace ne se forme que dans les endroits abrités, dans les baies où le fond est élevé et où le courant est assez lent pour ne mettre aucun obstacle à l'action de la température extérieure ; ou bien encore, lorsque l'atmosphère est uniformément calme, circonstance assez rare du reste puisque les vents se déchaînent avec autant de violence sur la mer Polaire que dans toute autre région du globe. Les glaces ne peuvent donc couvrir qu'une

petite partie de l'océan Arctique et n'existent qae dans les lieux où la terre les protège et les entretient. La banquise s'attache aux côtes de Sibérie et, franchissant le détroit de Behring, elle presse les rivages d'Amérique, engorge les canaux étroits de l'archipel de Parry, d'où les eanx polaires s'écoulent dans la baie de Baffin, puis elle traverse cette mer, suit ks bords du Groenland, atteint ceux du Spitzberg et de la Non* velle-Zemble, investissant ainsi le pôle d'un rempart continu de glaces adhérentes à la terre, plusou moins disloquées en hiver comme en été, et dont les débris, flottant çà et là, sans laisser jamais entre eux de passe» bien étendues, forment une barrière que n'ont pas encore pu forcer toute la science et l'énergie de rhomme.

Si maintenant le lecteur veut bien poser la pointe d'un compas non loin du pôle boréal, par exemple à Tangle d'intersection du 86^ parallèle et do i62« méridien à l'ouest de Paris, puis décrire un cercle de dix-huit cent cinquante kilomètres de rayon, il rencontrera le bord moyen des terres et de la ceinture de glaces qui entoure ce vaste circuit et enceindra on espace de près de dix millions de kilomètres carrés.

Quoique cette formidable barrière n'ait fanais été entièrement traversée, on y a pénétré sur plusieurs points et on en a suivi le contour extérieur, soit le long des eaux accumulées près de la terre, par les rivières qui servent de déversoirs aux lacs septentrionaux de l'Asie ou de l'Amérique, soit en se frayant un chemin au travers des glaces plus ou moins désagrégées par 1 été. Divers navigateurs ont, de cette manière, tenté le passage nord-ouest, et c*est en suivant le littoral depuis le détroit de Behring jusqu'à la Terre de Banks, puis en poussant dans les glaces brisées, que Sir Robert Mac Qure a pu mener à bonne fin an voyage si souvent entrepris. Il est vrai qu'il n'a point

réussi à faire passer son navire : il a dû franchir à pied cinq cent cinquante kilomètres sur la glace d'hiver, depuis la Terre de Banks (i) jusqu'au canal de Wellington, d'où, par la mer de BaQin, il est retourné en Angleterre sur un bâtiment venu de l'est. Le capitaine Collinson, naviguant aussi de Touest à Test, • a presque atteint l'endroit où, peu auparavant, avait péri Franklin, entré dans les glaces du côté opposé. De même, en explorant les côtes de Sibérie, les Russes n'ont trouvé que deux obstacles insurmontables à la navigation de l'Atlantique au Pacifique : le cap Yakan, contre lequel les glaces sont toujours entassées et que Behring essaya vainement de franchir, et le cap Sévéro Vostochnoï, que le jeune et vaillant lieutenant Prondtschikoff fit de si héroïques efforts pour doubler. Déjà, en iSgS, William Barentz, le brave nautonier d'Amsterdam, avait tâché, par la même voie et la même méthode de navigation, de s'ouvrir un passage, par le nord-est, vers les régions du Cathay.

