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CHAPITRE VII

le détroit, pour tâcher de parvenir enfin sur le rivage opposé. Je ne désespère pas d'y arriver, quoique, au premier abord, les difficultés paraissent insurmontables, vu l’énorme quantité de glace amoncelée par les vents. J'ai l'œil sur Fog Inlet (l'entrée du brouillard), à trente-six kilomètres au-dessus du cap Alexandre, et j’essayerai d’atteindre ce point pour y recommencer ma tentative.

Le vent fraichit maintenant, et sous les voiles au basris, nous avançons quelque peu; mes pauvres matelots font une triste besogne : il est presque impossible de manier les câbles roidis;, au-dessus de la ligne de flottaison, le navire est entièrement cuirassé de verglas. Trois de nos chiens sont morts, tués par le froid et par l’humidité.

1e" septembre, huit h'ures du soir,

Nous avons encore été chassés du détroit. La brise soufflait avec violence, et en virant de bord pour éviter un iceberg, la vergue de misaine cassa par le milieu; incapables de porter d'autre toile qu’une voile d’étai aux basris, nous fümes encore une fois forcés de chercher un abri derrière notre ancien protecteur, le cap Alexandre. Mac Cormick répare tant bien que mal nos avaries et prépare le schooner pour de nouveaux combats.

Les deux jours suivants se passèrent au milieu des mêmes dangers; aussitôt que les espars furent réparés, nous rentrâmes dans le détroit; le pack était toujours là et nous arrêtait encore, mais on voyait un assez grand espace de mer libre entre l'île Littleton et le cap Hatherton, et nous supposions qu’il s’étendait aussi au nord-ouest de ce dernier; malheureusement, une énorme quantité de glace était amassée en dehors de l’île, et les glaçons ne laissaient entre eux que des chenaux étroits et en lignes brisées. Mais j'étais déterminé à traverser la banquise ; nous

engageant dans la première ouverture qui se présenta, nous réussimes à faire dix-huit kilomètres dans la direction nord-ouest, et lorsqu'il nous fut impossible de pénétrer plus loin, nous virâämes de bord, dans l'espérance d’atteindre enfin l'espace ouvert au-dessus de l’île.

Nous nous trouvions en plein champ de bataille; le courant était contre nous, et nous découvrimes bientôt que la glace descendait rapidement le détroit; les passages se refermaient les uns après les autres. Couverts d'autant de toile que nous en pouvions porter, nous travaillions vigoureusement; mais, en dépit de tous nos efforts, nous fûmes forcés de reculer, ou plutôt d'essayer de le faire. Il était difficile de manœuvrer le schooner sans nos huniers de perroquet que nous avions perdus. Il nous fallut virer vent arrière, de crainte d’être écrasés par les glaçons, qui se rapprochaient de plus en plus, mais l’espace était trop restreint, et nous faillimes heurter notre bossoir de tribord contre un champ de glace de deux kilomètres de large; un choc était inévitable, et un instant de réflexion suffit pour me convaincre qu'il serait moins dangereux d'attaquer de front l'ennemi; je fis mettre la barre au vent et je me préparai à aborder la glace, comme l’eût fait un vrai bélier de siége. À tous les points de vue mæ position personnelle était des moins agréables : j'avais dû monter sur la vergue de misaine pour mieux juger des chances qui nous restaient; le mât, déjà fendu , pliait sous mon poids et je m'attendais à ce que le choc, achevant de le briser, me précipiterait sur la glace la tête la première. Par bonheur, la membrure tint bon, mais la collision fut terrible ; elle fit voler en éclats le taille-mer et déchira l’armature de fer de l’avant comme du papier d'emballage.

Et maintenant s’ouvrait pour nous une longue série de luttes désespérées, de luttes telles que n’en avait jamais subies un schooner à voile. Mortellement fatigué des retards et des embarras de ces derniers jours, j'étais résolu

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