Les tentatives faites contre cette ceinture de glace <laas l'espoir d'atteindre la mer libre du pôle ont été Ébrt nombreuses, et on a essayé de toutes les brèches par lesquelles les eaux méridionales communiquent avec l'océan Glacial. Je n'ai pas le projet de raconter ici l'histoire de ces diverses tentatives : ce n'est qu'un long récit de déceptions, du moins quant à ce qui concerne la découverte du pôle. Cook et ses émules n*ont pas trouvé la glace suffisamment ouverte pour naviguer au nord du détroit de Behring; Hudson a échoué, de même que tous ceux qui l'ont suivi dans les mers du Spitzberg ; et les essais tentés par la mer de Baffin n'ont pas mieui( réussi. Les efforts les plus persévérants ont été essayés à l'ouest du Spitzberg, et c est

(i) Il dut abandonner son vaisseau, VJnvestigator^ dans la baie de Mercy à l'extrémité nord de la Terre de Banks, après trois hivernages successifs. — F. de L.

par cette voie que les navigateurs se sont approchés du pôle plus que par toute autre. La plus haute latitude authentiquement atteinte avec un navire est celle de 8i degrés 3o minutes, constatée par Térudit baleinier Scoresby. Quelques-uns soutiennent que Hudson est allé plus loin, et, si on devait croire les traditions recueillies par Daines Barrington parmi les pécheurs d'Amsterdam et de Hull, les. anciens mariniers anglais et hollandais, en cherchant encore plus haut de nouveaux théâtres de pêche, auraient trouvé partout la mer libre. .

Contraints de renoncer à ouvrir un passage à leurs navires, d'autres explorateurs, les Russes surtout, ont voulu franchir les glaces en traîneaux. En Sibérie, de courageux officiers se sont, dès les premiers jours du printemps, hardiment lancés sur 1 océan Polaire, au moyen des attelages des tribus qui habitent la côte septentrionale. Le plus célèbre de tous est Tamiral Wrangell, alors simple lieutenant de marine, dont les entreprises, poursuivies pendant plusieurs années (de 1822 à 1824), prouvent qu'en toute saison la mer reste ouverte au nord. Lui et ses compagnons furent invariablement arrêtés par les eaux, et l'existence de la Polynia, ou mer libre, au nord, des îles de la Nouvelle- Sibérie, est maintenant un fait aussi bien établi que celui de la pente des rivières vers l'océan.

Sir Edward Parry . essaya dé la même méthode au nord du Spitzberg ; mais il se servit d'hommes au lieu de chiens et se munit de bateaux en cas de débâcle. Il se dirigea du côté du pôle, jusqu'à ce que les glaces, détachées par la saison, l'eussent reporté vers le sud plus vite qu'il ne marchait vers le nord; elles finirent par se briser sous lui et le laissèrent à la dérive sur la mer libre.

Vint ensuite le capitaine Inglefield, qui essaya de pénétrer dans les eaux circompolaires par le détroit

de Smith ; il fut suivi par le docteur* Kane. Celuici ne put pousser son navire plus loin que Port van Rensselaer, et^ comme les Russes^ dut continuer son, œuvre avec des traîneaux. Après de graves difficultés et de nombreux échecs causés par les amas de glaces du détroit, une de ses escouades réussit enfin à atteindre la mer si souvent annoncée, et pour citer les paroles du docteur: c< d'une éminence de 145 mètres, on voyait les vagues libres de glaces, sans limites et gonflées' par un puissant roulis, venir se briser en écume sur la côte hérissée de récifs (i). » Cette côte est celle qu'il a nommée Terre de Washington.

A mon tour, je me suis jeté dans ces aventures, et le dernier chapitre me laisse avec mon traîneau sur les bords de la mer décrite par Kane, à environ cent quatre-vingts kilomètres au nord-ouest du promontoire d'où Morton en contempla les eaux. Des courts détails que j*ai déjà donnés, on peut facilement déduire mon opinion sur cette mer , que Wrangell avait trouvée ouverte à Tautre extrémité de son grand diamètre, qu'à ma droite une des bandes de Kane vit onduler libre de glaces^ et que le voyage de Parry prouve aussi être libre au delà du Spitzberg. Je me hâte de terminer en peu de mots.

Leslimites de l'océan Polaire sont suffisamment connues pour que nous puissions nous faire quelque idée de la configuration des côtes boréales du Groenland et de la Terre de Grinnell, les seules parties de cet immense contour qui restent encore inexplorées.

La direction de la ligne septentrionale des rivages du Groenland peut être présumée d'après les analogies de la géographie physique, et un semblable mode de déduction me porte à conclure que la Terre de Grinnell ne peut guère s'étendre au delà des bornes de mes

(i) Voir- la note insérée quelques pa^es plus haut. — J. B.

recherches. Je suis convaincu, comme Ingleâeld Ta •été avant moi, que le détroit de Smith s'épanche dans le bassin polaire. Au-dessus du passage resserré entre le cap Alexandre et le cap Isabelle, les eaux s'élargissent toujours jusqu'au cap Frazer, oîi elles se déploient brusquement. Sur les côtes groênlandaises, la terre s'infléchit vers l'est, d'une manièreVégulière, jusqu'au cap Agassiz, oti elle plonge sous un glacier et disparaît aux regards. Dernière saillie d'un éperon monta* gneux, ce cap est composé de roche$ primitives qui reparaissent sur divers points du rivage, mais sont presque partout recouvertes par des couches de grès et de trapp qui forment les falaises de la ligne des côtes. A •environ cinquante-cinq kilomètres dans les terres, ces mêmes roches constituent la chaîne des montagnes qu'en 1854 je traversai avec M. Wilson pour trouver là mer de glace^ appuyée sur leur versant intérieur. Plus au nord, cette mer de glace sa déverse dans l'océan Polaire et, en poussant au travers des eaux, a fini par atteindre dans cette direction la Terre de Washington, tandis que, vers le sud, elle touche au détroit de Smithi J'ai déjà dit que le front du glacier de Humboldt doit être plus reculé à l'orient qu'il ne Test sur la carte de Kane, et diverses raisons me font supposer que la Terre de Washington doit être aussi reportée plus loin dans la même direction. D'après le rapport de Morton, on peut conclure que cette terre fait partie du soulèvement granitique, qui, interrompu brusquement au cap Agassiz, reparaît au cap Forbes et forme une ligne de côtes symétriquement analogues à celles du Groenland. Il est probable qu'à une époque reculée c'était une île, partout baignée par les eaux du détroit de Smith, dont le bras oriental est maintenant comblé par le glacier de Humboldt et dont le bras occidental porte le nom de canal ^e Kennedy.

On l*a déjà vu : les eaux chaudes du Courant du <jolfe se déversent au nord et empêchent la température de Tocéan Arctique de descendre au-dessous <iu point de congélation ; les vents soufHent sous le ciel polaire comme sous les tropiques; les courants •incessants du fond et les marées de la surface, tenant les eaux toujours en mouvement, s'opposent à ce qu'une partie considérable du vaste bassin arctique soit prise par la gelée. Sur aucun point de Tintérieur <lu cercle boréal, on ne trouve, en hiver ni en été, une barrière de glace qui s'étende à plus de quatre-vingtdix ou cent soixante kilomètres de la terre. Même dans les passes qui séparent les îles de Tarchipel Parry de la baie de Baffin, dans les eaux du nord^ à l'ouverture du détroit de Smith, partout, dans Taire immense de la zone polaire, les eaux ne se couvrent de glace que lorsqu'elles sont abritées par la terre ou par • quelque banquise qu'une longue persistance des mêmes vents a accumulée. Pendant le dernier hiver, je n'ai certes pas manqué d'occasions de m'assurer que la mer ne se referme que lorsqu'elle est en repos : en tous temps, même les jours oti la température descendit au-dessous de celle de la congélation du mercure, j'entendais le bruit des vagues dti pont de ma goélette.

Les faits parlent donc d'eux-mêmes, et il serait inutile de fatiguer le lecteur de nouvelles conclusions. Il nie suffira d'ajouter que, lorsque, le 19 mai 1&61, je comtemplais la mer lointaine du pôle, il était impossible, à un honune ayant quelque expérience delà glace marine et du changement des saisons polaires, de ne pas s'apercevoir gu'avant peu de jours la mer libre .allait se frayer sa voie vers le détroit de 3mith à travers le canal de Kennedy.

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